Centre de Néphrologie-Hémodialyse de l’Hôpital National de Lamordé : Une unité adéquate de diagnostic et de prise en charge des maladies rénales

Hopital LamordeLe bâtiment du Service de Néphrologie-Hémodialyse existe depuis les années 1974. Mais, il a fallu les années 1994, avec le retour de formation du premier responsable du Centre Néphrologie, pour que le service commence à fonctionner. En 1994, c’était juste la partie médicale parce qu’il n’y avait pas d’unité de dialyse. Or, il est inconcevable de mettre en place un centre de néphrologie sans une unité d’hémodialyse. C’est ainsi qu’il a fallu le 27 février 2002 pour voir un fonctionnement véritable du Centre de Néphrologie en tant que service digne du nom, avec la création de l’unité d’hémodialyse.

On distingue actuellement deux composantes de service dans ce centre dont l’une de Néphrologie Clinique et l’autre de Néphrologie Hémodialyse. En termes, de capacité, le centre compte aujourd’hui plus de trente (30) générateurs de dialyse et une salle de traitement d’eau qui répond aux normes internationales avec l’installation du système bi-osmose.

Le service de néphrologie-hémodialyse a pour missions principales de servir de centre national de référence dans le domaine des maladies rénales ; d’assurer un traitement correct de l’insuffisance rénale chronique terminale ou de l’insuffisance rénale aiguë par la technique de l’hémodialyse, et enfin de réduire le nombre des évacuations sanitaires à l’extérieur, car elles sont très couteuses.

Selon le médecin-chef du service néphrologie-hémodialyse de l’Hôpital National de Lamordé, Dr. Idé Abdou, on entend par maladie rénale, une situation de souffrance des reins dans leur fonctionnement. A ce stade, malgré cette souffrance, les reins assurent leur fonction. Ils ont des fonctions par rapport au fonctionnement général de l’organisme. C’est dire qu’une maladie rénale n’est autre chose qu’un état de souffrance des reins dans leur fonctionnement. En effet, quand on parle de maladie rénale, il faut relever qu’il n’y a pas de signes cliniques. C’est la raison pour laquelle les spécialistes s’accordent à dire que les maladies rénales sont des maladies silencieuses. La preuve, c’est qu’on peut trainer une maladie rénale pendant des années sans avoir la moindre manifestation, sauf s’il s’agit d’une maladie rénale de type poli-kystique, a expliqué le médecin-chef du Service de Néphrologie. La poli-kystose rénale est caractérisée par des formations de kystes au niveau des reins. En général, les patients de ce type de maladie ont des douleurs au niveau lombaire.

Les avantages du dépistage systématique

Devant le caractère silencieux des maladies rénales, certains pays développés ont adopté des politiques qui consistent à procéder à un dépistage systématique, chez tous les malades qui se présentent dans une structure sanitaire. L’avantage du dépistage, c’est qu’il permet de diagnostiquer à temps ces maladies rénales afin de les prendre en charge.

Pour Dr. Idé Abdou, au Niger, plus 90% des malades référés au centre de néphrologie-hémodialyse de l’hôpital National Lamordé viennent avec une insuffisance rénale chronique terminale. Et c’est quand la maladie évolue au stade d’insuffisance rénale que le malade présente des signes cliniques tels que des vomissements ; fatigue générale ; des maux de tête ; des saignés ; le problème d’hyper-tension artérielle ; des difficultés respiratoires ; l’anémie. Alors que s’il y avait une politique de dépistage systématique, les patients allaient être dépistés à temps et on allait prévenir l’évolution de la maladie rénale vers le stade terminal.

Le dépistage systématique à temps permet de retarder l’évolution de la maladie rénale. En outre, l’insuffisance rénale n’est que la complication d’une maladie rénale. Souvent, les gens ne font pas la différence entre l’insuffisance rénale et la maladie rénale. Cette différence réside dans le fait qu’il y a toujours eu une maladie rénale avant qu’il ait une insuffisance rénale. Cette dernière n’est que la conséquence d’une maladie rénale qui n’a pas été sue à temps, et qui a évolué vers l’insuffisance, a clarifié Dr. Idé Abdou.

