SIM Aminchi 0range

Village de Massallata : au cœur de la pure tradition animiste des Arnawa

Massalata Tahoua NigerNiché au pied d’une colline à quelques encablures de la route nationale numéro 1 à l’entrée de la ville de Konni, le village de Massallata n’est pas comme les autres villages en raison certainement des rites animistes qui s’y pratiquent chaque année. Malgré sa proximité avec la ville de Konni, Massallata garde jalousement toutes les caractéristiques d’un village. Il continue à résister à l’influence de la modernité. Autrefois village exclusivement peuplé d’animistes, il existe aujourd’hui des musulmans à Massallata comme en témoigne la présence d’une grande mosquée aux abords de l’artère principale qui désenclave le village. Avec l’urbanisation accélérée de la ville de Konni, le village de Massallata est devenu comme un quartier de ce grand carrefour urbain, mais garde toujours son originalité.

Daguel Ibrahim, est le chef du village de Massallata. Il est le grand dépositaire et le gardien de la tradition des Arnawa de Massalata. Sur le toit de sa maison, on aperçoit des insignes qui symbolisent la chefferie. En effet, l’histoire de ce village est intimement liée à son nom. Elle remonte certainement au début de la pénétration de l’Islam au Niger avec le passage d’Ousmane Dan Fodio comme le témoigne le chef du village de Massallata M. Daguel Ibrahim. L’histoire raconte selon lui, qu’à l’origine deux frères étaient partis de Daguel, un village situé à côté de Wourno, dans l’Etat fédéré de Sokoto au Nigeria, pour venir s’installer à Konni. « Ils étaient venus à Konni à l’époque où les habitants de Konni ne connaissaient pas l’Islam. Avec l’avè­nement de l’Islam dans la ville, l’un des frères vint trouver l’autre et lui dit qu’en allant à la chasse ce matin, il a trouvé un endroit où il compte désormais s’installer. Ce qu’il fit. Quelque temps après son frère l’y rejoint. Et petit à petit, le village grossissait » nous confie Daguel Ibrahim.

M. Ibrahim Daguel, chef de Village de MassallataM. Ibrahim Daguel, chef de Village de MassallataA l’origine, ajoute t­il, le village était situé du côté Est de la colline. Avec le temps, il a migré pour le versant Ouest de la même colline. Un jour, Ousmane Dan Fodio était venu en visite dans la contrée. Il s’est assis à l’Ouest du village, et égrenait son chapelet. Un villageois ayant aperçu l’érudit, tenta de s’approcher de lui. Arrivé à une certaine distance du saint homme, celui­ci l’interpella. « Comment s’appelle ce village ? », lui lance –t­il. Le villageois interloqué, lui ré­pondit que ce village n’a pas de nom. Ousmane Dan Fodio lui dit, d’appeler les personnes qui étaient avec lui car il voudrait bien échanger avec elles. Rendant compte de sa rencontre avec Ousmane Dan Fodio aux autres habitants du village, il a ajouté que si jamais, ils partaient s’entretenir avec cet érudit, il finira par les convaincre d’embrasser l’Islam. Les villageois re fusèrent donc d’aller rencontrer Dan Fodio pendant la nuit. Au petit matin, ils vinrent trouver Dan Fodio en train de plier son tapis de prière. Il leur dit ceci : « Si vous étiez venus, hier au moment où je vous ai appelé, vous auriez prié comme moi. Mais comme vous n’étiez pas venus, votre village s’appellera désormais Massoulatta (ceux qui esquivent). Et c’est ici qu’aura lieu chaque année le plus grand regroupement des géomanciens de toute la région.

Le Sarkin Musulmi, organisa un jour une compétition à l’attention de tous les géomanciens, tous les marabouts et tous ceux qui maîtrisent la science de divination. Il pose invariablement une question à tout celui qui se pré­sente à sa Cour. « Je cache quelque chose dans ma cour, pourriez vous me dire ce que c’est ? ». Si vous ré­ pondez mal vous serez décapité. Ainsi, tous les géomanciens de la zone de Sokoto passèrent l’épreuve sans succès. Au vu de ces échecs ré­pétés, Ousmane Dan Fodio suggéra au Sarkin Musulmi d’appeler les Arnawa de Massalata. Daguel Guigé qui était le fondateur de Massalata et son frère enfourchèrent leurs chevaux. Mais au moment de quitter le village, un petit enfant, leur imposa sa compagnie. Ils l’amenèrent avec lui chez le Sarkin Musulmi qui leur fit part de son désir. Les arnawa consultèrent la terre, mais avant même qu’ils n’ouvrirent la bouche le petit enfant qui était avec eux dit au Sarkin Musulmi, que la chose qu’il garde dans son Palais n’est autre qu’un lapin aux grandes oreilles. A l’unanimité toute la Cour du Sarkin Musulmi a reconnu la victoire des arnawa de Massalata. Désormais, a conclu le Sarkin Musulmi, le plus grand rassemblement des géomanciens se fera chez eux à Massalata.

Arwa ou la science de la divination
Le bastion des arnawa tire aussi sa renommée de l’organisation annuelle de la plus grande cérémonie de divination, appelée Arwa ou encore « boudin dadji ». Cette grande messe des féticheurs et géomanciens de la sous région, a lieu 3 mois et 4 jours après la saison des pluies. En prélude à la tenue de ce grand événement, nous confie Daguel Ibrahim le chef de village de Massallata, une réunion des sorciers de Massallata a lieu dans le vestibule du chef de village. A cette occasion, la terre est interrogée sur tout ce qui, de bien ou de mal, se passera dans l’année. Mais les conclusions de cette première étape seront gardées au secret. Trois jours plus tard une deuxième réunion des goé­manciens est convoquée, avec une séance de divination. Les conclusions de cette deuxième réunion resteront aussi secrètes. C’est après cette seconde séance secrète que le jour de la grande Arwa publique est annoncé. « Le jour de la Arwa, nous faisons une procession et nous quittons Massallata pour faire la jonction avec une autre procession de nos parents féticheurs de Kalmalo qui convergent vers notre village. De retour de l’accueil des grands sorciers Arnawa, nous nous dirigeons sur la grande place de Arwa sous le gao. Après la séance de divination, nous présentons au cheval du chef de canton de Konni le mil. Et les chasseurs rentrent ainsi dans la brousse » nous raconte le chef des Arnawa Daguel Ibrahim. Tous les géomanciens et féticheurs de tous les coins du Niger, et de la sous région se donnent rendez­vous le jour J à Massalata. Il y en a même qui viennent du Burkina Faso, du Togo, du Mali… et même de l’Europe. La cérémonie de Arwa rassemble un monde fou au village de Massallata : autorités, paysans, commerçants, fonctionnaires, élèves et étudiants etc. Cependant, nous informe Daguel Ibrahim, les femmes et les peuls ne sont pas admis aux séances de Arwa, car en leur présence, la divination serait impossible. Après que la terre eut dévoilé ses secrets, les sorciers portent les conclusions à la connaissance des autorités administratives et coutumières. Très souvent, des sacrifices sont faits pour que la paix et la quié­tude qui sont les maîtres mots des Arnawa de Massalata, continuent à régner sur notre pays.

Oumarou Moussa et Hassane Daouda

20 décembre 2017
Source : http://lesahel.org

Imprimer E-mail

Les Résidences Goggodou : Le coin chic pour se loger à Niamey

Société