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La lutte contre le mariage des jeunes filles au Niger : implique-toi.

Jeunes filles NigerEffet de mode ou pratique socioculturelle néfaste, le mariage précoce est devenu de nos jours un phénomène planétaire. Le Niger ne fait pas exception à la règle. Les jeunes filles sont souvent mariées à un âge très précoce, sans leur consentement. Parmi les femmes de 25 à 49 ans, 77% étaient déjà mariées à 18 ans, 30% à 15 ans. L’âge médian de la première union est de 15,7 ans. Les garçons eux sont mariés à un âge tardif 24,2 ans en moyenne. Trois filles sur quatre sont mariées avant 18 ans (Recensement Général de la Population de 2012). Ainsi le Niger bat le record mondial de mariage précoce avec un taux de 72%.

Cette pratique était l’œuvre des populations rurales, surtout les jeunes filles analphabètes. Aujourd’hui le mariage précoce n’épargne pas les citadines et touche aussi les adolescentes en cours de scolarisation. Leur voix compte peu. Ce qui les empêche de poursuivre leurs études et de réaliser leurs vœux, de suivre une formation professionnelle qui leur permettra d’être autonome financièrement; de mieux cerner les questions de santé de reproduction, de droits humains etc. Cette pratique se fait de diverses manières et se retrouve dans les huit régions du Niger. En effet, le plus souvent ces mariages précoces sont arrangés par les parents qui décident de donner leur fille en mariage à un cousin, le fils d’un ami, d’une connaissance, d’un voisin etc. en vue soit de consolider leurs amitiés, pour conserver leurs cultures, leurs traditions, les liens de parenté ou bien ils monnaient leurs filles parce que le prétendant est riche ou détient un pouvoir quelconque, pouvait leur servir, soit pour rembourser des dettes…

Dans la plupart des cas, la fille ne connaît pas le prétendant, qui est souvent en exode depuis des années, soit dans un village voisin ou dans le même village. D’autres sont données en mariage, dès leur naissance ce qui amène, les parents du jeune marié à attacher un fil au pied de la fille, une façon d’empêcher d’autres prétendant de se manifester, c’est le cas de Rahila une fille du département de Mayahi (Maradi) qui a été promise en mariage dès sa naissance, actuellement, elle a 12ans, mais aucun autre prétendant n’ose se présenter du fait qu’elle a été retenue pour se marier avec un jeune parti en exode il y a 4 ans. Certaines adolescentes sont données en mariage sans leur consentement. Rares sont les cas où l’on donne le choix à la fille de choisir son époux. C’est dans ce sens que le livre «Elle brise le tabou», édité, par l’UNFPA en 2015 au Niger, nous intéresse beaucoup, parce qu’il retrace les récits de 56 filles qui ont dit ‘’ Non’’ au mariage des enfants grâce à un programme dénommé Illimin. Ce livre retrace des histoires aussi diverses que variées des jeunes filles qui ont échappé à ce fléau, mais dont leurs récits sont édifiants. Car ce document nous montre comment ces mariages sont arrangés.      

Les raisons qui poussent les parents à donner leurs filles en mariage sont multiples et multidimensionnelles. Il y a la pauvreté qui fait que les parents se débarrassent de leur fille très tôt parce que ne pouvant plus les prendre en charge, ou le prétendant peut les aider en leurs donnant de l’argent et ou en leur offrant des cadeaux. Les parents veulent sauver l’honneur de la famille en évitant à leurs enfants la débauche précoce Selon check Khalid Moctar membre de l’Association Islamique du Niger : «les parents préfèrent le mariage précoce à la débandade précoce qui engendre des fois des grossesses précoces et non désirées». Un autre facteur qui fait que le mariage précoce prend de l’ampleur c’est l’ignorance par les jeunes filles et leurs parents sur les conséquences liées au mariage des enfants, le faible taux de scolarisation des filles, la mauvaise interprétation des textes religieux etc.

Malgré l’existence d’un arsenal juridique qui protège celles-ci, force est de constater que le mariage des jeunes filles persiste. Car cette pratique continue, avec ses conséquences néfastes (fistule, jeune fille déscolarisée pour ne citer que ceux-là), dans la plupart des cas, au vue et au su de la communauté qui est censée être le deuxième cercle de protection des enfants.

Pour lutter contre ce phénomène, les dirigeants africains et les institutions ont lancé une campagne visant à mettre fin au mariage des enfants. Le Niger ne reste pas en marge de cette initiative. C’est dans ce cadre que le Niger a lancé en décembre 2104, sa « Campagne pour mettre fin aux mariages des enfants», pour lutter contre cette pratique traditionnelle néfaste à la santé et au bien-être des filles et des femmes du Niger et le programme Illimin cité plus haut en est une stratégie de cette campagne qui consiste à instaurer un dialogue entre les jeunes filles et leurs parents en vue de les convaincre à abandonner cette pratique.

Plusieurs ONG internationales et locales travaillent à côté de l’Etat pour lutter contre ce phénomène. Pour l’efficacité de la lutte contre les mariages précoces, il faut améliorer le cadre juridique (en harmonisant les textes nationaux aux traités et conventions internationales ratifiés par le Niger), institutionnel et politique et en affaiblissant les résistances culturelles et religieuses à l’éradication de la pratique. Développer et proposer des approches appropriées et des modèles capables de conduire à l’autonomisation des filles dans la lutte contre ces mariages précoces qui pourraient être utilisés par une variété de décideurs et d’acteurs. Mener une campagne de sensibilisation autour de la question pour accompagner les actions entreprises par les porteurs d’obligations, afin de toucher les communautés à la base. D’interpeller les responsables politiques pour qu’ils puissent prendre en compte la question du mariage précoce dans leur politique et programme de développement. D’amener les leaders (religieux, les femmes, d’opinion) et les acteurs de la société civile à s’engager pleinement dans la lutte. Cette lutte nécessite l’implication de tous, c’est une mission difficile mais pas impossible.

Balkissa Hamidou

24 mai 2017
Source : La Nation

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Société