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Les enfants talibés, victimes d’une forme traditionnelle de traite

Loin de leurs familles, les enfants talibés sont ces jeunes enfants qui se trouvent dans les écoles coraniques ou « makaranta » ; leur âge pour la plupart est compris entre 7 et 12 ans. Confiés à un marabout, on les croise, tout au long de la journée, dans toutes les rues, à tous les carrefours, dans toutes les cérémonies. Munis d’une tasse ou d’un gobelet à la main ou accroché à la hanche à l’aide d’une corde ou d’une chaine, ces jeunes circulent au quotidien dans la ville, de porte en porte, de cérémonie en cérémonie, de marché en marché, à la recherche du manger.

« Allaro !», « irkoye tama ! » sont leurs traditionnelles chansons lorsqu’ils arrivent devant une porte. Et s’ils se trouvent dans les marchés ou au niveau de certaines cérémonies (mariage ou baptême), ils ciblent toute personne ou tout groupe de personnes se trouvant devant un plat de nourriture. Dans toutes ces situations, les jeunes talibés connaissent des humiliations. Pourtant, ils ont été confiés à des tuteurs (marabouts) pour qu’ils leur enseignent les connaissances islamiques. Et pour les mettre dans de bonnes conditions d’apprentissage, les parents accompagnent ces enfants avec des vivres et de l’argent, confiés à leurs tuteurs. Mais à l’épreuve des faits, ces jeunes ne bénéficient ni des vivres et encore moins de cet argent que leurs parents ont donné.

Quelle pire épreuve de la vie ? Dans une telle situation, qu’est-ce que l’enfant va-t-il apprendre ? Entre le temps consacré à la recherche de la nourriture (le plus important) et le temps accordé aux apprentissages, quel est l’avenir de ces jeunes ?

Le cas d’un groupe de talibés de Haro Banda (5ème Arrondissement de Niamey), que nous avions suivi pendant une journée, est illustratif. A 7 heures déjà, les enfants sont libérés. Munis de leurs tasses, ils se dispersent par groupe dans le quartier. Ils sont sales (aucune règle d’hygiène corporelle n’est respectée), habillés en haillons, souvent sans chaussures et dans le cas échéant des chaussures différentes.

Un groupe de cinq (5) talibés, comme d’habitude, prend la tangente de sa zone habituelle, c'est-à-dire les alentours du Campus, notamment au restaurant, aux côtés des revendeuses de nourriture (galette, beignet, bouillie, dambou, kopto, etc.) et dans les facultés. Tout celui qui parvient à trouver un peu de nourriture rejoint les autres et partagent ensemble le « plat». En fin de journée, les enfants doivent, au retour, apporter aussi quelque chose pour leur tuteur. Souvent celui qui n’apporte rien sera sanctionné. C’est ce qui pousse certains d’entre eux à chercher un petit job.

En rentrant à la maison aux environs de 14 heures, certains d’entre eux ont accepté d’échanger avec nous. A la question de savoir s’ils se portent bien et si tout va bien avec leur tuteur, Abdou Razak Mounkaila, probablement le leader du groupe, a indiqué qu’ils n’ont pas de problème et qu’ils vivent bien avec leur tuteur. Tout en répondant à cette question, un des membres du groupe souriait. Il s’appelle Arouna Moussa. Nous lui avions demandé ce qui le fait rire et il répond : « rien ! ». Ces jeunes ne se lavent même pas régulièrement. L’un d’entre eux a confié qu’ils échangent même leurs habits: « il suffit que tu sois le premier à prendre la chemise, le pantalon ou les chaussures et c’est tout».

Répondant à la question sur les périodes pendant lesquelles ils apprennent leurs cours, Abdoul Razak a souligné que c’est la nuit à partir de 20h30 (après leur retour de la recherche de la nourriture) jusqu’à la prière de l’aube puis de 6 heures à 13 heures et enfin de 15 ou 16 heures jusqu’à 18h30. Une petite estimation permet de dire qu’ils ont à peu près 6 heures de cours et tout le reste du temps est consacré à la recherche de la nourriture.

Par curiosité, nous avons voulu savoir ce qu’ils souhaitent devenir quand ils seront grands. Presque tous ne savent pas. « Vous souhaitez devenir marabout comme votre « malam », ou commerçant, ou cultivateur, etc. ? » Aucune réponse, aucune vision, aucun objectif pour ces enfants. Ils disent seulement qu’ils seront ce que Dieu souhaite qu’ils soient. Pire, ces jeunes n’ont accès ni à la télé pour suivre les informations, ni à la radio et à aucun autre moyen de communication et de l’information. Ils ne connaissent même pas les noms des autorités nationales et encore moins les noms des autorités de leurs régions. Certains d’entre eux étaient en classe de CI quand ils ont été amenés à abandonner l’école pour être confiés au marabout.

Ces enfants sont dans leur 7ème ou 8ème mois comme saisoniers à Niamey avec le marabout et ils s’apprêtent à rentrer dans leurs familles, au village, pour la saison hivernale afin d’aider les parents dans les travaux champêtres. Saminou, qui est à sa deuxième année d’études, souligne que, «avant de quitter Niamey, « Alfa » le marabout nous achète des habits neufs et c’est avec ces habits que nous rentrons».

Quant à savoir s’ils veulent aller à l’école, curieusement, chacun répond «Oui, si les parents et Alfa le veulent ». Cette traditionnelle forme de traite des enfants, mérite beaucoup d’attention. On peut par exemple moderniser les écoles coraniques. Tout comme il est possible de sensibiliser les parents afin qu’ils puissent donner à leurs enfants la chance de choisir ce qu’ils désirent faire dans la vie ?

Ali Maman(onep)

09 juin 2017
Source : http://lesahel.org/

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