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Invasion des hippopotames/Cohabitation avec les hippopotames : Les colères des riverains du fleuve

hippopotames Fleuve Niger Issa BeriLa région du fleuve est une région à l’agriculture et notamment à la culture irriguée. Des traditions culturales sont développées dans cette zone depuis de longues années, promouvant la production de cultures variées : riz, sorgho, tabac, patate douce, oignon, courge, etc. Naturellement, la pêche reste elle aussi une autre activité que l’on mène tout au long du fleuve apportant ainsi à ces populations des compléments alimentaires importants. A côté de ces activités se développent également l’élevage de bovins surtout et de petits ruminants. Mais depuis quelques années, du fait de la déforestation et de l’érosion des terres, le fleuve est menacé d’ensablement, disons, aussi de disparition quand, aux périodes de l’étiage, il y a aujourd’hui, des branches du fleuve qui se traversent à pieds car complètement desséchées. L’allure majestueuse du fleuve Niger, en période de crue, offre des merveilles touristiques qui rendent à la nature toutes ses beautés violées par la sécheresse qui le menace pour en faire un espace exotique avec la clarté de l’onde qui coule fièrement, la flore aquatique luxuriante que les courants agitent quand survolent ces merveilleux oiseaux gras de races diverses qui tapissent les bordures verdoyantes et les berges dorées du fleuve. Dans ce fleuve charmant qui a tissé toute une culture le long du Niger pendant des siècles, il y a avait des hippopotames que l’on ne retrouvait naguère qu’en amont du fleuve, vers Ayorou,

Firgoune, Labzenga... L’espèce était donc considérée comme menacée de disparition et on la protégea pendant des années. Mais voilà qu’en l’espace de deux décennies, elle prospéra et aujourd’hui de Yassane à Gaya, le fleuve n’en est qu’infesté. La croissance rapide des populations d’hippopotames, malheureusement, si elle offre au touriste en quête d’exotisme quelques merveilles de la nature qu’il n’est pas donné à voir partout, n’en constitue pas moins une menace réelle pour les populations riveraines du fleuve. Pire, en bien d’endroits, dans les îles et autour du fleuve, il était devenu quasiment impossible de travailler des jardins, de travailler des champs et des rizières, les nouveaux maîtres du fleuve, pouvant souvent juste avant de récolter, tout détruire ou en mangeant les cultures, ou en les piétinant carrément. Et depuis des années, il était devenu impossible de travailler les terres et si on osait le faire, le produit revenait toujours à ces nouveaux prédateurs. Il n’y a pas que l’agriculture qui est menacée du fait du danger que constituent ces bêtes dans le fleuve. La navigation est elle aussi devenue périlleuse au point où, dans beaucoup de zones, personne n’ose prendre la pirogue la nuit, quand le jour ne donne aucune garantie aux piroguiers téméraires. Autant qu’on le peut, on évite le fleuve surtout quand dans la zone il y a des jeunes hippopotames- mères et des mâles violents. Combien sont-ils, ces villageois surpris, attaqués, violentés et blessés mortellement par des hippopotames en liberté ? Comme ce paysan pêchant le soir, à la tombée de la nuit qui se fait coincé sur une berge de l’île où il tendait ses filets. Alors qu’il croyait plaisanter avec la bête placide, le contournant chaque fois qu’il vient vers lui, furieux, l’animal, renversa sa pirogue et se retrouvant projeté dans le fleuve, il finit par être rattrapé par son chasseur qui devait enfin lui montrer qu’il était sérieux dans son jeu. Alors qu’il criait, les personnes restées à la berge, impuissantes, l’entendirent crier, malheureux, se débattant pour échapper à la fureur de la bête bête, et quand, avertissant les spectateurs impotents qu’elle a pris dans sa gueule son pied, las dans l’herbe, on n’entendit plus rien : calme, le pauvre pêcheur pêché était mort. Il y a de ces scènes cocasses tout au long du fleuve et les populations excédées auraient averti les autorités à prendre au sérieux leurs préoccupations car ces animaux risquaient de les chasser de leur milieu où ils vivaient depuis de longues années. Mais on ne vit venir aucun geste et les nuits, certains, étaient obligés d’aller surveiller leurs champs, mais presque toujours, les hippopotames venaient les trouver là, ravageant les espaces quand la bête féroce, ne peut entendre aucun geste pour la dissuader à abandonner les champs.

Il était devenu difficile de vivre là, mais oùaller?Ilyaenatropdeces animaux dans le fleuve, et ici même à Niamey, quelquefois, sous le pont, des passant s’arrêtent pour les observer. Il ne faut pas oublier aussi, que les hippopotames ne s’attaquent pas qu’aux hommes, ils s’attaquent aussi aux bœufs qu’ils tuent alors même qu’ils ne sont pas des carnassiers. C’est alors que les populations, depuis quelques temps, n’ayant pas vu les pouvoirs publics réagir à leurs doléances maintes fois faites, à leur cri du cœur, se seraient organisées, pour chasser et tuer les hippopotames violents qui sèment la terreur dans leurs zones. Il n’en fallait pas plus, pour que ceux qui défendent ces animaux, au motif qu’ils seraient en voie de disparition, crient au scandale et pour faire droit aux bêtes contre les hommes, des chefs de village et d’autres personnes influentes des villages concernés ont été arrêtés et conduits à la gendarmerie. Ceci mit le feu aux poudres. Il se raconte alors depuis des jours que les populations de ces localités seraient en ébullition, se révoltant contre le « droit plus fort » des animaux que les leurs. Elles auraient même attaqué la gendarmerie où elles auraient commis des actes de vandalisme qui témoignent de la profondeur de leurs colères. Les hommes ne peuvent pas comprendre que des bêtes aient plus de droits qu’eux et ne peuvent pas comprendre que lorsqu’un animal tue un homme qu’on ne puisse pas le tuer pour éviter d’autres drames et ce d’autant qu’il est connu que lorsqu’une de ces bêtes commencent à être agressives, il faudrait s’en méfier et l’on ne saurait choisir celle que l’on devait rencontrer sur ses chemins dans le fleuve. Aussi, quand les populations disent être déterminées à se défendre face à la menace des hippopotames, il faut prendre au sérieux leur problème. Il y a donc lieu, de regarder avec minutie ce problème car l’on ne peut comprendre qu’on s’apitoie sur le sort de bêtes qui meurent sans être capable de comprendre le deuil que ces bêtes imposent à ces populations à qui en plus, elles ont empêché de travailler leurs terres.


 Peut-on donc continuer à regarder passif ces spectacles désolants de bêtes qui tuent sans qu’on ne trouve de solutions pour sécuriser les hommes dans leur terroir ? Lorsqu’ailleurs, c’est Boko Haram qui sème la terreur, là, tout au long du fleuve, ce sont les hippopotames qui menacent la vie des hommes. Faut-il accepter, parce que le tigre est beau, de le laisser vivre avec les hommes ? Aussi, quand l’homme et la bête sont menacés, est-il si difficile de savoir qui faudra-t-il sauver le premier ? Dans ces zones du fleuve, il y a un drame. Il faut qu’on trouve rapidement une solution. Les hippopotames sont les nouveaux rois du fleuve... Dans leur jungle, les hommes en pâtissent.

ISAK.
07 juillet 2017
Source : Le Nouveau Républicain

 

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