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Filles domestiques à Niamey ou la galère des innocentes

Chaque année, après la saison des pluie, on assiste à un déplacement massif des jeunes, tous âges et sexes confondus, des villages vers les grandes villes, à la recherche d’une vie meilleure. Parmi ces jeunes se trouvent des filles de 10 à 17 ans qui viennent, qui pour faire des petits commerces, qui pour faire le travail domestique (accomplir des tâches ménagères) - une sorte d’assistance aux familles qui les engagent ; elles sont parfois exploitées et mal rémunérées, mal nourries et humiliées.

Selon Kadidja, une jeune fille d’à peine 12 ans que nous avons rencontrée et qui travaille comme domestique chez une dame d’une soixantaine d’années, ce job est la seule issue pour elle de subvenir à ses propres besoins et simultanément aider ses parents qui sont au village. Elle est en fait l’espoir de sa famille à chaque fois que les récoltes ne sont pas bonnes. S’agissant de la scolarité, Mlle Kadidja nous confie n’avoir jamais fréquenté ni l’école moderne, ni l’école coranique. « Je travaille chez une dame qui me fait souffrir car je fais le ménage, la lessive, les courses, etc. », explique notre interlocutrice.

Et, après avoir accompli toutes les tâches qui lui sont confiées, la patronne de Kadidja l’oblige à rester à côté d’elle pour des petits services et tout ça pour seulement 8000 FCFA le mois. ‘’ Mon seul repos ou ma seule distraction, c’est quand je rentre chez moi aux environs de 13 heures pour revenir à 16 heures. Le pire dans tout ça, c’est que ma patronne n’aime pas que je prenne au robinet une quantité d’eau suffisante pour me laver’’, déplore-t-elle avant de préciser que ses moments de prendre une douche sont surveillés. Bref, Kadidja voit sa liberté confisquée par une dame qui n’a pas la moindre pitié.

Contrairement à Kadidja, Roukia loge elle, chez sa patronne. Sa tâche est de préparer le petit déjeuner pour son employeur, faire la cuisine, le ménage, la lessive et le nettoyage des douches et toilettes. Puis, elle fait la vaisselle, range les chambres, fait les courses au marché. Elle prend soin des enfants de sa patronne. Tout comme Kadidja, Roukia aussi n’a jamais fréquenté l’école car, a-t-elle dit, dans leur village, les parents n’amènent pas leurs enfants à l’école de peur qu’ils ne soient des délinquants ou des révoltés.

Selon nos parents, explique Roukia, les enfants qui fréquentent les bancs de l’école n’ont aucun respect pour leurs parents et n’ont pas le temps pour les travaux champêtres. Pour cela, ils préfèrent nous envoyer en ville auprès de leurs connaissances pour chercher du travail afin de subvenir à nos besoins et à ceux de la famille. Parlant de son travail, elle nous affirme qu’elle a une rémunération mensuelle dérisoire par rapport aux tâches qu’elle effectue car elle n’a droit au repos que quand sa patronne et ses enfants s’endorment. « Pendant la journée ma place est à la cuisine bien qu’il y ait assez de chambres dans la maison et je passe la nuit seule sur la terrasse sur un tout petit lit sans matelas alors que mes employeurs sont dans leurs chambres bien climatisées, fermées à clef leur salon aussi est fermé à clef et du coup je me sens en insécurité mais je n’ai pas d’autre choix car c’est la seule manière pour moi de soutenir ma famille qui n’a aucun revenu au village», nous confie Roukia avec désolation.

Aichatou Hamma Wakasso(onep)

09 juin 2017
Source : http://lesahel.org/

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