Affaire Dadji Rijia : Des autorités pyromanes

Affaire Dadji Rijia : Des autorités pyromanesLorsque le Préfet de Gaya défie son ministre de tutelle pour mettre le feu aux poudres dans son espace territorial sous la pression du Gouverneur de Dosso dans le but d’aider ce dernier à s’approprie un domaine public de l’Etat tout peut arriver et à tout moment.

Commencé en 2013 avec l’abattage de plus de 6000 arbres , le désastre écologique dans la zone de Dadji Rijia se transforme en 2018, d’abord en un bras de fer entre le Préfet de Gaya et son ministre, ensuite en une guerre déclarée à la Communauté peule de la zone et enfin en un contentieux qui oppose le Préfet aux éleveurs, à l’Association pour la redynamisation de l’Elevage au Niger (AREN) et au parti Vert (RSV-NI’IMA) pour avoir pris un arrêté portant levée de la mise en défens d’une aire de repos des animaux, sur fond d’abus de pouvoir.


Manœuvres politiciennes et actes illégaux
Situé dans le canton de Yélou, le plateau de Dadji Rijia fait partie des aires de repos des animaux (enclaves pastorales) non encore classées et qui attire les convoitises des ressortissants de certains villages situés à une dizaine de kilomètres au risque pour certains politiciens tels le Préfet de Gaya et le Gouverneur de Dosso tous membres du parti politique l’ANDP ZAMAN LAHIYA de mettre leurs postes politiques dans la balance.
Prétextant l’achat d’une partie du plateau auprès de l’imam du village de Adiga, acte non encore rendu public, le Gouverneur de Dosso va pousser les membres de sa famille à défricher la zone. Il va ensuite concocter une conciliation entre les populations des deux Kaoura, Kaoura Ndébé et Kaoura Gohé rivaux de toujours, pour offrir un alibi au Préfet de Gaya pour la levée de la mise en défens de la zone. Malheureusement, cette conciliation déjà contestée dans sa forme tombe comme un cheveu dans la soupe dans ce dossier qui en réalité opposait la famille du Gouverneur à la recherche de nouveaux champs aux éleveurs déjà présents sur les lieux depuis des décennies et décidés à défendre cette enclave pastorale.


Complicité flagrante des forestiers
Bien que ne détenant aucun permis d’abattage d’arbres, les hommes du Gouverneur, l’un de ses frères en tête et quelques courtisans utilisés comme paravents dans cette opération de conquête de nouvelles terres n’avaient pas été immédiatement amendés comme l’exigeait la loi. Ils bénéficieront de la complicité des responsables de Forêts et Faunes de la préfecture de Gaya et de la région de Dosso qui ont fermé les yeux sur ces graves infractions. Il a fallu « une sommation de dire » d’un huissier pour que finalement le Responsable de l’Environnement de Gaya se décide à appliquer la loi. En définitive, c’est le Chef par intérim du village de Kaoura Gohé qui va payer les quatre transactions d’un montant total de 200 000 F, un cadeau au regard de la gravité des actes posés au détriment de l’environnement.

Affaire Dadji Rijia 2

Faux témoignage
Suite aux différentes correspondances du Président du parti Vert faisant étant de la violation d’un arrêté préfectoral et des risques très élevés de conflits intercommunautaires, le Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur par message radio demande au Préfet de prendre des mesures conservatoires et de dresser un rapport circonstancié sous quinzaine. Contre toute attente, aucune de ces instructions ne sera proprement exécutée par le Préfet qui compte exclusivement sur la couverture du jeu d’alliance politique. Et pour cause, le Préfet avait déjà pris depuis le 9 avril 2018, un arrêté portant levée de la mise en défens. Mais, répondant à «la sommation de dire » de l’huissier le 7 mai 2018, le Préfet a préféré délibérément faire un faux témoignage. En l’espèce, il avait déclaré : «  qu’il n’y a jamais eu un arrêté portant remise en cause de cette mise en défens de la zone de Dadji Rijia, mais cet arrêté est à l’étude » et d’ajouter : « dans tous les cas je transmettrai les résultats des mes investigations au Ministre de l’Intérieur avant de prendre tout arrêté ».

Le silence de la hiérarchie considéré comme un accord tacite
Dès lors le silence de l’Administration Centrale dans le suivi de ce dossier impliquant des Autorités politiques et administratives départementales et régionales pose problème. Le Ministre de l’Intérieur a-t-il pris conscience de ce qui se tramait dans ce dossier ? Qu’elle instruction a-t-il donnée après avoir pris connaissance de la sommation de l’huissier. Autant de questions intrigantes. Alors, on laisse les autorités régionales faire ? C’est d’ailleurs profitant de ce silence que le Préfet s’était rendu sur le terrain pour donner son feu vert à la famille du Gouverneur et aux autres courtisans qui sont revenus en force pour poursuivre l’abattage illégal d’autres arbres. Qu’a fait le service régional de l’Environnement Gaya après ce second défrichement sans autorisation ? Rien du tout. Alors on est en droit de se demander s’il fallait attendre qu’un drame se produise pour effectuer un déplacement sur le terrain afin de présenter des condoléances aux pauvres victimes au nom du Président de la République, distribuer quelques billets de banque et quelque sacs de vivre pour les calmer et appeler à la réconciliation ? C’est un scénario « Déjà vu ». On ne peut plus et on ne doit plus laisser faire les Autorités pyromanes. Le Gouvernement ou le Président de la République doivent prendre leurs responsabilités, d’autant plus qu’ils sont bien informés et qu’aucune sanction même disciplinaire administrative n’a encore pas été prise à l’encontre de ceux qui mettent le feu aux poudres.


Les prémices d’un plan macabre
Le jeudi 12 août 2018, alors que le pays tout entier préparait l’anniversaire de la fête de l’indépendance, ces mêmes sédentaires qui ont illégalement défriché le plateau et ses environs avec le feu vert des autorités du département et de la région ont semble t-il organisé une expédition punitive dans l’intention de brûler les villages peules des alentours du plateau. Fort heureusement avec la grâce de Dieu, le pire a été évité. Et pour combien de temps ce face à face peut-il durer sans dégénérer?
Il y a encore quelques semaines, du fait de l’entrer dans le prétendu champ du Gouverneur par des animaux non identifiés, tous les éleveurs de la zone sont victimes de harcèlements des autorités coutumières. Sommés de retrouver le propriétaire des animaux ou à défaut ils sont menacés de verser la somme de 400 000f aux parents du Gouverneur. Un montant arbitrairement fixé par ces autorités coutumières ayant pris fait et cause pour le camp du Gouverneur, candidat à la chefferie de Kaoura Gohé qui est en réalité déjà en campagne.
Aujourd’hui la tension est extrêmement vive dans la zone et une épée de Damoclès pèse sur le bétail des éleveurs pris en otage et pouvant servir à tout moment de monnaie d’échange.
Ce faisant puisqu’un processus juridique est engagé par les victimes, le Préfet a jusqu’au 9 octobre 2018 pour annuler son arrêté formellement contesté.

05 octobre 2018
Source : http://nigerdiaspora.net

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