jeudi, 29 décembre 2016 06:34

38ème édition du Sabre National de lutte à Tahoua : Les Tchali-tchali, ces bouffons qui animent les arènes

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La lutte traditionnelle est devenue au Niger, le Sport le plus ancien et le plus populaire. Elle occupe une place importante dans les manifestations sportives et culturelles avec une valeur partagée par l’ensemble des couches sociales du pays. Elle mobilise tout le pays pendant les championnats. Son rôle mobilisateur a fait que les autorités politiques du Niger l’ont intégré en 1975 dans les programmes des activités physiques et sportives. Elle mobilise plusieurs acteurs et chacun joue un rôle précis et complémentaire, c’est le cas des Tchali-tchali ou les bouffons des arènes.

Selon Dambouga Issoufou, président des Tchali-tchali des arènes du Niger, lors des championnats, ils sont ldes plus grands animateurs des compétitions de sport de combat notamment la lutte traditionnelle. «Avant, la plupart des Tchali-Tchali étaient des anciens lutteurs qui se déplacent toujours avec l’équipe des régions. Pendant les tournées, nous portions un gros talisman fabriqué avec le crâne de ‘’mouzourou’’, une espèce de chat sauvage. Quand on terrassait un lutteur, nous nous approchions pour lui mettre l’amulette au cou, en guise de l’humour. Et à chaque fois, les vaincus enlevaient la grosse amulette pour nous la jeter», affirme le président Dambouga Issoufou, bouffon d’Agadez.

Marié à deux femmes et père de 6 enfants, ce vieillard a une expérience de plus de 38 ans dans la profession. D’après lui, le métier de Tchali-tchali a pris de l’ampleur pendant les années 70 sous le régime du Président Kountché. «En effet, c’est à cette époque que le championnat de lutte traditionnelle a pris de l’ampleur et le rôle des Tchali-tchali que nous jouons dans les arènes a eu toute sa valeur. Nous nous déguisions très bien en bouffons pour imiter les scènes de combat et les chutes des lutteurs en y mettant une bonne dose d’humour, et souvent même, de dérision. Avant quand il n’y avait pas la vidéo pour départager les combats litigieux, on se référait à nous, tchalli-tchalli, pour départager les deux camps, et tout se passait bien. », a-t-il affirmé.

Ces animateurs des arènes, dont chaque région n’a le droit de disposer formellement que d’un seul, sont généralement des paysans ; des agriculteurs éleveurs ou artisans. Ils connaissent très bien les techniques de la lutte traditionnelle sans aucune difficulté à mimer les combats déroulés en leur présence. «Nous ne vivons pas de cette profession, chacun d’entre nous à un métier à faire. Seulement, nous gagnons beaucoup de cadeaux pendant les championnats. J’ai bénéficié de plusieurs voyages dans ce rôle de bouffon qui m’a amené dans plusieurs pays africains et en Europe », a témoigné Dambouga Issoufou.

Généralement, les Tchali-tchali portent des accoutrements quelque peu exagérés de lutteur de très longs bonnets, des grandes lunettes sans verre. Ils portent également des objets d’arts bizarres, tout ce qu’il faut pour se faire une allure plutôt burlesque.

Hélas, de nos jours, déplore M. Dambouga Issoufou, le métier de Tchali-tchali est quelque peu délaissé, car les jeunes semblent ne pas s’y interésser. Soucieux de trouver une relève, «nous voulons que les jeunes accordent de l’importance à ce métier qui permet de valoriser notre culture et de perpétuer la tradition de l’art burlesque. Mais la plupart des jeunes ne sont pas intéressés. Tout de même nous observons ces derniers temps quelques-uns qui participent aux championnats. Nous sommes vieux, il faut qu’il y ait la relève», a indiqué le président des Tchali-tchali.

Même si les bouffons des arènes ne sont pas encore organisés en association, selon Dambouga Issoufou, à chaque championnat, ils forment un groupe solide que lui-même dirige jusqu’à la fin du championnat. « Ce groupe de solidarité nous permet en cas de nécessité, de manifester notre mécontentement et réclamer plus d’intérêt à notre égard. Pour ce faire, il nous suffit de nous éclipser de l’arène, et en quelques instants, les organisateurs constatent notre mouvement d’humeur. En effet, les spectateurs et les organisateurs sentent très vite notre absence parce que, nous faisons partie d’une composante importante dans la lutte traditionnelle», a-t-il expliqué.

Cependant, l’espoir demeure de voir ce métier de bouffons des arènes gagner plus en intérêt. Car, nous confie le président des Tchali-tchali, le ministre en charge des sports, M. Moctar Kassoum les a assuré qu’il prendra des dispositions pour formaliser leur métier afin de leur assurer une bonne carrière.

Seini Seydou Zakaria, envoyé spécial(onep)

29 décembre 2016
Source : http://lesahel.org/

 

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