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vendredi, 27 janvier 2017 04:21

Service d’Aide Médicale d’Urgence (SAMU) : Un outil de secours d’urgence à renforcer en matériels et en effectifs

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issou depart BrazzavilleInspirée de la France, l’expérience du Service d’Aide Médicale d’Urgence communément appelé SAMU a fait tache d’huile dans les Etats africains en quête permanente d’amélioration de leurs systèmes sanitaires, surtout en ce qui concerne la prise en charge pré-hospitalière des urgences dans les capitales où l’urbanisation s’accélère de façon démesurée. Le Niger, qui enregistre malheureusement un des taux les plus élevés d’accidents de la circulation dans la sous-région et dans le monde, a vite compris les enjeux liés à la création d’un tel service social. C’est ainsi que le Service d’Aide Médicale d’Urgence a été créé par arrêté conjoint en date du 17 décembre 2012. Ce service est situé à Niamey, non loin du siège l’Assemblée Nationale, sur la voie goudronnée menant à la Police Judiciaire.

Le Service d’Aide Médicale d’Urgence est un service public placé sous la tutelle du Ministère de la Santé Publique. Ses activités ont été officiellement lancées le 16 mars 2013. Il s’occupe principalement de la médecine pré-hospitalière au Niger, autrement dit toute la médecine qui se passe en dehors de l’hôpital, en collaboration bien entendu d’autres structures privées et des ONG. La médecine pré-hospitalière fait référence à tout ce qui est urgence pré-hospitalière, que ce soit les accidents de la circulation qui occupent d’ailleurs ce service dans une très grande proportion ; les malaises ou autres problèmes de santé que peuvent avoir les gens à domicile ; les couvertures médicales de grands événements ou des compétitions sportives et culturelles, et les prises en charge de certaines personnes d’un hôpital à un autre ou d’un centre de santé à un autre pour des patients dont l’état de gravité ne permet pas un déplacement par n’importe quel véhicule.

Ainsi, la mission première du SAMU est la prise en charge des patients. Cette prise en charge se fait, selon le directeur du Service d’Aide Médicale d’Urgence, Dr. Karadji Souleymane, avec un moyen appelé Service Mobile d’Urgence et de Réanimation. Ce sont des petites unités hospitalières mobiles, des ambulances qui sont quotidiennement en attente et qui correspondent à des mini-hôpitaux où on peut faire beaucoup de gestes, de soins et même stabiliser les cas les plus critiques jusqu'à une destination voulue ou choisie par le SAMU. Voilà ce qui relève de l’aspect prise en charge directe des patients. Mais les missions de ce service typiquement social ne s’arrêtent pas seulement à ce niveau là. Elles vont au-delà pour élargir son champ d’intervention. Le SAMU est chargé aussi de former les populations, par exemple certains corps constitués ou groupes bien ciblés, en secourisme. Il participe également à la formation et à la recherche en médecine d’urgence et de catastrophe à travers l’encadrement des étudiants dans les écoles de santé pour l’obtention des diplômes de fin de cycle tels que le Doctorat et le diplôme d’Infirmiers Diplômé d’Etat (I.D.E). Le SAMU a aussi une mission de prévention et de participation à l’élaboration et la mise en œuvre des principaux plans de secours au niveau national, en étroite collaboration avec les structures de protection civile. La prévention vise essentiellement à expliquer aux populations, à l’aide des médias ou d’autres moyens de communication, les comportements à éviter. Toutefois, il faut retenir que c’est la mission de première urgence ou de secours qui est le moteur du SAMU. Et cette mission, comme on peut le constater aisément dans la ville de Niamey, occupe pleinement les équipes affectées à la tâche. En regardant les statistiques produites par le service de SAMU, on se rend compte que la prise en charge des accidentés de la voie publique occupe 80% des interventions, même si d’autres cas existent comme des problèmes médicaux à domicile.

