Culture islamique/Ramadan et mariage : Comment rendre les dépenses du mariage supportables par les deux parties

 Niamey, comme à l’accoutumée, est en effervescence totale pour les multiples mariages programmés en ce mois béni de ramadan. Mais force est de reconnaitre que, malgré les réelles motivations de part et d’autre, l’inquiétude et la joie font difficilement bon ménage à cause de multiples dépenses liées à cette cérémonie religieuse. Au vu de l’ampleur du phénomène dans nos centres surtout urbains, celui-ci mérite une attention particulière. Pour ce faire, un comité vient d’être créé par le ministère de la Promotion de la femme qui proposera des voies et moyens pour revoir au rabais ces dépenses ostentatoires.

Dans nos sociétés, chaque année, les mariages se multiplient à l’approche et/ou pendant le mois de ramadan. Ce lien qui unit deux familles est synonyme de la consolidation et de la stabilisation de la Culture du foyer dans nos pays. Raison pour laquelle, à Niamey, tous les week-ends ou jeudis, les cérémonies de mariages religieux ou civils ont pignon sur rue. Cet évènement historique, personne ne veut se le faire conter ; les jeunes couples, pour fêter leur union, se font entourer par des parents, amis, connaissances, artistes-musicien, griots, photographes et le tout sous les projecteurs des caméramen amateurs du quartier.

Prise de conscience des citoyens à plus d’économie

Ce qui est plus préoccupant, c’est que la plupart de ces mariages se font sur fond de précipitation et se disloquent prématurément. Puisque tout se fait sans prendre les dispositions préalables. Cela est valable du côté de la famille de l’époux que de celle de la jeune épouse. Pour faire face à toutes ces dépenses lors des cérémonies religieuses et trouver des pistes consensuelles, le ministère de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant a mis en place un comité comprenant toutes les couches socio professionnelles concernées par la question. Un comité de réflexion contre les dépenses ostentatoires liées au mariage. Les recommandations issues des réflexions de ce comité permettront de créer un mécanisme pour sensibiliser et éduquer les populations afin qu’elles prennent conscience de leurs responsabilités.

Pour Oustaz Haladou Yahaya, prédicateur, en dehors des conditions financières, matérielles et physiques, il y a d’autres critères dont il faut tenir compte. Ils sont incontournables dans le mariage. Ce sont la foi, l’éducation, la famille et la mère de la fille. Ici, le bien matériel est facultatif.

Pour lui, « sans l’éducation, c’est l’échec total. Les gens s’accordent à dire que le mariage est guidé par la beauté et la bonté d’une femme, mais moi, j’insiste sur la foi et l’éducation. Ce sont là deux (2) éléments essentiels qui doivent primer. Un couple qui dispose de tous ces atouts a plus de chance de rester dans le mariage le plus longtemps possible ». Mais malheureusement, de nos jours, c’est la situation matérielle du prétendant la beauté physique de la fille qui priment. Hélas, le reste n’a pas d’importance. Selon ce prédicateur, si le phénomène du mariage précoce intéresse beaucoup la société à cause des effets néfastes et autres drames causés à la jeune fille, le mariage assure et donne un statut.

Oustaz se dit préoccupé, tout en notifiant que le mariage tardif des jeunes gens en milieu urbain mérite que l’on s’y attarde un peu. Il faut attirer l’attention des uns et des autres sur ce problème. En effet, a-t-il expliqué, dans notre société, le mariage donne un statut, de la confiance et de la considération aux conjoints.

De nos jours, « le mariage commence à être une perle rare à cause des innombrables tracasseries qui n’ont que l’argent comme lettre d’or comme si c’est seulement cela qui suffisait pour passer à l’union sacrée des hommes et femmes pour la vie jusqu’à ce que la mort les sépare. On se demande dans une société comme la nôtre, majoritairement musulmane et de surcroit traditionnelle, qui peut laisser une telle chose se réaliser », a soutenu Haladou avant d’affirmer : « bien qu’au Niger, bon nombre de couples musulmans célèbrent leur mariage civil et religieux à des périodes différentes, il faut reconnaitre que beaucoup portent leur choix sur ce mois, pour ses bienfaits ».

D’après Oustaz, la raison est toute simple : que cela se passe devant Dieu et les hommes dans la plus grande sobriété et dans la plus grande sérénité.

Phénomène social géré par les parents

Le conseiller islamique Haladou a donné des pistes de solutions, en précisant qu’il est impérieux à l’heure actuelle d’exhorter les parents à réagir face au phénomène de mariages ostentatoires qui donne peu de chances à ceux qui n’ont pas les moyens de fonder un foyer. A Niamey surtout il y a le risque que des jeunes gens, ayant déjà dépassé l’âge requis de mariage, se maintenir dans une situation de célibat prolongé. Notre interlocuteur a poursuivi en rappelant que, «jusque dans les années 1980, le mariage des jeunes était un phénomène social géré par les parents et/ou les chefs de famille. Les conjoints n’avaient qu’un droit marginal au jour de la célébration civile de leur mariage, celui de dire “OUI” devant les témoins. Tous les frais du mariage et les protocoles liés à ce dernier étaient l’affaire des anciens ».

Et de préciser qu’aujourd’hui, avec les différentes crises économiques et l’évolution sociale qu’elles induisent les jeunes gens ont commencé à s’approprier du processus de leur mariage et le rôle des parents a été légué au second plan. La question du mariage, de fonder un foyer est devenue intimement liée à la question de revenu du prétendant qui va prendre en charge les besoins du foyer.

Aïssa Abdoulaye Alfary  

03 juin 2018
Source : http://www.lesahel.org/

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