Saadi Idi et Fatsouma Ali, élèves au Centre de Formation aux Métiers de Doguérawa : Des exemples de résilience pour les jeunes femmes divorcées

Divorcées très jeunes Saadi Idi et Fatsouma Ali, sont deux jeunes femmes de la commune rurale de Doguérawa située à environ 445 km à l’est de Niamey sur la RN1 (département de Malbaza dans la région de Tahoua). Leur expérience et leur courage peuvent servir de leçon à la fois pour les filles qui sont parfois tentées par le mariage et pour les parents qui donnent leurs filles en mariage très jeunes. Toutes deux sont élèves au Centre de formation aux métiers (CFM) de leur localité. Elles racontent leurs expériences.

D’un tempérament très calme et un peu réservée, Saadi Idi est aujourd’hui âgée de 16 ans. Elle a été mariée à l’âge de 15 ans. Son ancien mari était un jeune "exodant" comme bon nombre des jeunes de cette zone du Niger. « J’ai été renvoyée du collège en classe de 6ème et on m’a mariée. En fait, je ne voulais pas aller à l’école et c’est pourquoi j’ai été mariée. Au début j’aimais mon mari, mais après ça n’allait plus entre nous parce qu’après le mariage j’exprimais le désir de reprendre les études. Mais lui ne veut pas que j’étudie que ça soit l’enseignement moderne ou même l’école coranique », dit-elle. Le mariage n’a duré alors qu’un an et le jeune couple s’est séparé sans enfant.

Cette expérience à laissé un goût amer chez la jeune fille. « Ce n’est pas bon d’abandonner l’école pour se marier, parce qu’on le regrette après. Je suis en train de le regretter aujourd’hui», confie-t-elle. Et c’est pourquoi, aussi dès que le Centre de Formation aux Métiers (CFM) de la commune a ouvert ses portes, Saadi Idi est venue s’inscrire. « Je me suis inscrite dans ce centre pour apprendre un métier. J’apprends notamment la couture et le tricotage. Comme ça même si je me remarie, je sais que j’ai un métier qui me permettra de gagner ma vie », dit Saadi Idi, très confiante.

La jeune femme interpelle aussi les parents. « Je prie aussi les parents de laisser leurs filles étudier avant de les marier, parce que l’éducation est très utile », conseille Saadi Idi, qui souhaitait devenir enseignante si elle avait pu poursuivre ses études.

Sa camarade de classe est, elle, d’un tempérament différent. En effet, c’est avec beaucoup d’aisance mélangé parfois d’un grain d’humour que Fatsouma Ali, aujourd’hui âgée de 19 ans raconte son histoire. « J’ai été renvoyée en classe de 5ème parce que je faisais l’école buissonnière », dit-elle avec un léger sourire. « En réalité le fait que la majorité de mes amies s’étaient mariées m’a ôté toute envie d’aller à l’école. Je voulais juste me marier comme elles. Mon papa et ma maman ont tout fait pour que je continue les études mais je ne voulais pas et c’est pourquoi j’ai été mariée », ajoute-t-elle.

Fatsouma Ali a aussi été mariée à l’âge de 16 ans, elle aussi à un jeune "exodant". Leur mariage a duré un an et deux mois et le jeune couple avait eu un enfant. Concernant la raison du divorce, la jeune femme n’en trouve pas. «Nous n’avons aucun problème, mais c’est Dieu qui a décidé ainsi», affirme-t-elle. «Aujourd’hui, je regrette amèrement de n’avoir pas poursuivi mes études. Je voulais devenir agent de santé ou enseignante pour aider la communauté et contribuer au développement de mon village », confie-t-elle.

Maintenant Fatsouma Ali a une autre idée de l’importance de l’éducation pour les jeunes filles. « Certaines filles sont mariées alors qu’elles ne savent même pas cuisiner ou s’occuper de leur foyer. Or si la fille a étudié, elle aura appris beaucoup de choses qui peuvent l’aider dans sa vie conjugale. C’est ce que nous apprenons aujourd’hui à travers l’économie familiale qu’on nous enseigne. J’en appelle aussi aux parents de laisser les filles étudier avant de les donner en mariage », plaide-t-elle.

Il existe de nombreuses jeunes filles victimes de situations similaires dans de nombreux villages du pays. Mais Saadi et Fatsouma font preuve d’un courage et d’une résilience qui forcent l’admiration. C’est, en effet, avec beaucoup de détermination et des objectifs très clairs que ces deux jeunes femmes suivent leur formation au CFM de Doguérawa. Elles comptent toutes deux, après obtention de leurs diplômes, ouvrir leurs propres ateliers et mettre en pratique les connaissances acquises dans les autres domaines pour recommencer une nouvelle vie conjugale.

Siradji Sanda, Envoyé Spécial

24 octobre 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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