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Marché de Torodi : Chronique d’un grand marché rural

Pendant que ces voitures de brousse et autres camions tentent de vider leurs contenus, certains commerçants se précipitent pour choisir les marchandises qu’ils veulent, parfois sans attendre qu’elles ne touchent le sol. Des produits agricoles, aux condiments en passant par des nattes, des palmes de doum non tressées, des légumes et autres produits industriels, l’on y trouve du tout. Au même moment des dizaines de charrettes azines attelées, de pousse-pousse et des motos tricycles transportant des marchandises, sortent de la ville, naviguent entre la ville et le marché, faufilant entre les étals, les boutiques et les hangars-paillottes, bousculant parfois les passants et autres vendeurs installés le long des ruelles. Ce mode de transport rappelle à lui seul aux visiteurs l’aspect rural du marché de Torodi sans oublier le véritable tumulte et cafouillage indescriptible qui y prévalent. Pendant ce temps, des camions chargés d’hommes et des sacs de marchandises continuent leur arrivée, certains marchands s’affairent à s’installer, d’autres par contre plus matinaux font des affaires déjà. C’est le cas des vendeurs de la friperie. Avec la saison froide qui vient démarrer, leurs marchandises sont très prisées. Installés à l’entrée sud-est du marché, les étals de la friperie ont vraiment la côte ce jour-là. La clientèle ne se fait pas priser pour prendre d’assaut les étals afin de se procurer de quoi faire face au froid qui s’annonce inexorablement. En effet, en ce début de la mi-journée, c’est cette partie du marché qui connait le plus d’affluence. Ils sont nombreux les commerçants vendeurs de la friperie à avoir fait le déplacement du marché hebdomadaire de Torodi dans l’espoir de faire de bonnes affaires. Si les uns sont dans le domaine depuis belles lurettes et font de la friperie leur activité principale par contre comme le dit l’adage « l’occasion fait le larron », d’autres sont juste des vendeurs occasionnels, profitant de la fin de la campagne agricole, étant en exode rural pour s’adonner à cette activité. C’est le cas du jeune Ibrahim qui a quitté son Ader natal pour se trouver une occupation. Disposant d’un étal modeste, il s’approvisionne en habits de toutes catégories à Niamey et fait le tour des marchés ruraux pour les vendre, dit-il. Pour lui, ce commerce est l’alternative à l’exode saisonnier vers les pays voisins ou côtiers et il se réjouit du fait que son activité économique lui permet de faire des économies avant le début de leur retour au village à l’approche de la saison pluvieuse. Non loin de là, un groupe de badauds s’égayent au son de tam-tam autour d’un charmeur de serpents et exposant ses grosses vipères apprivoisées et vantant la qualité de ses médicaments contre la morsure du serpent. Pendant ce temps, le ballet incessant des charrettes basses attelées aux ânes se poursuit. Soumaila est un jeune charretier d’une quinzaine d’années que je rencontre dans une artère du marché. Il fait partie des nombreux jeunes qui tirent leur épingle du jeu chaque jour du marché en faisant le docker. Avec sa charrette bien attelée à son âne transportant des grosses marmites, tasses et autres récipients remplis de nourritures. Pressée par sa cliente, il eut juste le temps de dire que la charrette appartient à son père à qui il fait un versement d’argent le soir. Alio, lui est jeune écolier profitant des congés, avancés dans la région de Tillabéri à l’occasion de la fête Tillabéri Tchandalo, pour s’adonner à cette petite activité lui permettant de gagner de quoi subvenir à certains besoins. Contrairement à Soumeila, il a loué la charrette dans une famille voisine et entend partager l’argent qu’il aura gagné à la fin de la journée, expliquant que le montant à verser n’est pas déterminé.

