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Agadez : La colère des acteurs de la migration

Agadez : La colère des acteurs de la migration Le comité de sélection des dossiers des acteurs de la migration, dans le cadre du plan de reconversion, initié par les autorités, avec l’appui des partenaires financiers, a sorti une liste des bénéficiaires aptes à recevoir un financement de projet individuel ou collectif, le Jeudi 24 Août 2017, à Agadez. Au total une somme de 145 millions constituant le fonds investi par la haute autorité à la consolidation de la paix et le projet d'Appui à la stabilité socio-économique dans la région d'Agadez PASSERAZ de l’ONG KARKARA sera mis à la disposition de 98 bénéficiaires sélectionnés sur plus de 1.800 dossiers déposés.

Des acteurs de la migration en colère

La proclamation de la liste des dossiers retenus par le comité a créé une tension au niveau de la commune urbaine d’Agadez. Ce vendredi matin, 25 Août 2017, des milliers de passeurs et chauffeurs ont pris d’assaut la mairie. Certains de ces acteurs de la migration qui n'ont pas été sélectionnés étaient très en colère contre le comité de sélection, la mairie et même les partenaires. Ils ont tenu un meeting à la place du citoyen en face de la mairie, pour déverser leur colère et leur désarroi face à ce qu’ils appellent une sélection de ‘’magouille’’ organisée par le comité de sélection composé de leurs représentants, de ceux de la commune et des représentants de la HACP et de l’ONG KARKARA.

AMADOU est un passeur ; il confie au journal la NATION que cela fait des années qu’il exerce ce métier ; depuis 2003 c’est son travail mais il a arrêté avec la loi et on leur a promis qu’on aura une somme pour créer une activité ; même si elle est insuffisante on a consenti mais aujourd’hui on a rejeté son dossier. Il nous assure parmi les 98 dossiers sélectionnés il y a seulement trois qui sont de vrais acteurs de la migration ; ils ont fait ce qu’on a l’habitude de faire dans ce pays : parents, amis et connaissances ; et je jure qu’on ne va jamais accepter cette mascarade.

Un autre acteur hurle à haute voix : « Ces gens du comité ne sont que des escrocs ; on a pris notre argent pour monter des dossiers ; et aujourd’hui de bon matin on nous sort une fausse liste composée de faux acteurs de la migration ; il y a même des femmes que nous connaissons bien et qui n’ont rien à voir avec la migration ; on a arrêté notre activité ; on a même collaboré pour dénoncer des migrants. Résultats aujourd’hui, on sélectionne ceux qui ne sont même pas concernés ; alors je vous dis une chose ; si on veut la paix à Agadez que la HACP qui a financé les projets demande à voir clair. Mais pourquoi on veut faire d’Agadez une ville d’injustice ; la loi est injuste ; la sélection des dossiers est injuste ; je vous assure si les autorités ne mettent pas de l’ordre dans ce processus de reconversion ça va barder », lance-t-il.

ROUFAYE, dit Dan Tchaga confie au journal la NATION : « Nous des passeurs ; on nous traite de tous les maux, criminels, drogués, voleurs, mais aujourd’hui ceux qui nous accusent de tous ces maux ont semé la pagaille dans la sélection des dossiers ; ont volé la place des vrais acteurs pour inscrire leurs sœurs, leurs petites amies et que sais-je encore. Et c’est comme cela qu’on veut arrêter la migration ; on savait que dès que l’argent arrive il y aura cette confusion. Moi aujourd’hui mon souhait c’est de quitter Agadez ; quitter le Niger ; être loin de tout ce brouhaha autour de la migration », conclut Dan Tchaga désespéré.

