Cure Salée 2026 à Ingall : le grand rendez-vous pastoral du Niger du 25 au 27 septembre

Du 25 au 27 septembre 2026, Ingall, dans la région d’Agadez, doit accueillir la nouvelle édition de la Cure Salée. Derrière les festivités et les expressions culturelles, ce grand rassemblement trouve son origine dans une réalité essentielle du monde pastoral nigérien : la transhumance des éleveurs vers les pâturages et les terres salées de l’Irhazer. Un rendez-vous à la fois pastoral, économique, social et culturel.
À l’approche de la fin de l’hivernage, Ingall s’apprête à retrouver l’un des événements les plus emblématiques du Niger. La Cure Salée 2026 est annoncée du 25 au 27 septembre dans cette localité de la région d’Agadez, traditionnellement associée aux grands mouvements de transhumance.
Pendant trois jours, les manifestations officielles donneront une visibilité particulière aux cultures et traditions des communautés pastorales. Mais pour comprendre la Cure Salée, il faut regarder bien au-delà du festival.
Son origine se trouve dans les déplacements saisonniers des éleveurs et de leurs troupeaux vers les vastes pâturages de l’Irhazer.
Des troupeaux attirés par les terres salées
Avec les pluies, les plaines de l’Irhazer se couvrent temporairement de pâturages qui attirent des éleveurs venus de différentes zones du Niger.
Bovins, camelins, ovins et caprins convergent vers ces espaces où les animaux trouvent de l’herbe mais également des terres et des eaux naturellement minéralisées.
C’est de cette pratique que vient la « Cure Salée ». Les animaux profitent des pâturages salés et de leurs apports minéraux avant que les éleveurs ne reprennent progressivement leurs parcours à l’approche de la saison sèche.
Les déplacements peuvent être considérables. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) relevait déjà, dans une présentation consacrée à la Cure Salée, des transhumances pouvant atteindre plusieurs centaines de kilomètres.
La manifestation organisée à Ingall accompagne donc un phénomène pastoral beaucoup plus vaste qui commence avant les trois journées officielles et se poursuit au-delà.
Un carrefour pour les communautés pastorales
Cette concentration saisonnière des éleveurs a progressivement fait de la Cure Salée un grand moment de rencontres.
Les communautés touarègues et peules, notamment wodaabe, y occupent une place importante. Les retrouvailles permettent de maintenir les liens entre des populations dont la mobilité constitue une caractéristique du mode de vie.
Au fil du temps, la dimension pastorale s’est ainsi enrichie d’une dimension sociale et culturelle.
Les manifestations organisées autour de la Cure Salée donnent notamment à voir les traditions, les tenues, les chants, les danses et les savoir-faire des communautés participantes.
La Cure Salée constitue également un espace où se rencontrent autorités, chefs traditionnels, éleveurs et populations venues de différents horizons.
Une activité économique temporairement renforcée à Ingall
L’arrivée des éleveurs, visiteurs, commerçants et participants produit aussi une activité économique particulière.
Historiquement, le rassemblement favorisait les échanges de céréales, de sel, d’animaux et de produits nécessaires aux populations pastorales. Ces échanges se sont progressivement diversifiés avec l’arrivée de produits manufacturés et le développement d'autres formes de commerce.
Aujourd’hui encore, les activités liées au transport, au commerce, à la restauration, à l’artisanat et aux services bénéficient de l’affluence créée autour de la manifestation.
Cette dimension économique est particulièrement importante dans une zone où l’élevage demeure une activité essentielle pour de nombreuses familles.
Un moment privilégié pour atteindre les populations nomades
La concentration exceptionnelle des populations pastorales présente également un intérêt pratique pour les services publics et leurs partenaires.
Au cours des précédentes éditions, la Cure Salée a servi de cadre à des actions concernant notamment la santé, la vaccination, l’état civil, l’information des éleveurs ainsi que la sensibilisation sur différentes questions sociales.
Pour des populations mobiles et parfois éloignées des centres administratifs, ce rassemblement offre ainsi une occasion particulière d’accéder à certains services.
La Cure Salée devient alors simultanément un rendez-vous des éleveurs et un espace de rapprochement entre les populations pastorales, l’administration et les acteurs du développement.
Pastoralisme, culture et cohésion sociale
Une autre fonction historique du rassemblement mérite d’être soulignée : les rencontres entre communautés ont longtemps favorisé les échanges, le dialogue et le règlement de différends.
Dans un espace pastoral où l’accès à l’eau et aux pâturages est déterminant, les relations entre communautés et la gestion des ressources naturelles constituent des enjeux permanents.
La Cure Salée offre ainsi un cadre de rencontres qui dépasse largement la seule dimension festive.
C’est cette combinaison qui fait sa particularité : les besoins du bétail sont à l’origine du mouvement, mais autour de cette transhumance se sont développées des fonctions économiques, sociales, culturelles et administratives.
Ingall se prépare pour septembre
L’édition 2026 doit donc permettre à Ingall de redevenir, pendant quelques jours, l’un des principaux points de convergence du monde pastoral nigérien.
Les manifestations prévues du 25 au 27 septembre offriront une vitrine aux traditions et au patrimoine des communautés participantes. Mais l’essentiel se joue également dans les plaines environnantes, auprès des éleveurs et des troupeaux qui perpétuent une pratique intimement liée aux conditions naturelles du Sahel.
À travers la Cure Salée, le Niger préserve ainsi un patrimoine vivant où se rencontrent élevage, mobilité pastorale, culture et économie locale. À l’heure où les changements climatiques et la pression sur les ressources naturelles transforment progressivement les conditions du pastoralisme sahélien, la pérennité de ce rendez-vous rappelle aussi la place majeure qu’occupent encore les éleveurs et leurs savoir-faire dans la vie économique, sociale et culturelle du pays.
Aïssa Altiné (Nigerdiaspora)