Au milieu de ce paysage poussiéreux de ce marché où toutes sortes de marchandises s’entremêlent, se trouvent de nombreuses femmes commerçantes venues de villages proches et lointains dans l’espoir d’écouler leurs marchandises constituées essentiellement des produits agricoles comme le mil, le sorgho, le sésame et le haricot, mais aussi les condiments ainsi que des produits saisonniers de cueillette. Mais il y a aussi des herbes et autres feuillages et écorces qui y sont exposés à même le sol ou sur des nattes, des vieux sacs ou pagnes. On comprend aisément qu’il s’agit des produits utilisés comme matières premières dans la pharmacopée pour la composition ou la confection des médicaments. Parmi ces courageuses et vaillantes vendeuses occasionnelles, nous rencontrons Aissa : une jeune femme qui dit habiter un hameau, sans le citer nommément, situé à quelques km de Torodi. Son regard laisse transparaitre une certaine fatigue sur son visage. Elle semble avoir transporté elle-même toute la cargaison de la marchandise. La dame, mère d’un bébé qu’elle porte sur les bras, présente à sa clientèle une large variété de feuillages et quelques bouquets d’herbages divers. Après l’avoir approché, elle tente d’expliquer ce à quoi ça sert tout en s’occupant de son enfant. Ayant réalisé que je ne comprends pas ce que dit la vendeuse parlant le fulfuldé, sa voisine prend quelques gousses, toutes différentes et me dit qu’il s’agit pour l’essentiel des médicaments contre certaines maladies comme le rhume, le diabète, les dermatoses, la diarrhée, le paludisme, etc. Ils sont nombreux, les praticiens traditionnels qui s’en approvisionnent pour les revendre dans les grands centres. Aissa est une habituée du marché de Torodi où elle vient régulièrement pour écouler ses produits. Une activité grâce à laquelle elle subvient bien à ses besoins.

Maimouna Ibrahim : une réfugiée interne vendeuse de galettes

Contrairement à sa voisine Aissa,   Mme Maimouna est une femme un peu plus âgée. Installée non loin d’un débarcadère aux marchandises sur un carrefour des artères du marché où règne une ambiance bruyante, cette dame est vendeuse de galettes de mil dans le marché hebdomadaire de Torodi. Les vendeuses de galettes dans ce marché, il y en a à profusion. Ce n’est donc pas tant son travail de vendeuse de galettes de mil qui en fait une femme différente des autres ayant pris position dans les différents coins du marché. C’est plutôt son histoire personnelle. Maimouna Ibrahim est en réalité une réfugiée. Si elle vit à Torodi et qu’elle exerce ce petit métier, ce n’est donc pas de gaieté de cœur. C’est par contrainte que Maimouna, cette mère de douze enfants, s’est retrouvée dans ce petit commerce, confie-t-elle. Et pour cause, il y a de cela six mois, cette femme originaire de Tsibiri (Dogon-Doutchi) vivait une vie relativement heureuse et surtout calme dans le village de Tangounga, une bourgade relevant du département de Torodi située aux confins de la frontière nigéro-burkinabé. Tangounga est en effet un village nigérien parmi tant d’autres villages de cette zone du Gourma où des milliers de gens s’adonnent à l’orpaillage, l’extraction traditionnelle de l’or. Là-bas, elle pratiquait une activité économique plus importante, laisse-t-elle entendre. Elle est restauratrice sur le site d’orpaillage. Elle y a passé l’essentiel de sa vie et a eu ses douze enfants dans ce village. Mais aujourd’hui, elle vit comme « réfugiée interne » dans son propre pays, hélas comme de nombreux concitoyens vivant dans les zones affectées par les activités néfastes des groupes terroristes. Depuis plusieurs mois en effet, l’insécurité qui sévit dans leur zone a poussé toute sa famille à prendre la douloureuse décision, celle de quitter le village, laisser leur champs et autres biens de valeur pour emprunter le chemin de l’exil vers une destination plus sûre. Et cela après l’enlèvement et l’assassinat d’un de leurs voisins. Comme lieu sûr, elle et sa famille choisissent de s’installer à Torodi, en espérant un lendemain meilleur pour un hypothétique retour dans son village d’adoption de Tangounga où elle vit depuis plus de 30 ans. « Nous avons même semé et la saison a bien débuté. Hélas, nous ne pouvions pas y rester cultiver. C’est dangereux. Les risques de se faire tuer par des terroristes est si grand.   Toute ma famille est venue ici, personne n’y est resté ». L’un des supplices qu’on puisse infliger à un paysan, c’est de le séparer de sa terre. Maimouna regrette son départ forcé de son village. Où et comment vit-elle avec sa famille? Sur les conditions de vie, elle répond :