Hamza HAMOUMOU dit DJATA est le porte-parole de ces acteurs en colère. Il confie au journal la NATION que le comité que nous avons mis en place n’a pas répondu aux attentes des vrais acteurs de la migration. C’est pour cela qu’ils ont créé un comité de crise qui a entamé des démarches partout pour avoir des éclaircissements sur cette mascarade ; mais rien ! Il poursuit : « A partir de ce moment nous ne reconnaissons plus les responsables de l’association des passeurs ; nous ne reconnaissons plus le comité chargé de sélectionner les acteurs qui vont bénéficier du fonds fiduciaire ; nous demandons au président du conseil régional de s’impliquer pour mettre de l’ordre et nous remettre dans nos droits ; c’est une affaire sérieuse ; il faut que ces partenaires qui ont donné leur argent sachent que leur fonds fiduciaire n’est pas arrivé dans les mains des concernées », fait-il remarquer.

DJATA, au nom de tous ces camarades, exige la dissolution du comité de sélection des dossiers. « Ces gens sont malhonnêtes ; on a des preuves de toute leur magouille ; c’est regrettable que des gens à l’ombre bénéficient de ce qui ne leur revient pas ; on est dans quel monde ! Il faut que les autorités au plus haut niveau sachent que cette fausse liste et d’autres qui peuvent suivre peuvent créer des désagréments au pays ; on en a marre du traitement que nous subissons depuis l’application de cette loi qui criminalise notre activité », conclut DJATA tout irrité.

En groupe, les acteurs réunis à la place du citoyen crient : « On ne sera jamais d’accord ; il faut de la transparence dans ces dossiers de la migration ; nous ne sommes pas des handicapés ; si le Niger veut que la stabilité continue à Agadez, il faut nous trouver nos droits ; migration interdite ; nos fonds détournés ! Vous voulez qu’on reste sans réagir ? ça jamais ! Jamais ! », disent-ils.

Tout est clair, aucune mascarade

Ahmed KOUSSA 2ème vice Maire de la commune urbaine d'Agadez et président du comité de sélection de dossiers donne des précisions sur les critères de la sélection. Il confie au journal la NATION : « Tout a été fait dans la transparence ; c’est un comité composé des représentants des acteurs de la migration qu’ils ont eux-mêmes désignés ; des représentants de la HACP, des services techniques, on n’a pas sélectionné au hasard. Les dossiers étaient numérotés, on ne connaît même pas les noms des acteurs qui ont les dossiers, mais il y a des critères ; on a sélectionné 246 dossiers éligibles mais 98 ont été retenus conformément aux critères qu’ils ont rempli et la pertinence des projets montés ».

Le 2ème vice maire nous confie ceci : « Nous ne connaissons même pas ceux qui ont déposé des dossiers ; ce n’est pas la mairie qui gère ; il y a des représentants de la HACP et KARKARA qui sont venus même de Niamey et qui ne connaissent personne ; nous accuser de magouille comme ils disent c’est trop dire ; ceux qui ont été rejeté ne répondent pas aux critères qui sont d’abord être sur la liste validée par le COCORAT, avoir un projet bien ficelé et c’est sur cette base que le comité a fait l’analyse de 829 dossiers reçus. Le financement que nous avons eu est de 145 Millions de FCFA repartis entre les dossiers qui seront pris par KARKARA et HACP. Il faut que ces acteurs de la migration arrêtent d’accuser les gens à tort et travers ; la réalité est là ; on ne peut pas satisfaire tout le monde. En tant que président du comité, je suis satisfait de la qualité de travail et on va continuer à solliciter les partenaires pour poursuivre cette reconversion des vrais acteurs de la migration. Je dis bien des vrais acteurs et sur des bases bien précises, des critères bien clairs. On espère que ceux qui sont en train de nous engueuler ce matin reviennent à la raison et qu’ils arrêtent leur délire », conclut Ahmed KOUSSA 2ème vice maire de la commune urbaine d’Agadez.

Vu la colère de ces acteurs, après la proclamation de cette première liste, les autorités régionales et nationales doivent agir pour calmer cette humeur de ces jeunes désorientés depuis l’application de la loi 2015 qui criminalise la migration au Niger et cela pour consolider la paix et la quiétude à Agadez.

Issoufou Hadan (Agadez)

28 août 2017
Source :  La Nation

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