Déliquescence de l’éducation : La faute au manque de patriotisme des dirigeants

Déliquescence de l’éducation : La faute au manque de patriotisme des dirigeants

Dans les annonces, au cours de son discours d’ouverture, le président Bazoum a fait de l’éducation, après la lutte contre la corruption, la priorité de son quinquennat. Tout un chantier qui empruntera un sentier long et tortueux. Personne ne pourra, honnêtement, à l’issue du quinquennat, imputé au président et à son gouvernement les résultats qui seront, à coup sûr, insignifiants. Tant les raisons de la déliquescence de ce secteur remontent loin dans le temps dues à des erreurs successives ; à des politiques inadaptées, irréfléchies ; et surtout à la généralisation de la corruption qui a permis des recrutements sur de bases autres que la compétence et la performance. Aux lendemains des indépendances, du temps de la première République, il ne crée d’école sans la mise à disposition d’infrastructures, de mobiliers, de fournitures et d’enseignants. Il est certes vrai que le taux de scolarité n’était pas aussi important, mais les moyens à disposition n’ont rien de comparables à ceux d’aujourd’hui. Le régime du Conseil militaire qui a succédé à celui de Diori Hamani a bénéficié de la manne de l’uranium. Et d’importantes allocations sont allées aux secteurs sociaux dont l’éducation. Seulement, le taux de scolarité a fortement augmenté au point de rendre tous ces efforts insuffisants. Les autorités politiques de l’époque ont vite trouvé la parade. Les communautés ont été organisées en samarias. Ces organisations de jeunesse ont été mises à contribution pour la construction de classes en banco crépies de ciment. Cela a permis à tous les enfants en âge d’aller à l’école d’étudier dans les meilleures conditions. Des classes suffisantes et à moindres coûts. Dans le domaine de la formation aussi, les autorités de la première République avaient privilégié la qualité. Les meilleurs élèves étaient destinés à l’enseignement. Le régime militaire, devant l’explosion du taux de scolarité et pour parer à l’urgence, à commencer à recruter sur le tas. Dans la catégorie des moniteurs de l’enseignement, des recalés des collèges ont été recrutés. Mais aussitôt des écoles normales ont été créés. Une à Dosso et une autre à Maradi. Il faut rappeler que le régime de Kountché n’a hérité de celui de Diori que de deux écoles normales : une à Zinder pour les garçons et une deuxième à Tillabéri pour les filles. L’école normale de Maradi avait pour mission de former les enseignants recrutés sur le tas. A la différence du régime de Diori, les militaires ont commencé à envoyer dans les écoles normales qui formaient les instituteurs adjoints n’ont plus les meilleurs mais ceux du fond des classes de troisième. Le début de la baisse du niveau ? Probablement. Le régime militaire a quand même eu le mérite de revaloriser le traitement des enseignant qui seront les mieux payés. Voilà l’héritage laissé à la classe politique post conférence nationale. Au cours de trente années que dure la démocratie, l’école est dans si piteux état que le bout du tunnel peut être assimilé à la recherche du Graal. La faute au peu de patriotisme des nouveaux dirigeants et surtout à l’indifférence et a la boulimie des cadres du secteur.

De récents évènements donnent toute la mesure de cette indifférence des autorités chargées de l’administration de ce secteur. Il y a quelques jours, le ministre des Enseignements supérieurs, dans un point de presse qualifié de restreint par des confrères, annonçait le report des épreuves du Baccalauréat pour le quatre août prochain. Elles étaient prévues de longue date pour 27 juillet. Le vendredi 23 juillet, après 18 heures, on apprenait ce report. La principale raison selon le ministre serait la formation des présidents des jurys au logiciel de gestion des notes. Cette formation, si elle devait avoir lieu, ne pourrait se faire que le lundi 26 juillet, la veille du début des épreuves. Elle pourrait durer trois jours. Accessoirement, les présidents recevront le matériel et le nerfs de la guerre : l’argent. Pourquoi avoir attendu la veille pour former les présidents des jurys ? A cette annonce, des questions fusent. Et on ne tardera pas à apprendre que le Syndicat des enseignants chercheurs qui fournit les présidents de jurys avait demandé l’application des disposition octroyant des frais de mission de 40 000 F par jour. Plus tard un protocole d’accord entre le ministre de l’Enseignement supérieur et des syndicats du secteur de l’éducation est publié. De cet accord on apprend qu’une partie des frais de mission des correcteurs du baccalauréat de l’année dernière n’ont pas été payés. L’Etat s’engage à payer immédiatement la moitié des frais de déplacement pour cette année et une première moitié du reliquat de l’année dernière. La deuxième moitié du reliquat sera payée à la fin du mois d’août. La deuxième moitié des frais de cette année sera payée en fin décembre. Dès lors, on comprend mieux la raison du report. De toute évidence les correcteurs menaçaient de boycotter ces épreuves. On aurait tout simplement pu dire la vérité. Comment peut-on comprendre qu’un Etat refuse de payer ders frais de mission une année après la fin de la mission ? Pourtant les frais de mission de nos princes, les frais d’évacuation sanitaire, souvent fantaisistes, sont payés immédiatement. La preuve de l’indifférence. On rappelle aussi, au cours de cette même année, les épreuves du BEPC ont été reportées. Elles se sont tenues. Et les résultats sont disponibles. Sur les 150 000 candidats, seuls 30% ont été admis. Plus de 28% des candidats sont du privé. Quel est le taux de réussite de ces élèves du privé ?

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