« Nous avons trouvé une famille d’accueil. Un parent. Nous ne vivons pas dans un camp. Mais certaines personnes louent les maisons dans lesquelles elles vivent. Dieu merci, nous avons reçu de l’assistance nécessaire en matériels de premières nécessités pour les familles ». Ses propos concordent avec ceux du préfet du département sur les conditions de vie et d’accueil.   Ne maitrisant pas bien le nombre de personnes déplacées comme elle et installées à Torodi, Maimouna sait tout de même qu’il y a 67 familles qui ont bénéficié d’appui essentiellement en vivres, nattes, tentes, seaux, couvertures.

« Nous avons reçu beaucoup de vivres que nous consommons depuis notre arrivée ici. C’est seulement ces derniers jours que les provisions de certaines personnes sont terminées. Nous remercions vraiment les donateurs ». Son plus grand souci, c’est la scolarité de ses enfants et petits-fils l’an dernier lorsque l’école du village a été brûlée, regrette-elle avant d’ajouter que les enseignants menacés par les terroristes ont également quitté le village. Heureusement qu’un habitant de la ville de Torodi répondant au nom de Salifou Diaouga a inscrit les élèves pour leur permettre de poursuivre leur scolarité. C’est donc avec ce lot de consolation que Maimouna vit à Torodi tout en gardant espoir qu’elle retournera un jour à Tangounga.

 

Lire aussi : Le marché de bétail : Une affluence sous-régionale

Zone d’élevage par excellence, Torodi abrite l’un des plus grands marchés de bétail de la région de Tillabéri. En ce jour du 6 décembre, alors que la poussière s’élève dans le ciel de Torodi, les camions à provenance des contrées lointaines débarquent dans ce marché situé à quelques mètres au nord-ouest du marché de Torodi avec à leurs bords des centaines de têtes d’animaux, grands comme petits ruminants. Dans ce tohu-bohu où hommes, animaux et engins se bousculent, nous rencontrons le nommé Oumarou Douramane, un agent de la mairie, percepteur de taxe de son état. L’homme se faufile entre les vaches, bœufs, chameaux et autres moutons, brebis et chèvres parqués dans l’enclos qui sert de marché de bétail, en attendant, nous dit-on au service départemental de l’élevage, la construction très imminente d’un marché moderne de bétail. De ses va-et-vient incessants, l’homme en sa qualité de percepteur connait plus ou moins bien le nombre d’animaux qui arrivent dans ce marché hebdomadaire du vendredi de Torodi. Il estime entre 1000 et 1300 petits ruminants qui arrivent sur le marché, en provenance de plusieurs régions du Niger et même du Burkina voisin et un peu du Mali, du Bénin, confie-t-il. Ce qui donne aux clients une marge dans le choix de variété d’animaux. On y trouve toutes sortes de races animales nigériennes et étrangères. Quant aux gros ruminants, il y a un arrivage de l’ordre de 700 à 1000 têtes, voire un peu plus selon la saison, toutes races confondues à la grande satisfaction des clients parmi lesquels de nombreux commerçants qui viennent de Niamey mais aussi des étrangers venus principalement des pays côtiers comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire et le Nigeria.

Par Zabeirou Moussa(onep)

07 février 2020
Source : http://www.lesahel.org/