‘’Nous ne gérons ici que des cas d’insuffisance rénale. C’est des rares fois qu’on nous amène des enfants qui présentent des problèmes de gonflement de visages ; des œdèmes et des ballonnements abdominaux’’, a relevé le médecin chef du service Néphrologie-Hémodialyse de l’Hôpital National Lamordé.

En tout état de cause, l’insuffisance rénale, a souligné Dr. Idé Abdou, n’est pas une fatalité, contrairement à ce que les gens racontent. ‘’Nous avons des malades sous dialyse, qui sont là depuis la création de l’unité d’hémodialyse. En plus de la dialyse, nous avons, grâce à l’appui de l’appui de l’Etat, certains malades dialysés chroniques qui sont partis à l’extérieur pour bénéficier de la greffe rénale. Nous avons au moins une vingtaine de malades qui sont greffés actuellement et qui vivent normalement’’, a rassuré Dr. Idé Abdou.

Les difficultés du Centre de Néphrologie-Hémodialyse de l’Hôpital National Lamordé

Le Centre de Néphrologie-Hémodialyse de l’Hôpital National de Lamordé est confronté à une insuffisance de matériels au regard de la demande sans cesse croissante. Au niveau de l’hémodialyse, ce centre a plus de demandes que de disponibilités en termes de machines de dialyse. Cela est dû au fait que les maladies rénales deviennent un problème de santé publique.

‘’C’est vraiment phénoménal de constater aujourd’hui qu’il y a beaucoup de personnes souffrant d’insuffisance rénale. Ces malades arrivent dans des situations d’insuffisance rénale chronique terminale où le seul traitement immédiat qu’on peut leur offrir, c’est la dialyse. Or pour faire la dialyse, il faut qu’on ait beaucoup de machines. La seconde difficulté, c’est que la prise en charge de la dialyse est un traitement coûteux. L’Etat seul ne peut pas l’assurer. Malheureusement, beaucoup de malades n’ont pas les moyens pour s’acheter les produits. Et généralement, ce sont des patients qui ont d’autres complications, même si la dialyse est subventionnée par l’Etat.

Quelques conseils aux populations en général et aux patients en particulier

A l’endroit de la population, il faut éviter l’automédication, qu’elle soit moderne ou traditionnelle. Quand on est malade, il faut se rendre dans une structure sanitaire au lieu de se traiter soi-même sachant qu’on n’a pas qualité à le faire. ‘’Beaucoup de nos malades qui arrivent pour des problèmes rénaux, c’est parce qu’ils ont passé par l’automédication. Même du point de vue moderne, il y a ces pharmacies ’’par-terre’’ auxquelles souvent les gens font recours pour se soigner ; alors que ce sont des produits dont on ne connait même pas la provenance. Et tout produit qu’on met à la bouche va passer par les reins. Si c’est un produit qui n’est pas de bonne qualité, eh bien il va intoxiquer les reins et les détruire. Finalement, cette personne risque de se retrouver au Centre de la Néphrologie pour un problème d’insuffisance rénale. Autre chose, tous les malades hyper-tendus, diabétiques, sont des candidats à l’insuffisance rénale. C’est dire que, quand on est hyper-tendu ou diabétique, il faut écouter les conseils des médecins. En plus de cela, ceux qui font des infections urinaires à répétition comme ce qu’on appelle couramment la chaude pisse, doivent aller se faire consulter. Sinon cette même infection urinaire va remonter pour attaquer les reins. L’insuffisance rénale suppose que les reins ne sont plus à mesure d’assurer les fonctions d’épuration du sang. Les reins sont des organes de filtre. Ce sont des machines qui épurent notre sang pour qu’il soit de qualité compatible au fonctionnement de l’organisme’’, a expliqué Dr. Idé Abdou.