Description du processus d’intervention du SAMU en cas d’accident de la circulation

Le Service d’Aide Médicale d’Urgence a des procédures d’engagement et de protocole de soins. Quand un accident se produit dans la ville de Niamey, on a en général à faire à un témoin ou acteur de l’accident qui appelle, ou alors un élément de la Police dans la circulation qui alerte les agents du SAMU. Si l’appel tombe à travers le numéro de secours 15, correspondant au numéro standard du SAMU, a expliqué Dr. Karadji, il y a un répondant qu’on appelle le régulateur. Celui-ci est un médecin ou un cadre du SAMU qui répond à l’appel et pose un certain nombre de questions à son interlocuteur. Cette conversation est un processus assez rapide qui dure à peu près une à deux minutes. L’objectif du temps d’appel est de catégoriser la gravité de l’accident. Parmi ces éléments demandés par le récepteur (SAMU), se trouve l’identité de la victime ou de l’appelant parce que la victime peut être l’auteur de l’appel. Des fois, c’est un témoin de la scène qui émet l’appel.

Dans les deux situations, l’agent du SAMU à l’écoute essaie de trier pour voir les circonstances de l’accident. Une fois que les circonstances de l’accident sont décrites, elles peuvent permettre d’anticiper beaucoup de gestes. Par exemple, si c’est une collision entre deux motos de face, le cas est extrêmement grave étant donné qu’en général, les conducteurs se percutent les deux têtes. Dans ces situations, on a des traumatismes crâniens très graves. C’est dire que la circonstance évoque déjà la gravité de la situation sans rentrer dans d’autres considérations. En effet, pour une intervention, on peut avoir à faire à une trentaine de victimes, d’où la nécessité pour le SAMU de savoir combien de personnes sont impliquées dans l’accident, avant qu’il décide de se déployer sur le lieu. Il faut aussi pouvoir localiser géographiquement le lieu et, si possible, il est souhaitable d’avoir une idée de l’état dans lequel se trouve la personne. Cette question, a relevé Dr. Karadji Souleymane, est malheureusement incomprise par les interlocuteurs. Ce sont autant d’indices que l’agent du SAMU recueille pour pouvoir tirer une conclusion. Cette dernière peut être un appel urgent ; semi urgent ; pas urgent du tout, voire on n’intervient pas. Parce que le Service d’Aide médicale d’Urgence n’est pas sensé intervenir dans les 100% des cas. Ce volet, a précisé le directeur du SAMU, a besoin d’une grande explication aux populations. A partir du moment où on catégorise l’état de la victime: elle est par terre et immobile, l’équipe de garde, composée d’un médecin, d’un technicien supérieur en anesthésie réanimation, d’un chauffeur ambulancier et, de manière variable selon les jours ou les circonstances, d’un secouriste, va tout de suite se déployer sur le lieu.

‘’Souvent, c’est même en route qu’on continue à leur donner des informations dans la mesure où la situation de la victime ou des victimes peut changer’’, ajoute Dr Karadji. Arrivée sur les lieux de l’accident, l’équipe du SAMU prend les victimes en charge comme à l’hôpital. Quand il y a des soins, elle le fait sur place dans le véhicule médicalisé avant de se diriger vers l’hôpital. Idéalement, l’équipe devait appeler l’hôpital même si cet appel se fait rarement, puisque le SAMU ne dispose pas encore des moyens de communication. Les services d’urgences ne sont pas interconnectés. Et cela constitue une difficulté supplémentaire, a déploré Dr. Karadji Souleymane. Dans le cas où le SAMU appelle l’hôpital pour une urgence, celui-ci a toujours répondu favorablement et le service qui est sensé accueillir le patient se prépare pour ne pas perdre le bénéfice des soins déjà prodigués.

