Maradi face à son miroir : Travail des enfants, mendicité, … Traite des personnes ou éléments de résilience économique ?

Image d'illustration (La ville de Maradi )Image d'illustration (La ville de Maradi )La célébration de la 4ème édition de la journée nationale de mobilisation contre la traite des personnes, du 28 au 29 septembre, a permis aux maradawas de cerner les contours de cette problématique et surtout de s’interroger sur les pratiques actuelles et leurs conséquences sur la vie des enfants et le développement de la région.

Maradi capitale de la traite des enfants ?
S’agissant de la « traite », il serait très osé d’être catégorique là-dessus, mais relativement au « travail des enfants » au sens large, la chose est une évidence, particulièrement dans la ville de Maradi où les enfants sont massivement utilisés dans le petit commerce de détail et dans celui du porte à porte. A propos, l’image symbolique que retiennent les visiteurs de Maradi, est le plus souvent celle de la fillette vendeuse d’arachides, … proie facile pour de probables prédateurs.
Mais en la matière, il ya des formes de travail qu’on pourrait en effet qualifier de pure exploitation des enfants et que la société tolère, sans doute, en guise d’aveu d’échec de prise en charge collective. C’est notamment le cas des centaines d’enfants guides d’aveugles ou accompagnateurs d’handicapés dont les services sont utilisés 7/7 alors que d’autres enfants de leur âge sont à l’école ou dans des centres d’apprentissage.

Et que dire de ce marabout originaire du Nigéria qui héberge dans son école coranique à l’ouest de la ville des centaines de talibés, en majorité des mineurs nigérians, qui non seulement sont obligés de se nourrir, mais doivent également verser hebdomadairement une somme de 100F sous peine d’enfermement d’une journée, selon des témoignages recueillis auprès des enfants par les riverains. D’autres, parmi les plus grands, seraient utilisés comme ouvriers dans des champs et parcelles qu’il exploite à la lisière du Goulbi… Un cas parmi des centaines !

« C’est justement pourquoi nous avons choisi Maradi… »
C’était là quelques uns des propos introductifs que tenaient madame Gogé Maimouna Gazibo, Directrice Générale de l’Agence Nigérienne de lutte contre la traite des personnes et le trafic international des migrants (ANLTP/TIM), à l’entame des trois conférences prévues dans le cadre de cette 4ème commémoration de la journée nationale de mobilisation contre la traite des personnes à Maradi. « Chaque année, poursuit-elle, nous choisissons le thème général en lien avec l’actualité et le contexte local… Maradi a non seulement le plus gros défi démographique à gérer, mais c’est également la région où les cas d’abus contre les fillettes notamment, traités par les tribunaux, sont les plus nombreux… » ! Le ton est lancé !

L’une des conférences dont le thème est « la traite des enfants dans la prostitution, la mendicité et le travail forcé au Niger : Défis et perspectives », a particulièrement retenu l’attention de l’auditoire. Les panélistes ont, statistiques à l’appui, décrit l’évidence de la situation nationale et brossé le tableau peu flatteur de Maradi. Il s’en étant suivi des demandes d’éclaircissement et des échanges instructifs. Certains ont essayé de présenter le travail des enfants comme une « tradition utile », une sorte de préparation à l’intégration dans la vie active, mieux un élément de résilience économique de la société. Mais les arguments développés par le panéliste issu de la société civile religieuse ont convaincu plus d’un sur la caducité de cette conception du travail des enfants face à la critique islamique.

« Cette conférence nous a permis de nous regarder dans la glace, pour voir ce que nous faisons de nos enfants, sous le couvert de la religion, alors que c’est faux… », note avec amertume Mahamane Laouali Touré représentant du Sultan du Katsina, au sortir de la salle de conférence. « Désormais, poursuit-il, nous allons être davantage plus vigilants sur toutes ces pratiques nuisibles pour notre jeunesse ».
El Kaougé Mahamane Lawaly

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