L’insuffisance rénale est une sale maladie et tout un chacun doit faire attention. Pour les malades qui vivent avec l’insuffisance rénale, il faut reconnaitre que c’est grande chance qu’il y ait cette unité d’hémodialyse. C’est le lieu de remercier l’Etat nigérien pour avoir assuré la régularité du fonctionnement de cette unité d’hémodialyse. ‘’Il n’y a jamais eu de rupture de consommables, alors que les pays qui nous entourent font face à ce problème de rupture de consommables. Leurs malades sont obligés de venir au Niger, le temps que le problème soit résolu dans leurs pays, a fait remarquer le médecin-chef du Service de Néphrologie de l’Hôpital National de Lamordé.

Au Niger, il a été décidé, au plus au sommet, que quelle que soit la tension de trésorerie, les factures d’achat de consommables ne souffriront pas de problème. L’achat des consommables est une priorité pour l’Etat nigérien’’, a affirmé Dr. Idé Abdou.                             

Des perspectives dans la prise en charge des malades

L’insuffisance rénale est aujourd’hui devenue un problème de santé publique. Il faut forcément qu’on tende vers la décentralisation de la dialyse, surtout que le Centre de Néphrologie-Hémodialyse de l’Hôpital National de Lamordé accueille les malades venus de toutes les régions du Niger. Il faut aussi former d’autres médecins pour pouvoir faire face à cette décentralisation.

Dans le même d’ordre idées, il est nécessaire de songer au rehaussement du budget alloué à la dialyse pour véritablement prendre en charge cette forte demande. L’idéal serait que chaque malade puisse avoir trois séances de dialyse par semaine, au lieu de deux séances actuellement, a souhaité le médecin-chef du Service de Néphrologie de l’Hôpital National de Lamordé, avant de relever que plus les malades sont bien dialysés, plus leur espérance de vie va augmenter.

Hassane Daouda(onep)


 

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Association des Dialysés et Insuffisants Rénaux : Un cadre de solidarité et d’entraide pour atténuer les souffrances des malades

Au Niger, à l’instar des autres pays, la question de dialyse est une préoccupation pour les autorités sanitaires. Mais malgré les efforts consentis, cette maladie continue de prendre de plus en plus de proportions inquiétantes à cause de l’insuffisance de la prise en charge, des moyens limités des malades et de leurs proches pour faire face à la maladie rénale.

Selon les explications du président de l’Association des Dialysés et Insuffisants Rénaux, M. Adamou Moumouni, leur association été créée en 2005. A sa création, l’association ne comptait que 40 à 50 personnes qui vont à la dialyse, mais aujourd’hui elle compte plus de 250 personnes souffrant de cette maladie. Il a précisé que l’Association des Dialysés et Insuffisants Rénaux a pour objectif l’entraide entre les malades, et que sa mission principale est d’accueillir, de sensibiliser et d’orienter les malades qui souffrent de l’insuffisance rénale.

Parlant toujours de cette association, M. Adamou Moumouni a ajouté que le siège de leur association se trouve à Niamey et qu’il y a une sous-section à Zinder. L’association fonctionne avec l’appui de certaines institutions comme la Loterie Nationale du Niger, la Primature et certaines bonnes volontés.

M. Amadou Moumouni affirme qu’il ne rencontre aucun problème, car la dialyse est gratuite pour tous les malades, mais qu’il y a une cotisation initiale à payer par les nouveaux malades, car c’est avec les cotisations qu’on paye certains produits qui leur permettent de bénéficier de la dialyse pour toute leur vie. ‘’A l’échelle mondiale, l’insuffisance rénale a un taux de prévalence de 0,8 pour mille’’, a dit M. Amadou Moumouni qui ajoute qu’actuellement, d’après les données statistiques, il y a environ 200 à 250 victimes de cette maladie. Mais a-t-il dit, il existe certainement beaucoup de malades n’ont pas été dépistés, parfois de manque de moyens.

Evoquant les difficultés que ces malades rencontrent, le président de l’Association des Dialysés et Insuffisants Rénaux a cité entre autres l’insuffisance de la dialyse, car a-t-il indiqué, ‘’au lieu de 3 fois par semaine, on a droit qu’à deux fois par semaine. L’autre problème, se situe au niveau de notre bureau régional de Zinder, car parmi les huit machines de dialyse, 5 seulement sont opérationnelles. Il y a aussi la non disponibilité des produits dans certaines de nos régions, ce qui favorise la spéculation sur les prix’’.

