Rejet de la candidature de Hama Amadou à l’élection présidentielle : Bazoum Mohamed n’est pas totalement libéré des obstacles

Comme l’avaient déjà pressenti beaucoup d’analystes et observateurs de la scène politique nigérienne, la Cour constitutionnel a invalidé la candidature de Hama Amadou à l’élection présidentielle de décembre prochain. La plus haute juridiction en matière électorale s’est basée sur l’article 8 du code électoral pour justifier sa décision, évoquant la condamnation de Hama Amadou à la peine d’un an de prison ferme dans l’affaire dite des bébés importés.

Cette décision de la Cour constitutionnelle a sans aucun doute été accueillie avec une joie débordante par Bazoum Mohamed, candidat du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-TARAYYA). Depuis que son parti l’avait investi candidat à l’élection présidentielle, cet homme s’est donné pour mission de faire tout pour empêcher que Hama Amadou soit candidat, conscient que face à Hama Amadou, il n’a aucune chance de remporter une élection. C’est lui Bazoum Mohamed qui a fait des pieds et des mains pour que le code électoral soit révisé par rapport au nombre d’années de prison par au-delà des quelles une personne ne peut pas participer à une compétition électorale. Après que Hama Amadou ait été condamné à la peine d’un an de prison ferme, Bazoum Mohamed s’est battu comme un diable pour que toute personne condamnée à une telle peine soit inéligible.

C’est en raison de sa rage à éviter tout consensus autour de cette question que le même Bazoum Mohamed, jouissant de sa position de président du principal parti au pouvoir et bénéficiant sans doute de la complicité du président Issoufou Mahamadou, a refusé tout dialogue avec l’opposition. Le principal artisan du rejet de la candidature de Hama Amadou est moins la Cour constitutionnelle que Bazoum Mohamed. Si le code disposait que la condamnation à une peine d’un an de prison n’empêche pas à un citoyen d’être éligible à la présidence de la République, elle ne pourra en aucune façon rejeter la candidature de Hama Amadou sur la seule base de sa condamnation dans l’affaire dite des bébés importés. Le candidat du PNDSTARAYYA a donc réussi ce coup de se débarrasser d’un adversaire dont lui-même est conscient du poids. Mais et comme l’enseigne un adage, «celui qui n’a pas traversé l’autre rive ne doit pas se moquer de celui qui se noie. Il reste encore beaucoup de semaines avant les élections et le chemin de Bazoum Mohamed pour arriver au fauteuil présidentiel est encore parsemé d’embûches, malgré le semblant de sérénité que l’homme semble afficher face aux foules qui sont mobilisées lors de sa «tournée de proximité». C’est en principe ce jeudi 19 novembre que le tribunal de Diffa doit statuer sur la plainte déposée par des candidats aux élections régionales de certains partis de l’opposition sur l’irrégularité de son certificat de nationalité. Au cas où le procès a lieu et que les auteurs de la plainte arrivent à démontrer le caractère fondé de leur accusation, la Cour constitutionnelle va certainement être saisie pour réexaminer la candidature de Bazoum Mohamed qui va inévitablement être rejetée.

Ceux qui continuent à croire à un deal entre le président Issoufou Mahamadou et l’ancien chef de la transition militaire de 2010-2011 Djibo Salou – dont la candidature a aussi été validée – pensent que l’action mettant en doute la fiabilité du certificat de nationalité de Bazoum Mohamed pourra bien déboucher sur une disqualification du candidat du PNDSTARAYYA au dernier moment. Et si cela arrive l’homme n’aura que ses yeux pour pleurer car même le président Issoufou Mahamadou lui dira que c’est une affaire de la justice et que bien avant lui Hama Amadou a été disqualifié.

Au cas même où le procès du jeudi 19 novembre ne remettait pas en cause son certificat de nationalité, Bazoum Mohamed ne sera pas arrivé au bout du difficile combat qu’il mène pour être le successeur du président Issoufou.

Face à une trentaine de candidats, il lui est quasiment impossible de réussir un passage dès le premier tour, même si, à tort à raison, certains observateurs pensent que son parti a totalement séquestré le processus électoral. Bazoum Mohamed sera certainement face à un des candidats au deuxième tour et c’est en ce moment que les choses sérieuses vont commencer.

Qui qu’il soit, le candidat qui sera face à celui du PNDSTARAYYA au deuxième tour est presque assuré d’avoir les voix d’une bonne partie des militants des partis de l’opposition, notamment le Mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine (MODEN-FA/LUMANAAFRICA) de Hama Amadou et de beaucoup d’autres partis membres de la mouvance présidentielle qui n’ont pas tiré des bonnes leçons de leur alliance avec le parti de Bazoum Mohamed.

Hamidou Bello