Entretien avec M. Issoufou Oumarou, Président du Conseil Régional de Tillabéri

 

 En marge de la cérémonie de soutenance d’une thèse de Doctorat à laquelle il a participé, le Président du Conseil Régional de Tillabéri, M. Issoufou Oumarou a accordé un entretien à l’Office National d’Edition et de Presse (ONEP). L’élu de Tillabéri s’est exprimé sur l’importance de la recherche académique sur le thème de la jeunesse et de la consolidation de la paix. Il est revenu sur la levée de l’interdiction de la circulation des motos dans sa région, ainsi que sur le  soutien de la population et des autorités locales aux Forces de Défense et de Sécurité. Il s’est enfin prononcé sur l’élection de plusieurs jeunes enseignants à des postes de maires.

 Vous venez de participer à une soutenance de thèse sur le thème «Jeunesse et consolidation de la paix dans la région de Tillabéry». Qu'est-ce qui a motivé votre déplacement?

J'ai décidé de faire le déplacement parce que c'est un thème qui nous parait très important. Comme vous le savez, en tant que Conseil Régional, nous sommes en charge de la mise en œuvre des politiques de développement dans la région. Or, tout développement est conditionné par l'existence de la paix et repose également sur les jeunes parce que partout où nous avons des conflits, les acteurs principaux sont des jeunes. Donc il y'a vraiment une interrelation, une corrélation entre la jeunesse et la paix.

Ce thème de thèse est assez important pour nous en ce sens que notre région fait face, depuis quelques années, à une insécurité qui affecte les conditions de vie, ainsi que les moyens d'existence de nos populations. Tout ce qui touche effectivement au bien-être des populations nous affecte et nous préoccupe particulièrement, d’où notre présence à Niamey.

Peut-on affirmer que ce déplacement témoigne de la disponibilité des autorités à encourager les recherches portant sur la paix, la consolidation de la paix et la situation des jeunes dans cette région qui traverse une crise sécuritaire?

Permettez-moi de vous dire que, effectivement, l'Etat, à travers ses démembrements, est en train d'œuvrer jour et nuit pour le retour de la paix dans la région. Toutes les voies sont explorées actuellement pour rendre effectif ce retour de la paix. C’est en ce sens que ce travail de recherche académique est un outil qui contribuera certainement à aller vers la concrétisation de la paix dans notre région.

«Je reviens du terrain et je peux vous dire que nous sommes très optimistes sur les capacités de nos forces de défense et de sécurité à sécuriser les populations et leurs biens»

L'Etat vient de lever l'interdiction de circuler à moto dans la région. Quelle est votre réaction par rapport à cela?

En tant qu'autorité régionale, je remercie l'Etat du Niger pour avoir pris cette décision qui est l'expression d'une volonté des populations. Et l'Etat a fini par accéder à cette demande populaire. Mais il se trouve que, comme toute décision, elle comporte des avantages et des inconvénients. Après la période d’essai de un mois, la mise en œuvre de cette levée d’interdiction sera évaluée et certainement, l'Etat va tirer les conclusions et voir dans quelles communes faudrait-il continuer à autoriser la circulation des motos et dans quelles autres communes il va falloir revenir à l’interdiction.

Tout va tourner autour de la prise en compte effective des propositions et des demandes des populations car, nos communes ne vivent pas les mêmes situations. En fonction de données collectées durant la phase d’essai et des propositions des populations, les autorités déciderons des suites à donner. Nous pensons que la circulation des motos doit servir à la relance des activités socio-économique des communautés et non devenir une source d’insécurité. Dans tous les cas, comme je l’ai dit plus haut, les autorités restent ouvertes aux préoccupations, avis et propositions des populations.

La sécurité et l'éducation sont les priorités du programme présidentiel. Vu la réinstallation des populations de l'Anzourou et de Baroua, peut-on dire que vous faites pleinement confiance aux FDS pour sécuriser les populations?

Je reviens du terrain et je peux vous dire que nous sommes très optimistes sur les capacités de nos forces de défense et de sécurité à sécuriser les populations et leurs biens. D’ailleurs on n’a jamais douté d’elles. Du reste, j'ai constaté un engagement sincère des plus hautes autorités de notre pays à ramener la paix sur toute l'étendue du territoire. Cela dit, comme vous le savez, les acteurs sont aussi nombreux. Nous devrons, chacun en ce qui le concerne, œuvrer dans le sens d'accompagner cet engagement, de le concrétiser pour affermir la paix dans nos contrées respectives.

On constate, à la suite des dernières élections communales, que beaucoup d'enseignants, craie en main pour la plupart, sont à la tête de plusieurs communes de la région de Tillabéri. Est-ce que cette nouvelle force intellectuelle et dynamique va vous aider à mieux asseoir l'autorité de l'Etat dans les zones reculées?

Effectivement, c'est par la conjugaison des efforts des uns et des autres et par la mise en commun des intelligences que nous pouvons relever les défis qui se posent au développement de nos collectivités d'abord, et par extension au développement de notre pays. Je ne doute pas de l'engagement des uns et des autres à concrétiser cette aspiration. Je voudrai profiter de vos colonnes pour lancer un appel à la population pour faciliter la mise en œuvre de cet engagement au niveau des collectivités. Parce que, quels qu'en soient l'engagement et le dynamisme des acteurs élus, s'ils n'ont pas le soutien populaire, je vous avoue que la tâche va être difficile. Raison pour laquelle j’appelle la population à un éveil civique et citoyen pour que les défis communs soient relevés avec dignité et cordialité. Permettez moi de m'incliner devant la mémoire de tous nos soldats tombés sur le champ d'honneur. Je demande également à la population de soutenir et de faciliter le travail des forces de défenses et de sécurités. Et, je prie Dieu pour que la paix revienne dans notre pays, dans notre région.

Propos recueillis par Souleymane Yahaya

21 septembre 2021
Source : http://www.lesahel.org/