Humeur : Le casse-tête de la ré-immatriculation

Comme vous le savez, il y a de cela cinq (5) ans, le Niger a adopté une réforme importante d’immatriculation automobile à travers la création de ce que l’on appelle le Guichet Unique Automobile du Niger (GUAN). L’adoption de cette nouvelle réforme poursuivait un triple objectif. Premièrement, il s’agissait de faciliter les formalités d’immatriculation des engins mécaniques importés au Niger, en regroupant tous les services concernés en un lieu unique ; ce qui éviterait, en principe, à l’usager des déplacements en zigzague pour l’accomplissement de telles formalités. Deuxièmement, cette réforme avait aussi pour ambition de remplir les caisses de l’Etat, à travers un système informatique de dématérialisation grâce auquel les risques de déperdition de recettes sont minimisés au maximum, car tout est réglé par chèque bancaire. Enfin, troisièmement, elle visait à assurer une meilleure sécurisation des documents de transports grâce à l’informatisation du système de délivrance. Voilà, en substance, les finalités poursuivies par la réforme, qui sont en soi des finalités justes.

Mais, dans un souci d’optimisation du système, l’Etat du Niger avait décidé de mettre en concession, via le Ministère des Transports, la gestion du nouveau système à un privé. A l’issue d’une mise en concurrence, c’est la Société SONILOGA qui avait été déclarée adjudicataire de la concession. Cependant, il est important de rappeler que, contrairement à certaines idées reçues, l’Etat du Niger conserve toutes ses prérogatives régaliennes sur la délivrance des documents administratifs de transport, les services étatiques y concourant sont simplement installés sur le site de la Société SONILOGA dont les fonctions sont relatives aux modalités techniques de l’immatriculation ou de la ré-immatriculation des engins, allant du contrôle de puissance du moteur, à celui du châssis, jusqu’à la plaque minéralogique finale.

Avant une mise en œuvre effective de la nouvelle immatriculation, une sorte de moratoire avait été accordée aux usagers pour se conformer à la nouvelle réglementation, plusieurs fois repoussée pour diverses raisons. Finalement, l’échéance de juin 2020 semble être la bonne pour SONILOGA, les contrôles policiers commençant à devenir intensifs, ces derniers temps, sur les carrefours de la ville.

Cependant, dans la mise en œuvre effective de cette importante réforme, trop d’à peu près sont constatés sur le terrain, l’immatriculation ou la ré-immatriculation relevant désormais d’un véritable parcours du combattant pour les usagers. En effet, entre le Centre de contrôle technique automobile situé à la Zone industrielle et SONILOGA, les choses sont tout simplement ahurissantes, à la limite, indignes de services publics pour lesquels les usagers payent leur argent. Les files d’attentes interminables des véhicules sur ces deux (2) sites témoignent des souffrances inadmissibles infligées aux usagers, dont certains se lèvent aux premiers chants du coq pour entamer ce véritable parcours du combattant. Pourquoi faire souffrir tout ce beau monde à l’heure où l’informatique résout le problème en permettant un travail en réseaux continus, quels que soient les endroits de la ville ? Pourquoi SONILOGA, situé à une vingtaine de kilomètres du centre-ville de Niamey, ne songerait-elle pas à créer des agences aux quatre coins d’une ville qui compte des millions d’habitants, afin de faciliter ce marathon aux usagers ? Juste le temps que cette situation d’embouteillage, due sans doute à l’échéance de la date butoir, passe. Car, une fois cette frénésie passée, les immatriculations ordinaires pourraient reprendre leur cours normal, et probablement, les gens ne se bousculeraient plus pour cela !

Et il n’y a pas pire injustice ou insulte que de voir quelques usagers passer par des relations, ou par des moyens corruptifs, au nez et à la barbe d’autres usagers postés, en faisant le pied de grue, depuis cinq (5) heures du matin ! Et dire que vous payez la même somme, mon œil ! Où se trouvent alors l’égalité citoyenne devant les charges publiques, ou encore le respect dû au client, car, il ne s’agit point de services gratuits dans tout cela, mais bien de prestations payantes ?

Comme, on le voit, la célérité ou la facilitation tant espérées de la réforme risquent d’être durablement hypothéquées par ce qui se passe sur le terrain, à cause sans doute du manque d’imagination créatrice de la part de ceux qui bénéficient aujourd’hui de cette délégation de service public. En principe, on délègue pour améliorer les choses et non pour les rendre plus complexes, comme cela semble être le cas au niveau de SONILOGA. Il appartient au Ministère délégant, c’est-à-dire au Ministère des Transports, de prendre ses responsabilités en attirant l’attention du concessionnaire sur la nécessité de faciliter véritablement l’accomplissement des formalités d’immatriculation automobile au Niger.

En effet, les usagers nigériens ne sont liés par aucun contrat avec cette société, ils sont devenus tout simplement des proies sacrifiées sur l’autel d’une privatisation mal assurée d’un service public. Leur seul interlocuteur dans cette affaire demeure donc le Ministère des Transports. Au demeurant, le spectacle désolant auquel l’on assiste, ces derniers temps, au Centre de contrôle technique automobile et à SONILOGA est pitoyable dans une république. Simple avis citoyen !

Ayouba Karimou, CT/DG

16 juin 2020
Source : http://www.lesahel.org/

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