Naroua Sanou : Portrait d’un ancien gladiateur des arènes

Naroua Sanou KokowaLe nom de Naroua Sanou rappelle encore le refrain des animateurs des arènes lorsqu’il remportait son Sabre face à Sayadi Assoutan à Diffa en 1987. C’est son nom que porte l’Arène des jeux Traditionnels de Tillabéry. Figure emblématique de l’écurie de Niamey avant de regagner celle de Tillabéry avec la création du nouveau département, Naroua a marqué l’histoire de la lutte traditionnelle avec un cachet indélébile. Si certains lutteurs ont découvert l’aire de combat très jeune, Narou Sanou a, quant à lui, fait ses premiers pas dans les arènes à l’âge de 25 ans. Il appréciait la lutte et croyait être un jour en mesure de franchir le grand cercle des gladiateurs nigériens.

En effet, Naroua Sanou est né au village de Bankali dans la région de Tillabéry. Marié à deux femmes et père de quinze enfants, Naroua Sannou est aujourd’hui âgé d’une cinquantaine d’années. Après la lutte traditionnelle, il consacre une bonne partie de ses activités aux travaux champêtres. C’est surtout cette principale activité qui lui permet de couvrir les besoins de sa famille. Bien qu’il ait quitté l’aire de combat, Naroua Sannou est toujours présent autour des jeunes lutteurs de la région de Tillabéry avec qui, il partage ses expériences, et continue à apporter sa pierre à l’édifice pour le rayonnement de la lutte traditionnelle.

Naroua a embrassé la lutte pour avoir été impressionné par des spectacles que livraient certains lutteurs au Nigéria. De retour au pays, le jeune ambitieux lutteur a informé son père de la passion qu’il nourrissait pour la lutte. Il a affiché dès lors sa détermination a effectué son premier pas dans l’Arène en tant que lutteur professionnel, mais son père lui a demandé d’attendre afin qu’il soit mature. Naroua Sanou a pris en compte les observations de son père tout en continuant à s’entrainer profitant de son temps libre dans l’espoir d’effectuer une entrée triomphale dans les arènes. Sa première sélection dans l’écurie de Niamey a été peu fructueuse pour avoir été retenu en qualité de lutteur réserviste. Il a, malgré tout livré trois combats et enregistré deux victoires.

Depuis qu’il a été maintenu comme titulaire, il écopait d’une seule chute tout au long de la compétition. C’est une qualité rare qu’on rencontre chez certains lutteurs. Il a confié avoir affronté ses adversaires avec engagement. Il ne tremblait devant aucun adversaire, son crédo est de terrasser quiconque se dressait sur son chemin. Selon lui, face à l’adversaire, tant qu’il réussissait à prendre le pied ou la tête, il n’hésitait pas à le renvoyer au sol. Ce sont ces qualités qu’il a entretenues jusqu’à la fin de sa carrière. Précisons que Naroua a atteint la finale pour la première fois en 1986 à Zinder face à Kataki de Tahoua. Il a mordu la poussière devant Kataki. Il a affirmé son exploit à l’arène des Jeux Traditionnelles de Diffa pleine à craquer en 1987 et Naroua Sannou a remporté le Sabre national devant Sayadi Assoutane de Tahoua.

Il a dit avoir pris ses distances des arènes avec l’âge par peur d’être humilié par les jeunes. En outre, il a clamé qu’avec l’âge, il est important de laisser la place aux jeunes tout en restant à leurs côtés et leur transmettre certaines valeurs qui feront d’eux des animateurs incomparables des arènes.

Comparant la lutte traditionnelle d’hier à celle d’aujourd’hui, il a soutenu que les combats d’hier se faisaient de la plus belle manière, et il était inconcevable pour un lutteur d’accepter ou proposer des combats arrangés. Il faut seulement compter sur son intelligence et la force de ses biceps a martelé Naroua Sanou. Il reconnait toutefois que sur le plan organisationnel, on débloque aujourd’hui plus de moyens dans la lutte qu’auparavant.

Par ailleurs, il a notifié avoir bénéficié de beaucoup de choses dans la lutte en termes de ressources en espèces comme en nature. Au regard de sa passion pour la lutte, Naroua est en train de préparer son propre enfant pour qu’il puisse combler le vide qu’il a laissé. Il a souligné que son enfant est en phase d’observation, car il a pris part aux dernières éditions du sabre national en tant qu’observateur. Mais il a rassuré que très bientôt, il fera son entrée dans les Arènes. Il retient encore de ses combats mémorables ses confrontations avec Maâzou Abdou, et Issaka Issaka de Maradi pour avoir livré un combat qui a durée 48 heures. S’agissant du lutteur qui l’impressionnait, il a indiqué que c’était Kadadé Zambo qui les impressionnait. Dès qu’il faisait son entrée dans l’aire de combat, il était ovationné par le public.

Naroua Sanou s’est félicité de l’attention que le Chef de l’Etat accorde à la lutte. Ce qui a permis à plusieurs familles œuvrant dans la lutte traditionnelle de bénéficier de divers avantages en termes de cadeaux.

Laouali Souleymane(onep)
22 février 2019 
Source : http://www.lesahel.org/

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