Tillabéri/Hydraulique à Filingué : «La construction anarchique des points d’eau sans aviser les services techniques nous causent de réels problèmes», déclare M. Boubacar Mahamadou directeur départemental de l’hydraulique

aLa Direction Département de l’Hydraulique et de l’Assainissement (DDH/A) de Filingué, alors service d’Arrondissement a vu le jour en juin 2001. Selon son premier responsable, M. Boubacar Mahamadou, trois (3) agents seulement composent son service. Néanmoins cette direction a eu à faire plusieurs réalisations, surtout à partir de 2011. Ainsi de 2016 à décembre 2019, quelque 110 équivalents points d’eau (EPE) ont, M. Mahamadou, été réalisés; 87 autres sont en cours de réalisations tandis que 30 autres EPE ont été réhabilités et 8 en cours de réhabilitation. C’est dire que plusieurs milliards FCFA ont été injectés dans ce domaine. «Rien qu’en 2019, c’est près de 1.800.000.000 FCFA qui y ont été injectés par l’Etat et ses partenaires», précise le DDH-A. Côté matériels, la DDH/A dispose d’un véhicule 4x4 en bon état, d’une moto DT 125 neuve, d’une moto Suzuki, acquise en 2012 et d’un ordinateur de bureau et ses accessoires.

Les partenaires qui interviennent dans le domaine de l’Hydraulique et de l’Assainissement dans le département de Filingué sont L’Etat, REGIS-ER, LE PGRC/DU, ALLIANCE SAHEL, BID/UEMOA et le PAC-RC. Cependant, M. Boubacar Mahamadou a soulevé quelques entraves auxquelles fait face sa direction. Il y a d’abord, le fait que le DDH/A de Filingué ne dispose jusqu’à ce jour pas de local propre et occupe le bureau de l’ancienne ‘‘Union Sous Régionale des Coopératives (USRC)’’. «Il faut aussi citer : le retard dans le paiement des décomptes des entreprises, d’où un sérieux retard dans l’exécution des travaux (les entreprises faisant du paiement de leur décompte une condition sine qua non pour poursuivre leurs travaux), les 12 PC en cours datent d’au minimum 3 ans ; le manque de moyens financiers pour effectuer des missions de suivi, contrôle et supervision, ainsi que les actions d’accompagnement (encadrement) des populations, le manque de matériels adéquats (GPS ; Sonde), la prolifération anarchique des points d’eau construits par certaines ONG sans respecter les normes hydrauliques, la non implication de la DDHA par certains intervenants dans le domaine, des difficultés de disposer des coûts et du nombre réels des travaux réalisés par certaines ONGs».

Ce dernier aspect est pris comme exemple par le DDH/A de Filingué pour illustrer les dommages que cela peut causer. «Si par exemple, un partenaire arrive à 5 km de Filingué et commence à forer un puits ou un forage et j’interviens, soit pour arrêter ou pour demander des explications comme l’autorise la loi, c’est la même la population qui va se révolter contre moi et me verra comme un ennemi dudit village. Les gens profitent de cette situation pour venir construire anarchiquement, sans aucune étude, ni concertation préalable des services techniques compétents, des infrastructures hydrauliques dans nos localités. Nos services exigent une analyse physico-chimique et bactériologique à la fin. Car la qualité de l’eau ne peut pas se reconnaître à l’œil nu. Dans ce département les ONGs arabes nous crées trop de problèmes. Car sous prétexte de ne pas se faire contrôler et de ne pas payer des frais relatifs à ce contrôle, elles viennent clandestinement et anarchiquement forer des puits et des points d’eau», se plaint le DDH/A de Filingué. M. Mahamadou pense qu’au lieu qu’un ONG investisse 10 millions FCFA pour construire 10 puits de manière anarchique, il aurait été mieux d’investir ce montant pour construire un seul puits à une place appropriée, ce qui profiterait à plusieurs villages et personnes. «A Bonkoukou, par exemple, on assiste presque à une famille un point d’eau. Chaque famille à son forage, alors que nous savons le contour social d’un point d’eau dans un village. Tout cela a disparu, à cause de certains partenaires qui font cavaliers seuls et qui contournent les textes», déplore M. Mahamadou.

Pour une bonne exécution de sa mission, le DDH/A de Filingué recommande : la dotation de la DDHA d’un local propre; le payement à temps des décomptes des entreprises pour éviter tout retard dans l'exécution des travaux (condition sine qua non pour appliquer à la lettre les clauses du contrat à l’Entreprise) ; la dotation de la DDHA de moyens financiers pour effectuer des missions de suivi, contrôle et supervision, ainsi les actions d’accompagnement (encadrement) des populations ; la dotation de la DDHA de matériels techniques (GPS ; Sonde), la promotion d’une bonne collaboration avec les acteurs intervenant dans le secteur afin de disposer de données fiables à temps ; la lutte contre la prolifération anarchique des points d’eau ne répondant pas aux normes hydrauliques et l’orientation vers le département de partenaires intervenant dans le secteur surtout le volet assainissement afin de réduire les disparités départementales.

M. Mahamadou a aussi noté que le département de Filingué dispose de trop peu de partenaires surtout dans le volet Assainissement d’où la nécessité pour l’Etat d’orienter certains partenaires vers cette zone. «Je pense que le mauvais classement de notre pays suivant l’IDH, résulte aussi du fait qu’on ne capitalise pas certaines données. En tant que techniciens, il y a certaines données qui nous échappent et donc qui ne remonte pas au niveau des statistiques nationales. S’il faut tenir concrètement de ce qu’il y a sur le terrain, le Niger changera, sans nul doute de rang dans l’IDH», estime M. Boubacar Mahamadou. Nontons que sur le plan hydraulique, le département de Filingué a un taux de couverture géographique de 83.46%, un taux d’accès théorique de 61.66% contre un taux de panne de 11.72%.

Mahamadou Diallo(Envoyé Spécial)

21 janvier 2020
Source : http://www.lesahel.org/

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