’Fakarey’’ ou causerie entre amoureux : Phénomène en voie de disparition

Illustration commissionnée pour The Mymy Project et réalisée par Diby King (@dibyking)Illustration commissionnée pour The Mymy Project et réalisée par Diby King (@dibyking)

C’est en 2015 que Sani a posé pour la première fois son regard sur Fadhila lors d’une cérémonie de mariage d’un de ses cousins. Complètement subjugué par elle, il lui a compté fleurette pendant au moins 12 mois ; et un 15 juin 2016, ils ont décidé de franchir le cap de fakarey et de formaliser les choses. Ils se sont unis devant Dieu et devant les hommes par une célébration ponctuée de Fatiha et autres réjouissances. Par cet acte religieux, ils se sont engagés à être unis, à s’aimer et à demeurer fidèles l’un à l’autre jusqu’à ce que la mort les sépare. Avant de regagner le foyer conjugal, les parents des deux tourtereaux n’ont pas manqué de leur prodiguer des conseils en leur demandant chacun de laisser son comportement de célibat, des comportements qui selon eux se traduisent le plus souvent par les sorties fréquentes dans des fadas, des boites de nuit et autres lieux de distractions pour l’homme et pour la femme par l’amour des feuilletons et des foyandis mettant ainsi en péril l’harmonie dans le foyer.

Des mois, des années pour le traditionnel ‘’fakarey’’

Ce mariage est le fruit d’un long processus, un véritable parcours de combattant. Sani nous raconte « je vais chez les Fadhila un jour sur deux pour le traditionnel fakarey. Je quitte Yantala pour Gawèye et cela par peur qu’un autre homme me pique ma copine devenue aujourd’hui ma femme »

De nos jours, le fakarey tend à disparaitre pour plusieurs raisons. Celles invoquées par les jeunes sont notamment les pertes de temps, la communication via le téléphone portable, les charges financières de la courtisée, l’irrespect des filles et souvent de certaines familles et autres…..

Le désintéressement lié à ce phénomène viendrait du fait que les jeunes couples préfèrent se retrouver au niveau des fadas, des restaurants et autres lieux de débauches, loin des regards indiscrets.

Pour Mademoiselle Barira « Pourquoi accepter de faire venir un homme chez vous durant des mois et des années et qu’au final, il part prendre une autre femme pour épouse , c’est une humiliation à la face du monde, les jeunes garçons d’aujourd’hui n’ont aucune considération pour les filles ». Elle estime que « c’est dépassé, moi-même si mon copain vient chez moi, je préfère qu’on sorte pour aller dans un maquis, ou dans un endroit idéal pour causer comme le font beaucoup.

Et, un chef de famille, gardien de la tradition de rétorquer «  la jeune génération n’accorde aucune importance à la vie familiale, la vie en communauté, aucun respect des valeurs sociétales. « Si les divorces sont fréquents, c’est parce que les liens de mariage n’ont aucun fondement, on foule au pied certaines pratiques anodines » se désole-t-il.

 Opter pour le mariage de raison

Les mariages de raison semblent parler d’eux, les filles déçues par les belles paroles et promesses d’amour, s’unissent à un homme dont elles ne sont mêmes pas amoureuses. Selon plusieurs jeunes interviewés, les mariages de nos jours sont fondés sur la situation financière et la situation de la famille.

« Pendant longtemps, les mariages de raison étaient l’apanage entre les membres d’une famille, d’une même classe, d’un même village et ou d’une même ethnie. En ce temps la famille devient un pilier fondamental, plébiscité par de nombreux jeunes d’antan » reconnait M. Diallo enseignant à la retraite

A l’en croire, un retour à la source serait une garantie pour la pérennité du couple, accepter un prétendant sans même l’avoir vu.

Lorsque le prince charmant se fait désirer et que l’horloge biologique commence à faire des siennes, certains acceptent de s’engager dans un mariage sans passer du temps à faire ‘’fakarey’’.

Si les adeptes de ‘’fakarey’’ analysent chaque détail avec minutie pour trouver la bonne personne pour le mariage, d’autres par contre font preuve de maturité. C’est souvent le cas de ceux qui ont déjà vécus des expériences amoureuses exigeantes et qui n’ont jamais abouti. Ils ne sont plus aveuglés par l’amour en tentant de voir toutes les qualités avant même de s’engager pour la simple et unique raison de s’assurer d’une union qui dure dans le temps. Ne dit- on pas que le mariage est aussi et avant tout une question de destin.
Tobo Altiné

05 juillet 2018
Source : https://www.nigerdiaspora.net

 

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