Lettre au président de la République (BM) : Monsieur le Président, Vous dirigez, vous ne gouvernez pas, car, on ne gouverne pas son peuple dans l’injustice, le parti pris et l’insécurité permanente

Je vous ai parlé, la semaine dernière, de la situation sécuritaire et de la problématique unique à laquelle nous sommes confrontés, celle de savoir pour qui roulent, en définitive, nos partenaires militaires qui laissent faire tant de massacres, tant de tueries et de désolations humaines ? La France, d’abord, les États Unis, en suite, puis tous les autres, à savoir l’Allemagne, l’Italie, doivent impérativement être sommés de justifier leur présence sur notre sol. Ces pays, vous le savez, ont toujours vu la coopération avec des pays comme les nôtres dans un sens unique, celui de leurs seuls intérêts. Il faut l’avouer, vous avez prêté le flanc à cette coopération qui gruge notre pays, exposant son peuple à la misère et à la vindicte assassine de terroristes dont vos compatriotes, vous le savez également, ont fini, depuis longtemps, de s’interroger sur leur résilience, leur armement, leur financement, leur détermination et leur motivation. S’ils ne sont pas derrière ces terroristes qui tuent et chassent de leurs terres de paisibles citoyens nigériens, à quoi nous servent-ils à partir du moment où leur technologie militaire si pointue, leurs yeux si perspicaces et à circonférence étendue, ne voient rien lorsque ce sont des populations nigériennes qui sont traquées, persécutées et massacrées. S’ils n’y sont pour rien, on doit toutefois admettre que, non seulement ça les amuse de voir le Niger déstabilisé et vidé de ses hommes, particulièrement dans certaines zones, mais qu’ils ont surtout un intérêt dans ce projet macabre.

Je sais que vous ne le dites pas, vous le savez et le croyez aussi. Ces pays-là ne nous servent à rien. Leur présence sur notre sol est un marché de dupes sans lendemain. Ne jouez pas à ce jeu stupide de Zelensky, le président ukrainien, qui semble agir, non pas dans l’intérêt du peuple ukrainien, mais selon des injonctions extérieures. L’Ukraine sera reconstruite, dit-il. Et les personnes tuées ? Comment peut-on parler de reconstruction alors que des hommes sont en train d’être tués et que des millions d’autres sont condamnés à l’exil ? Le Niger n’est pas logé sous une autre enseigne que celle-ci. Ses enfants sont en train d’être massacrés, des milliers d’autres sont chassés de leurs terres, sous le regard indifférent de ceux dont vous louez curieusement la coopération. C’est quel genre de coopération, ça ? Hier, encore, je vous ai entendu rendre hommage à la coopération allemande en prétendant qu’elle doit être un modèle pour les autres partenaires. Ah, j’ignorais que l’Allemagne faisait plus et mieux que les autres au point de recommander aux autres, forcément l’Italie, la France et les États Unis notamment, de faire comme elle. C’est peut-être bien, mais ce n’est pas arrivé, comme disent nos frères béninois et togolais. En quoi la coopération militaire allemande est-elle exemplaire ? Ou bien, est-il juste question de flatter sans y croire ?

Monsieur le “Président”

J’ai appris que les premiers drones acquis auprès de la Turquie sont arrivés à Niamey. Je vous en félicite sincèrement, en espérant qu’il ne s’agirait pas de les parquer quelque part comme des objets de musée. Ce sont des moyens de guerre qui doivent servir à faire la différence sur le terrain et vous ne devez pas perdre la moindre minute pour les rendre opérationnels. Sachez, en tout état de cause, que l’on ne peut gagner le beurre et l’argent du beurre.

