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Crise énergétique - Gorou Banda : jusqu'à quand ?

Gorou Banda Niger 02C'est avec une grande joie - somme toute légitime - que les Nigériens ont appris la mise en service de la centrale de Gorou Banda. Quand on sait combien les délestages font souffrir les populations de la capitale, l'on ne peut que saluer ce projet qui, selon les explications qui ont été données, réduira drastiquement la fréquence des coupures intempestives dans Niamey et ses environs. C'est du moins ce qu'a laissé entendre un certain discours politique. Mais l'on est surtout surpris d'entendre le président reparler d'inauguration quand on se souvient que pendant la campagne électorale, il était déjà passé sur les lieux pour une cérémonie qui devait être celle d'une inauguration. Inaugure-t-on deux fois la même chose ? Peut-être faudra-t-il s'attendre à une autre inauguration de l'hôpital de référence qui aussi, déjà, a eu sa première inauguration. Ça fait trop. Trop de tintamarre, peut-être pour rien. Les Nigériens risqueront de déchanter avec leur fameuse centrale.

 

Mais enfin, trêve de dénigrement, la centrale est là et les Nigériens attendent de savoir l'opérationnalité de cette infrastructure. Cette préoccupation est d'autant plus justifiée que c'était le président lui-même qui faisait remarquer que l'électricité sortie de la centrale de Gorou Banda coûtera un peu plus de 200F le kilowattheure quand celle du barrage de Kandadji, ne coûterait que 15f. Alors que des spécialistes du domaine, en l'occurrence Albert Right, menaient une compagne pour expliquer que ce n'est pas un bon choix pour le Niger, le gouvernement de la renaissance a refusé d'écouter des conseils avisés pour réaliser sa centrale. Et les Nigériens se demandent au nom de quelle pertinence, les socialistes qui aiment tant leur peuple, ont-ils choisi de privilégier Gorou Banda. au détriment du barrage de Kandadji ?  Vraiment ces socialistes…



C'est du moins ce qu'on est tenté de croire et surtout s'il faut se fier à l'expertise de personnes avisées du domaine. Il y a d'abord le fait que cette installation est dangereusement polluante et l'on ne peut comprendre que ce soit au moment où, avec le reste du monde, on se bat pour lutter contre la pollution que les autorités Nigériennes signataires de tant de clauses sur l'environnement, font ce choix qui risque à terme de détruire notre environnement pour respirer, un air malpropre. Mais l'on peut croire que la pollution n'a pas encore atteint un seuil critique pour se plaindre d'une installation que l'on dit trop polluante. Mais, n'est-il pas plus prévoyant de prendre des dispositions pour éviter que les problèmes ne se posent au lieu d'attendre qu'ils surgissent pour vouloir s'y attaquer, quand dans bien de cas, on doit manquer de moyens pour agir et les résoudre plus efficacement ? C'est pour cela qu'il était bon qu'on écoute ceux qui ont avisé sur les dangers auxquels expose un tel type de centrale. L'autre problème soulevé par les experts est la cherté de l'électricité produite dans une telle centrale, ce que du reste, le président avait déjà confirmé. Alors que l'on sait que si nos industries ne sont pas compétitives, c'est essentiellement dû au coût insupportable de l'électricité, l'on peut comprendre que ce choix ne puisse que compliquer davantage la compétitivité de notre économie où ce qui vient de loin coûte moins cher que ce qui est produit sur place. Pour l'économie, ce n'est donc pas un choix rassurant et c'est à juste titre que les consommateurs pourraient s'inquiéter de voir un jour, le tarif de l'électricité monter en flèche parce que la centrale a dû imposer de nouvelles charges insupportables pour la société Nigelec. Sauf que, ce n'est pas encore envisagé.

Une interrogation fondamentale… 
La Nigelec, peut-elle plus longtemps soutenir les charges inhérentes à la fonctionnalité de l'usine dont on dit qu'elle est une dévoreuse de gasoil, quelques deux mille litres par heures et par moteur ! La mise en service de cette centrale, ne va-t-elle pas augmenter de manière substantielle les charges de la Nigelec qui pourrait peut-être revoir sa facturation si tant est que la centrale devra être utilisée à plein temps pour répondre aux besoins évolutifs de la population en énergie électrique ?

Il est vrai que le Niger produit du pétrole, raffine même du pétrole, mais pour autant, puisqu'on doit forcément parler business, la Nigélec peut-elle réussir du commerce avec ce " machin " dévoreur de carburant même avec des gentillesses de la société de raffinage ? Il ne reste plus qu'à souhaiter que cette ferraille monstrueuse, trônant sur les hauts plateaux de la route de Say, tienne bon sous notre climat pour donner généreusement aux Nigériens cette électricité polluante qui aura au moins le mérite de nous mettre à l'abri de coupures qui nous tiennent sur les bords oubliés du sous-développement.

