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Zinder / Les « In Roua Roua » et le trafic du carburant fraudé : une fatalité

A Zinder on les appelle les ‘’In Roua-Roua’’, parce que ce sont des trafiquants du carburant fraudé entre le Nigéria (où ils se procurent à vil prix les produits pétroliers principalement l’essence, le gasoil et les huiles moteurs) et le Niger (où ils les revendent un peu plus cher de façon à obtenir un bénéfice). Ce sont des jeunes nigériens, Zindérois connus de tous, vivant parmi nous qui achètent des véhicules Opel (plus pratique au transport du carburant), puis des plaques immatriculer au Nigeria en vue de circuler sans problème dans ce pays.

Ils ont leurs méthodes, leurs horaires de travail pour déjouer les pièges de contrôle et de saisie que peuvent éventuellement faire les agents des douanes, surtout ceux de la brigade mobile des douanes.

Chaque jour, très tôt le matin, à l’aube sachant à l’avance grâce à des complices infiltrés au sein de la douane ou la police qu’il n’y aura pas de patrouille mobile, ils quittent Zinder pour certaines villes ou Etats limitrophes du Nigeria comme Kano, Zigawa, Katsina. Ils doivent savoir ce jour-là (selon leurs réseaux de renseignements) si l’essence est disponible et à quel prix ? Si le prix est favorable ils peuvent s’y rendre. Une fois sur place aucun problème, même s’ils n’ont pas de liquidité pour acheter, la confiance est si solide entre clients et fournisseurs qu’ils peuvent faire le plein à crédit et payer après la vente du produit au Niger. Doulla Padonou (un spécialiste de la question) avoue qu’il en ainsi depuis longtemps. Sur place des bidons vides d’une capacité de 25litres.

28 à 40 de ces bidons sont remplis d’essence et sont chargés à bord des voitures Opel : à l’intérieur et mêmes dans des réservoirs conçus à cet effet souvent pour tromper la vigilance des agents des douanes. Dans la voiture l’espace occupé par le conducteur et éventuellement un apprenti est très réduit à cause des bidons remplis d’essence. L’objectif étant de transporter le maximum de quantité de carburant à revendre au Niger pour avoir plus de bénéfice.

Chaque véhicule fait au moins un aller-retour par jour. Dans la journée le flux est ininterrompu entre Maimoujia la frontière avec le Nigeria et Zinder, voir Bakin Birgi-Tanout et même Agadez. Par jour, il y’a plus de 100 voitures chargées de carburant fraudé qui traversent la frontière.

Ici, tout le monde sait que c’est du carburant fraudé qui passe tous les jours par la route devant les douaniers au niveau des barrières. Une fois à destination il est déchargé et vendu.

Ce commerce est illégal, mais il est en même temps toléré parce que devenu indispensable. Un litre d’essence se vend à 300f régulièrement et parfois à 175f dans certains endroits de la ville de Zinder. Soit moins de la moitié du prix officiel d’essence de la Soraz à la pompe qui est à 540f le litre. La quantité et non la qualité de l’essence et le bas prix du litre du carburant fraudé, font que la clientèle regroupe en son sein des officiels et des personnels des projets qui n’hésitent pas à troquer le bon d’essence contre les produits du marché noir. La qualité de l’essence de la Soraz n’a réduit en rien le trafic du carburant fraudé à Zinder. En dehors de la ville de Zinder dans la région aucun département ne dispose d’une station d’essence. De Adaré à la frontière du Nigéria vers Mai-gatari à Tanout en passant par Gouré-Matamèye-Magaria-Mirriah-Damagaram Takaya-Bélbédji-Tesker-Bakin Birgi ,même dans les villages c’est le carburant fraudé qui a pignon sur rue.

Comme les conducteurs de taxi moto, les conducteurs de ‘' in roua roua’’ sont très nombreux. Ils sont nigériens et les propriétaires des véhicules sont aussi des nigériens. Et curieusement même certains corps porteur de tenu en disposerait soit directement ou par le biais de leurs parents, amis et connaissances.

Comme une fatalité, rien à faire. Le trafic du carburant fraudé est si ancien, si bénéfique aux usagers, si lucratifs aussi qu’il est devenu impossible de le combattre encore moins de l’éradiquer.

Plus le chômage augmente plus il occupe les jeunes. Mêmes les rafles inopinées des douaniers qui se faisaient avant ont cessées. Des fois derrière le fraudeur se cache une personnalité influente dans le système socio-économique et politique. Alors l’agent de douanes préfère conserver son poste que de prendre le risque de traquer un fraudeur de carburant. Surtout que certaines courses poursuites douaniers-fraudeurs se sont terminées par des accidents mortels à Sasoumbroum, Matamèye pour ne citer que cela.

Le trafic du carburant fraudé est national, historique voir culturel. Avant et après la Soraz ce commerce du Nigeria vers le Niger n’a pas cessé d’augmenter. La proximité avec le Nigéria (super grand producteur de pétrole) rend pratiquement inefficace toute lutte contre la fraude du carburant. De ce point de vue les pays limitrophe du Niger : le Cameroun, le Bénin, le Nigéria sont dans la même situation.

Un des responsables des associations des jeunes de Zinder et spécialistes des questions de jeune Doulla Padonou cite trois conditions qui peuvent à la rigueur réduire la vente du carburant fraudé à Zinder :

  • La réduction de moitié du prix de l’essence à la pompe : 200 à 250 f le litre;
  • La mise en place d’une sorte de plan Marshall pour l’emploi des jeunes par l’Etat. Un cas vient de montrer ses preuves, ccelui de la réinsertion des jeunes désœuvrés et dangereux des « Palais » de la ville de Zinder en 2012 et 2015.
  • L’autre condition est liée au processus historique. Il faut que par un concours de circonstance, le Nigeria ne soit plus un grand producteur du pétrole.

AMADOU MAHAMADOU / ZINDER

25 septembre 2017
Source : La Nation

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