Monsieur le “Président”

Tout comme l’autre, vous vous affichez, malgré votre serment, comme un partisan politique et cela, vous le savez, n’est pas favorable à l’émergence d’un climat social et politique rassurant. Vous êtes le président de la magistrature, garant de l’unité nationale et vous vous laissez aller à de petitesses politiques en jouant vousmême le conciliateur dans une affaire d’enlèvement et d’agression physique. En organisant, autour de vous, une rencontre de conciliation entre Elhadj Amani, victime d’enlèvement et d’agression physique qui aurait pu tourner au drame, le commanditaire présumé de son enlèvement, Elhadj Maïnassara en présence du procureur de la République aux fins de voir l’extinction de la plainte, vous avez triplement pêché. Premièrement, vous avez violé votre serment en vous rendant coupable de parti pris dans une affaire de justice. Deuxièmement, vous avez violé la Constitution, entre autres, en ses articles 116 « Le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif » et 46 « Le Président de la République est le Chef de l’État. Il incarne l’unité nationale. Le Président de la République est audessus des partis politiques ». Troisièmement, vous avez soustrait à la justice des individus passibles de sanctions pénales. Voici ce qu’en dit l’article 14 de la Constitution que vous avez juré de respecter et de faire respecter : « Nul ne sera soumis à la torture, à l’esclavage ni à des sévices ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Tout individu, tout agent de l’État, qui se rendrait coupable d’actes de torture, de sévices ou traitements cruels, inhumains ou dégradants dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions, soit de sa propre initiative, soit sur instructions, sera puni conformément à la loi ». Si vous-même, le magistrat suprême, vous agissez de la sorte en montrant clairement votre préférence politique, sachez que vos compatriotes vous considèrent également comme un chef partisan qui travaille pour un clan et non pour le Niger. C’est une logique implacable que vous connaissez et ce ne sont pas des discours ressassés à dessein qui vont y changer quelque chose. Vos actes parlent si fort que l’on n’entend pas ce que vous vous exténuez à faire entendre.

Monsieur le “Président”

Vous comprenez sans doute, lorsqu’un chef d’État en arrive à ce point, qu’il soit taxé de chef de clan. Vous avez donné la preuve, irréfutable, que c’est vous la justice au Niger et quiconque veut se tirer d’affaire judiciaire doit taper à votre porte, pas ailleurs. Ça ne surprend pas, je constate et attire votre attention sur les dérives, de plus en plus prononcées chez vous. Hier, on apprenait que vous faisiez sortir qui vous vouliez et quand vous vouliez de prison, y compris des chefs terroristes. Aujourd’hui, vous officiez des rencontres de conciliation entre parties en justice. J’ai bien peur que vous ne fassiez carrément comme Moussa Dadis Camara, l’ancien président guinéen, qui présidait des audiences au palais présidentiel ; des audiences au cours desquelles il a défait des procès qui datent de 25, voire 30 ans et plus. Le risque est grand de vous voir multiplier de tels travers, sachant qu’à ce jour, vous demeurez toujours président d’un parti politique, en l’occurrence le Pnds Tarayya. C’est une autre violation de la Constitution dont vous vous rendez coupable, étant entendu que vous avez l’obligation d’y démissionner sans délai dès lors que vous avez été investi président de la République. Vous êtes donc, à la fois président de tous les Nigériens et président des militants du Pnds Tarayya, chose antinomique que vous défend formellement la loi fondamentale. La loi a-t-elle vraiment une signification pour vous ? Ah, que si ! J’oubliais que d’autres Nigériens, non membres du Pnds Tarayya et à qui il est reproché, parfois, des fautes 10 fois moins graves que dans le cas qui vous a récemment amené à jouer les bons offices, paient le prix fort de leur liberté.

Monsieur le “Président”

Vous dirigez, vous ne gouvernez pas. Car, on ne gouverne pas son peuple dans l’injustice, le parti pris et l’insécurité permanente. C’est dire que vous devez redresser la barre dès à présent au risque de dégringoler avec ces blocs de pierre auxquels vous vous accrochez, exactement comme l’autre l’a fait, dans l’illusion d’un destin fabriqué mais sans fondement aucun. Ça n’a pas de lendemain, croyez-moi.

Mallami Boukar

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