Kandadji, une énergie plus propre… 
La centrale de Gorou Banda, ne peut pas être envisagée dans la durée comme solution définitive mais comme palliatif pour oublier un temps soit peu, le calvaire des délestages. Le solaire et Kandadji restent donc les choix les plus pertinents pour un Niger qui voudrait trouver le moyen de booster son économie en lui offrant une source d'énergie à moindre coût (15Fkwtt) et surtout une énergie plus propre. Indépendamment de son intérêt agricol, le barrage de Kandadji reste donc une source d'énergie incomparable pour alléger les souffrances des Nigériens en leur offrant dans la stabilité une énergie à des tarifs supportables. On ne peut donc pas pardonner aux gouvernants, de laisser encore trainer plus longtemps un tel outil de développement dont on sait que certains avaient combattu le projet pour qu'il ne voit jamais le jour. C'est triste. Pauvre Afrique.

Il faut donc vite agir. Toute autre tergiversation sera un crime. Impardonnable. Mais d'ici là prions pour que Gorou Banda tienne plus longtemps et ne plus entendre d'autres justifications de problèmes de desserte pour quelques pylônes qui se seraient effondrés quelque part à Birni Kébi... La vieille chanson de la Nigelec

Des signes qui ne rassurent pas. 
Alors que la centrale est inaugurée en grande fanfare voilà que les coupures continuent. Et les Nigériens doutent. Ils ne croient pas tellement à toutes ces choses que les camarades viennent leur vendre comme étant les meilleurs des choses du monde. L'on est même tenté de croire que c'est au regard de l'inconfort dans lequel il se trouve, face à la multitude de scandales qui l'accable, que le régime a cru que le répit que pourrait apporter cette centrale dans le quotidien des Nigériens, pourrait diluer des colères qui se ressentent dans le peuple.

Gorou Banda doit forcément changer les choses, sinon, c'en est fini pour la renaissance. Trop de mensonges, on en a assez. Gorou Banda, une poudre aux yeux ?
DJANGO.

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Inauguration de la centrale thermique de Gorou Banda : Un autre chantier pompeux de la Renaissance ?

Pour sans doute attirer l'attention des Nigériens sur la célébration du premier anniversaire de son second mandat acquis dans les conditions que tout le monde connaît désormais, le Président Issoufou Mahamadou a mis l'occasion à profit pour procéder à l'inauguration de la centrale thermique de Gorou Banda. Comme il fallait s'y attendre, une véritable propagande a été faite autour de l'évènement. C'est ainsi que plusieurs jours avant, des spots ont été abondamment diffusés à travers les médias et des grandes affiches ont été plantées aux différents endroits stratégiques de Niamey. Le principal message véhiculé par les auteurs de la propagande est qu'avec la centrale de Gorou Banda, les soucis des habitants de Niamey et de ses environs sont presque finis en ce qui concerne les coupures du courant électrique. Bien entendu, une telle promesse ne peut laisser aucun habitant de Niamey indifférent, lui qui n'arrive plus à compter le nombre de coupures du courant par jour, surtout pendant les mois chauds d'avril et mai. Mais selon les techniciens, les auteurs de la propagande organisée autour de la centrale de Gorou Banda n'ont pas dit la vérité aux Nigériens. En effet, non seulement les mégawatts que cette centrale va produire ne permettront pas de combler le gap entre ce que servait déjà la Société nigérienne d'électricité (NIGELEC) et la demande de la ville de Niamey et de ses environs, mais en plus il sera difficile d'assurer un fonctionnement régulier de la centrale, au vu de la quantité impressionnante du gasoil qu'elle consomme par jour. Lors d'une récente interview qu'il avait accordé à une télévision privée, l'acteur de la société civile Nouhou Arzika avait sévèrement critique le choix du régime du Président Issoufou Mahamadou de construire cette centrale au lieu de mettre l'accent sur la construction du barrage de Kandadji. Dans cette interview, Nouhou Arzika a aussi abordé la difficulté d'assurer un fonctionnement régulier de la centrale de Gorou Banda et à même parler des risques que le prix du kilowatt augmente par rapport à ce qu'il était avant l'avènement de cette centrale. C'est dire que tout l'espoir qu'on a voulu donner aux Nigériens par rapport à cette centrale risque de fondre comme beurre au soleil dans les semaines ou mois à venir. Du coup, certains se demandent si la centrale de Gorou Banda n'est pas aussi un de ces projets pompeux de la Renaissance, qui, au départ, font tant rêver mais qui finissent par décevoir ceux qui y ont cru. C'est le cas par exemple du projet du chemin de fer autour duquel une véritable campagne a été faite par les tenants du pouvoir, mais qui aujourd'hui n'est que l'ombre de luimême. Ne voyant plus le train qu'on leur a annoncé venir, les populations riveraines de la route Niamey-Dosso ont repris tranquillement leurs activités, en n'hésitant pas de repasser du sable ou même du banco sur les parties du rail qui les gênent. C'est presque aussi le cas pour l'hôpital de référence dont la construction a été présentée comme l'un des plus beaux cadeaux du Président Issoufou Mahamadou aux Nigériens. Malgré tout ce qui a été dit autour de cet hôpital, des Nigériens continuent à se faire évacuer à l'extérieur pour des soins médicaux. 

M.O

06 avril 2017
Source : L'Actualité 

 

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