Gestion des fausses alertes ou appels parasites : le quotidien du SAMU

Compte tenu de la gratuité de l’appel, le Service d’Aide Médicale d’Urgence reçoit quotidiennement des appels parasites. En plus de cet incivisme ambiant ou de ces mauvaises pratiques, Dr. Karadji Souleymane relève le fait que les moyens de communication du SAMU sont assez archaïques. Les moyens de communication sont des combines simples, alors qu’il y a normalement des appareils bien indiqués pour les types d’intervention menés par ce service. Les types d’appareils adaptés pour ce genre d’intervention sont du matériel de régulation médicale ; du matériel de traitement moderne des appels qui permet de filtrer les appels. A titre illustratif, le SAMU reçoit plus de 400 appels par jour dans lesquels il intervient rarement plus de huit (8) fois par jour. Et dans les 392 autres appels, moins de 350 sont des fausses alertes. ‘’Des gens qui appellent pour blaguer ; injurier ou pour demander quasiment la météo. Tout récemment, un haut cadre de l’administration a appelé le SAMU simplement parce qu’il n’arrive pas à dormir. Et donc il lui faut causer avec l’agent du SAMU qui était de garde’’, a souligné Dr. Karadji Souleymane qui précise que c’est un véritable sketch, à la limite incroyable, si on ne le vit pas. C’est la raison pour laquelle il est souhaitable d’avoir une régulation affinée. Certains économistes de la Santé ont essayé de faire le coût d’une sortie d’ambulance de ce type. Ces sorties sont en moyenne facturées entre 30.000F et 40.000F. Or, les interventions du SAMU sont complètement gratuites. Cependant, la gratuité dans l’absolu n’existe pas. C’est toujours quelqu’un qui paie. C’est pourquoi, il est immoral d’appeler le SAMU pour des cas qui ne le méritent pas. En dehors de ce coût financier, Dr. Karadji Souleymane fait remarquer que ce sont des hommes et femmes, des pères et mères de famille, qui sortent avec comme risque des accidents potentiels au regard de l’allure avec laquelle ils quittent pour aller en intervention. A cela s’ajoute l’état d’esprit actuel des usagers de la route. Bref, c’est un danger permanent. Sur une douzaine d’accidents des services du SAMU, il y a au moins quatre accidents qui sont potentiellement mortels depuis la création de ce service social.

Insuffisance des effectifs du SAMU au regard de l’étendue de la zone d’intervention

Le SAMU a intérêt à préserver les équipes qui sont déjà insuffisantes pour la ville de Niamey qui s’étend du jour au lendemain. De la création du SAMU à aujourd’hui, les équipes étaient censées augmenter. Les équipes du SAMU sont composées de deux types : les cadres qui viennent exclusivement du Ministère de la Santé Publique, et un personnel auxiliaire mis à la disposition du SAMU par la Ville de Niamey. Et il se trouve que depuis la création du SAMU, les effectifs ont stagné pour certaines catégories, et dans d’autres ils ont même diminué. Le SAMU manque énormément de personnel, car son personnel se limite aujourd’hui à seulement 23 agents. Or qu’il faut au moins deux fois plus pour couvrir réellement la ville de Niamey. Mieux, il y a eu toute une période où il n’y avait pas de garde du soir parce que les mêmes équipes ne peuvent pas venir le jour et la nuit ; même s’il est vrai que le service est censé fonctionner 24h/24, 7 jours sur 7 et toute l’année, a souligné le directeur du SAMU. Les moyens pour accomplir convenablement le service n’ont pas aussi suivi à la hauteur de la demande. Ce qui a amené ce service à crouler sous les demandes.

Aussi, le directeur du SAMU a-t-il lancé un appel général à tout le monde. Le secours concerne tous les citoyens. Chaque ville ou entité est chargée elle-même d’organiser les secours. Ces derniers doivent être organisés et financés. Il faut trouver des moyens innovants pour le financement du secours d’urgence, que ce soit le SAMU ou les sapeurs pompiers. Tout le financement ne peut reposer sur l’Etat seulement.

Hassane Daouda(onep)

27 janvier 2017
Source : http://lesahel.org/

Last modified on vendredi, 27 janvier 2017 04:45

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