La France construit et défait ses propres oeuvres

Du Maréchal Idi Amine Dada à Déby, ils sont nombreux les chefs d’Etats africains que la France a conçus, promus, entretenus puis lâchés quand elle se serait passée de leurs services.

Si les citoyens africains, surtout issus des anciennes colonies françaises, ont fini de comprendre le rôle machiavélique de la FrançAfrique, il reste que leurs chefs d’Etat apprennent la leçon à leur tour. En effet à force d’analyses, d’échanges et de recherches très poussées, les peuples africains se sont de plus en plus édifiés et émancipés visà- vis de la politique africaine de la France. Du pacte colonial à nos jours, l’essentiel des relations entre les deux pôles s’est toujours résumé à la question de l’autorité coloniale : (comment ? Où ? Et quand ?) Faire prévaloir l’autorité de la métropole, la France, sur les peuples des colonies afin de leur soutirer le maximum de profit ? En clair, la France a toujours eu besoin de canaux mafieux, de subterfuges, d’énigmes, d’assassinats, de trahisons, de délations, de coups d’Etat et de complots ourdis en tout genre, juste pour s’attacher la sympathie et s’assurer le larbinisme des chefs d’Etat sous sa coupe. Au-delà, une fois que le chef d’Etat est aliéné en empoché, il reste sûr qu’il va agir sous commandement de la France en imposant à son peuple toutes sortes de martyrs. C’est ainsi que contre vents et marées certains présidents africains ont été maintenus au pouvoir durant des années par la France ; c’est cela la garantie ou la règle du gage. Le président le reste à vie tant que la France a encore besoin de ses services. Il peut réviser ou manipuler la Constitution à volonté, il peut orchestrer un vol électoral, il peut emprisonner ou empoisonner les opposants, il peut toujours continuer à dormir tranquillement sur ses lauriers. La France, présente dans toutes les sphères stratégiques de la vie du pays, lui assure le contrôle de tout, une sécurité inébranlable qui lui permet de gouverner sans craindre un soulèvement populaire ou une réaction inattendue de l’armée. Les peuples africains vivant sous le joug de la FrançAfrique sur très édifiés sur ces aspects. C’est en grande partie pour cette raison que l’on observe une aversion de plus en plus prononcée contre la France en Afrique. La présence française, qu’elle soit militaire ou civile, est de plus en plus mal vue par les peuples africains. Les événements en Côte d’Ivoire avant l’ère Ouattara illustrent bien cette position. Pour mémoire, on peut noter qu’entre autres raisons, c’est le refus de Laurent Gbagbo d’obtempérer aux injonctions de la France qui lui aurait valu toutes les foudres de la terre.

Une rébellion incompréhensible, richissime et lourdement armée qui a profondément déstabilisé la Côte d’Ivoire. Un conflit fratricide instrumentalisé pour mettre à l’abri le gênant (Gbagbo) et assurer l’arrivée du larbin Ouattara. L’un dans l’autre, ces événements ont provoqué chez les ivoiriens un sentiment de rejet de tout ce qui sent la France.

Aujourd’hui encore, les ivoiriens entretiennent une haine très poussée contre la France. Ce que le peuple ivoirien a manifesté comme aversion vis-à-vis de France reste identique dans tous les pays où sévit la FrançAfrique. C’est juste une question d’organisation et surtout de courage politique. Chez certains, il est facile de s’opposer, de critiquer sans jamais poser d’actes concrets de la rue ; c’est le cas de notre pays le Niger où les gens parlent plus qu’ils n’agissent. La Côte d’Ivoire, le Sénégal, (on hésite à citer le Mali), constituent des exemples concrets où les citoyens ne tergiversent pas s’il s’agit de sortir dans la rue pour défendre les intérêts de la République ; cela a été démontré à plusieurs reprises.

Somme toute, les peuples africains ont fini de comprendre. Les naïfs, ceux qui restent encore au diapason de cette émancipation, ce sont les chefs d’Etat africains. En effet, pour la plupart de ces dictateurs protégés et instrumentalisés par la France, ils restent dupes, sans réelle compréhension de ce qui leur arrive à chaque fois. Ce n’est pas qu’ils ne subissent pas déjà les conséquences de cette relation de sujet à protégé ; nos chefs d’Etat en sont toujours victimes. Chaque jour que Dieu fait, il y a un qui tombe quelque part, lâché inexorablement par la France après qu’elle l’a sucé. De tous les temps, la France a agi ainsi avec nos chefs d’Etat ; chouchouté et porté haut par la France au moment où elle a besoin de lui et lâché tout d’un coup, ou même poignardé par cette France qu’il a servie. Deux cas sont aujourd’hui d’actualité : Blaise Compaoré qui va très certainement comparaitre devant les hautes juridictions mondiales pour l’assassinat de Sankara et … (Disons-le bas pour l’instant)… le défunt Maréchal Tchadien. Idriss Déby était bien un type de la Libye, pour ceux qui se souviennent encore de l’histoire récente de la déstabilisation de ce pays. C’est dire que le lion du Sahel aurait donc été victime de deux trahisons d’anciens amis : la Libye et la France !

Dans tous les cas, la France a toujours agi ainsi avec SES hommes. Ils sont nombreux depuis la colonisation les chefs d’Etat qu’elle a utilisé dans beaucoup de situations de coups tordus, notamment des dictateurs qu’elle a construits et promus sous le dos de leur peuple. Du Maréchal Idi Amine Dada au Maréchal Déby Itno, ils sont nombreux les maréchables que la France a protégé puis lâché au dernier moment. Il n’y a que nos chefs d’Etat assoiffés de pouvoir qui n’arrivent pas à appréhender cette réalité.

Kaillo