Par ailleurs, le président de l’Association des Dialysés et Insuffisant Rénaux, M. Adamou Moumouni, a lancé un appel à l’endroit de l’Etat afin de multiplier les tournées de dépistage dans les régions, pour toucher le maximum de malades rénaux. Il demande également le soutien aux parents et familles des malades, afin d’alléger la souffre des victimes de cette maladie.
Yacine Hassane



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Les différents types d’insuffisance rénale

Il existe deux types d’insuffisance rénale : l’insuffisance rénale aiguë et l’insuffisance rénale chronique. Chacune d’elle a ses symptômes, son diagnostic et son traitement. Les spécialistes expliquent que dans le cas d’insuffisance rénale aiguë, la défaillance du rein peut être brutale et réversible, donc peut revenir à la normale ; tandis qu’avec l’insuffisance rénale chronique, la défaillance est progressive et définitive. Toutefois, avertissent les praticiens, sans traitement, toutes les maladies rénales évoluent vers l’insuffisance rénale chronique.

Pour l’insuffisance rénale aiguë, le symptôme de l’interruption brutale du fonctionnement du rein est l’arrêt de la diurèse, c’est-à-dire que le malade n’urine plus ou très peu. Les spécialistes disent que le diagnostic d’insuffisance rénale se fait grâce au dosage dans le sang de produits normalement éliminés par le rein. Il s’agit de l’urée, de la créatinine, de l’acide urique et du potassium qui sont en doses anormalement importantes. Les praticiens disent qu’il faut évaluer le malade car une tension artérielle élevée, une prise de poids importantes, sont des signes de gravité.

Pour ce qui est du traitement de l’insuffisance rénale aiguë, les praticiens relèvent ‘’que si l’insuffisance est due à une brutale baisse du débit sanguin rénal, secondaire à une baisse globale du débit sanguin (hypovolémie), le traitement de l’hypovolémie suffit à rétablir la fonction rénale. Si l’insuffisance rénale est due à un obstacle sur les cavités excrétrices, le traitement est la levée chirurgicale de l’obstacle. Si elle est due à une atteinte rénale (infection, tumeur, intoxication médicamenteuse), un traitement spécifique est nécessaire’’.

Concernant l’insuffisance rénale chronique, c’est d’abord le résultat de l’atteinte progressive des deux reins. En termes de symptômes, elle ne donne pas de signe pendant longtemps. Au début, elle peut être découverte à l’occasion d’une prise de sang. Selon les praticiens, les premiers signes de l’insuffisance rénale chronique sont l’anémie et l’hypertension artérielle. Ensuite apparaissent ‘’des œdèmes dus aux perturbations de la réabsorption de sodium par le rein, une ostéomalacie (maladie des os, muscle ou articulation), des atteintes nerveuses, des crises de goutte par accumulation de l’acide urique qui n’est plus éliminé. Il y aussi une atteinte cardiaque, des troubles digestifs en termes de perte de l’appétit, nausées, vomissements, des troubles musculaires à type de crampes, une démangeaison très gênante. Le stade ultime de la maladie est l’apparition d’un coma’’.

Pour le diagnostic, le bilan sanguin et urinaire retrouve les signes de mauvais fonctionnement rénal tels que l’élévation de la créatinine, les troubles du métabolisme du sel, du potassium, du calcium, du phosphore et de l’acide urique. La radiographie des reins ou urographie intraveineuse, montre que les reins sont petits et ont une sécrétion retardée. Une ponction biopsie rénale permet de retrouver la cause de l’insuffisance rénale. Quant au traitement, c’est celui des différents symptômes, et lorsque l’insuffisance rénale est évoquée, le seul traitement est la dialyse. Sur l’aspect traitement médical, les praticiens insistent sur le fait que le régime est très important, donc l’observance des règles diététiques et hygiéniques.

Issaka Saïdou(onep)

23 mars 2017
Source : http://lesahel.org/

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