Le regard d’un socio-anthropologue sur le phénomène de divorce à Niamey

/images/stories/Mariage-Niamey-03.jpgImage d'illustration L’éducation et la sensibilisation comme arme efficace pour freiner le drame social Chaque week-end à Niamey, c’est une panoplie de mariages qu’on célèbre. Mais force est de constater que rare sont ces unions qui célèbrent leur premier anniversaire. Le divorce est prononcé souvent deux à trois mois après la célébration du mariage. Des milliers de foyers conjugaux sont bouleversés en un temps record. Mais concrètement qu’est-ce que le divorce ? Qu’estce qui explique l’ampleur de ce phénomène dans notre société ? Assiste-t-on nous à un effritement des valeurs socioculturelles de la société nigérienne ?

Selon le socio-anthropologue M. Sani Jandjouna, le divorce ne trouve de sens que dans le mariage. Autrement dit, c’est quand il y a mariage qu’on parlerait de divorce. Les deux phénomènes sont interdépendants. Le divorce renvoie alors à la rupture des liens qui ont uni deux personnes dans le mariage. L’interruption de cette relation conjugale est appelée divorce. Il peut revêtir plusieurs formes. Ça peut être une simple séparation. Mais ce qui est sûr, dès qu’il y a rupture par rapport à la légitimité, à la légalité qui caractérise ledit mariage, il y a divorce. En conséquence, chacun est libre de choisir et d’emprunter un autre chemin dans la mesure où il n’y a plus une communauté de destin. En effet, l’ampleur du phénomène de divorce à Niamey s’explique selon Sani Jandjouna par le fait qu’il y a plusieurs mariages célé- brés. C’est-a-dire que le divorce est observable en fonction du taux élevé de mariage. Plus il y a de mariage, plus on constate un nombre élevé de divorce. Ça va de pair parce qu’il faut mariage pour parler de divorce. Cette vérité est une donnée statistique. Aujourd’hui, c’est même l’orientation culturelle de notre société qui est comptable de ce phénomène. ‘’ Le choc des cultures auquel on assiste actuellement nous met dans une situation de déperdition totale. Il est difficile de savoir à quelle culture on va assister dans les prochaines années.

Le Nigérien n’a pas considéré les aspects culturels traditionnels de sa culture. Sa préoccupation est d’embrasser la culture occidentale sans y parvenir à tel enseigne qu’il est aujourd’hui dans une situation de flottement entre les cultures’’, a préciser M. Sani Jandjouna avant d’étayer son argument à travers un exemple. Avant, la jeune fille et le jeune garçon sont éduqués pour être épouse pour l’un et époux pour l’autre. Ce qui fait que la fille qui est avec sa maman sait déjà ce qu’elle doit faire. La maman éduque sa fille comment entretenir un foyer, un homme. Quant au jeune garçon, il suit son père pour recevoir une éducation lui permettant de comprendre comment gérer un foyer conjugal ; il sait la responsabilité qui lui incombe en tant que fils, époux vis-à-vis de la gestion familiale. Mais de nos jours, les parents n’éduquent plus leurs enfants pour qu’ils soient épouses ou époux. Les gens éduquent les enfants pour qu’ils soient sociologues ; journalistes ; médecins ; historiens etc. Ils cherchent à ce que leurs enfants se battent à l’école ; gagner un diplôme et travailler. C’est la préoccupation des parents. Or, il s’agissait tout simplement de joindre l’utile à l’agréable. En même temps qu’on s’acharne à trouver à nos enfants une profession, on devrait s’acharner aussi à donner une bonne éducation à nos enfants pour qu’ils vivent de façon radieuse dans leur foyer. A quoi sert une vie ou on a un bon boulot, un bon salaire et à côté un foyer en déconfiture ? Or ce qu’on cherche dans le mariage ou dans la profession, c’est le bonheur. La vie conjugale va au-delà de l’argent. C’est une question de sentiment, d’affection, d’amour etc. cette vie conjugale, si elle ne sert pas au bonheur, à quoi elle va servir ? C’est la raison pour laquelle Dieu n’a pas interdit le divorce. A l’impossible nul n’est tenu. Lorsque la vie conjugale est soumise à rude épreuve, il vaut mieux divorcer. Le divorce est tout à fait autoriser par la religion même si on n’aime pas qu’il intervient dans une union. On veut simplement pousser les humains à être patients. L’une des raisons avancées par le socio-anthropologue pour expliquer le taux élevé du divorce, c’est qu’on fait du mariage un moyen, plutôt qu’une finalité. Les gens se marient non pas sur la base du sentiment mais du matériel. Le calcul matérialiste et la beauté physique sont mis en avant dans le choix ; alors que si le mariage est considéré comme un acte religieux ou « Abada », beaucoup de problèmes allaient encore être écartés. Ce sont les reproches qui brisent le mariage. L’époux ou l’épouse oublie que chacun est différent de l’autre. Par ailleurs, le manque de sincérité, de mensonge de l’homme ou de la femme avant ou après le mariage est aussi une raison des échecs de certains mariages. M. Sani Jandjouna soutient que le mot tromperie ou mensonge ne doit pas avoir sa place dans l’amour. Ce dernier, dit-il est noble, sain. Comme pistes de solutions pour réduire le taux élevé de divorce au Niger de façon générale et particulièrement dans la capitale, le socio-anthropologue M. Sani Jandjouna propose la sensibilisation et l’éducation des enfants. Il faut que l’Etat s’investisse en collaboration avec les collectivités ; les sages, les marabouts organise si possible dans chaque quartier ou village un conseil d’écoute et de conseil aux couples. Les gens chargés d’animer ce conseil doivent être de haute valeur sociale, intègres, de grande responsabilité, honnêtes. Ils ne doivent pas dévoiler ce qui s’est passé entre X et Y demain. Le conseil de ce type de personnes peut régler beaucoup de problèmes. Quant aux parents, il leur appartient d’éduquer les jeunes à avoir le sens de grande responsabilité et de patience dans la gestion du foyer, a conclu M. Sani Jandjouna.

Hassane Daouda
25 août 2018
Source : http://lesahel.org/

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