Guri-système : Quand le silence de Hama Amadou dérange au plus haut niveau

Hama Amadou GaysuaCet homme qui avait quitté avec fracas, voulant faire sensation, le Guri système contre lequel il avait porté les critiques les plus acerbes et les plus audacieuses, pour témoigner de ce que jamais il ne peut s’accommoder de la gouvernance des camarades, faite d’injustice et de déni de droits, de prévarication et de mensonges. Depuis cette époque, après avoir collaboré avec le socialisme dont il se réclame aussi d’un point de vue doctrinaire, il redevint l’un des opposants les plus irréductibles du régime, usant de hargne et d’invectives pour torpiller le pouvoir des socialistes. Et les Nigériens voyaient en l’homme un révolutionnaire, un homme épris de justice et de vérité, digne de respect, ne pouvant reculer ni devant la menace, ni en face de la tentation du gain facile. On avait alors cru que les convictions de l’homme étaient tenaces, que rien, quelles que soient les contingences, ne pouvait le pousser à renier ses convictions ? On avait cru qu’il défendait alors une vision noble, qu’il portait un regard juste pour le Niger et pour le monde. Il avait une parole dure, bavarde, assez acide pour dire le mal de la société, pour dénoncer les malheurs communs, les misères partagées, les désespoirs lucides d’un peuple angoissé. Il était une autre voix de l’opposition que des calculs avaient placée dans une posture équilibriste pour observer la recomposition du schéma politique national afin de savoir se repositionner selon les opportunités de la conjoncture politique. Oubliant les réquisitoires qu’il avait portés contre le régime, monnayant son soutien inutile, il partit soutenir ceux pour qui il était pourtant un des procureurs les plus redoutés. En politique au Niger, il n’y a ni honte, ni morale, ni éthique. Pour avoir tenu un certain discours contre Issoufou et son système, l’homme n’avait pas de pudeur à revenir pour chanter face aux Nigériens pour qui, finalement, il semble avoir peu de respect, l’immonde gouvernance qu’il blâmait avec une rare arrogance.

 

Au détour de la présidentielle nigérienne loufoque, après avoir participé à un premier tour pour lequel la moisson a été tristement maigre, réglant son curseur, il prit l’engagement d’aller soutenir le même système qu’il pourfendait, non sans avoir à baiser la tête, souffrant d’un reniement qui écornait gravement son image. Il y a quelques jours, il revenait, sortant des mutismes qui l’enterraient politiquement, avec un autre discours qui tourne en dérision un système dont il fait désormais partie. C’est donc cet homme qui a été incapable d’assumer l’opposition, cet homme que des faims avaient contrait à l’abdication, ne pouvant résister aux affres du chômage politique, qui vient reprocher à un autre de ne pas assumer son rôle d’opposant et de chef de file de l’opposition. Rien que du «karambani». De quoi pouvait-il se plaindre ? Que Hama adopte cette posture – si tant est qu’il est honnêtement avec le pouvoir – ne pouvait que l’arranger puisque assuré de ne plus avoir d’opposition qui dérange, si lui pouvait croire que les silences de Hama Amadou ne dérangent pas autant que ses paroles. Ceux dont il est devenu un des larbins, savent que ses silences sont plus angoissants que ses paroles car ceux-ci ne peuvent permettre de saisir et de situer le félin politique qui cause tant d’insomnies à des adversaires qui l’ont agressé et qui savent qu’il ne faut jamais croire que l’on a pris le dessus sur cet homme tant qu’il n’aura pas dit son dernier mot. Hama est une énigme politique, peut-être même un mystère indécodable pour ses adversaires. Lorsque ceux qui luttent avec et pour Hama ne se plaignent pas de ses luttes passives, on se demande bien ce qui peut lui autoriser pareille ingérence et qui plus, se fait dans un ton provocateur ? Lui revient-il de dicter à Hama comment il doit mener son combat politique ? Il se trompe de rôle. C’est Issoufou qu’il doit conseiller, pas Hama Amadou qui sait ce qu’il a à faire et ce qu’il fait et qui aussi, a ses propres conseillers. Hama n’a donc que faire de son incitation à la turbulence, à l’agitation. Il pouvait mieux défendre autrement son repas qui l’a guidé à aller à la renaissance…

D’ailleurs, pourquoi tient-il tant à ce que Hama mène une lutte politique trop active si ce n’est curieusement pour voir l’opposition balayer un régime par lequel il survit et dont il sait qu’il a fait trop de mal au pays ? Peut-on d’ailleurs comprendre l’attitude belliciste de cet homme qui tranche avec un certain discours nouveau qu’on entend de plus en plus au sein de la renaissance, discours portant un message de paix et de réconciliation ? La renaissance doit alors surveiller certains de ses alliés car l’on pourrait être amené à croire, qu’ils ne sont pas avec lui dans la sincérité.

Il n’a donc qu’à se servir de ses stratégies politiques, Hama a les siennes, plus raisonnées, plus opérationnelles, plus efficaces selon les contextes qui lui dictent une certaine conduite.  

Il n’est ni du FRDDR, ni du Moden Fa Lumana, pour se plaindre que Hama soit loin. Pourquoi cela devait-il le déranger autre mesure ? Au contraire, il ne peut que se réjouir de la lutte silencieuse que mène Hama Amadou. Comment d’ailleurs, cet homme qui a refusé de lutter, qui a abandonné l’opposition, peut-il vouloir qu’un autre par procuration, lui mène un combat qu’il a fui ? Et d’ailleurs pourquoi se préoccupe-t-il tant que Hama vienne lutter ? Peut-il ne pas savoir qu’à distance Hama mène son combat ? Il était où, quand Hama venait pour affronter Issoufou et que le système mis en place par ce dernier l’a jeté en prison pour ne pas avoir à l’affronter ? C’est sur du faux que certains de ses lieutenants avaient passé quelques quinze mois gratuits en prison pour s’entendre dire qu’ils sont innocents et les libérer par la suite ? Pour des gens qui peuvent mentir pour emprisonner, faut-il ne pas être prudent pour avoir plus de stratégies à mener un combat contre eux ?

Il revient à l’opposition de savoir comment elle doit mener son combat, pas à un autre, et surtout pas un qui soit du pouvoir usurpé, de dire aux hommes qui luttent, comment ils devraient le faire. Les luttes politiques ne se font pas que dans la rue. Elles sont complexes et elles sont déployées souvent sur des terrains invisibles. Il suffisait pour cela de proférer une parole juste susceptible d’être écoutée ailleurs, pour que d’autres se rendent compte de la perversité d’un régime et de la justesse d’un combat, pour que le monde manifeste sa compréhension et sa solidarité aux peuples martyrs en lutte. Sait-il qu’en d’autres temps, sous Tazartché, luttant avec Hama Amadou, Issoufou et l’ancien compagnon de Tandja avaient mené une grande offensive à l’extérieur, pour faire entendre la lutte des Nigériens contre le fourvoiement des valeurs démocratiques ?

L’homme doit donc rester tranquille. «Mange tranquille dans le plat rose vidé des camarades, quand tu ne peux plus être du combat du peuple». L’opposition et Hama Amadou mèneront à leur manière – puisse-t-elle déplaire – leur combat politique et comme le dit l’épopée de Fatimata Bidani Simbiri, comme pour paraphraser Hama B. Yalla Pathé à qui la femme qui réclamait vengeance après l’humiliation infâmante du fils du Chef de Sââ, «le jour où Hama sortira de sa période de latence dans laquelle le confine une convalescence, même les enfants en gestation, dans le secret des ventres de leurs mères, sauront qu’un homme marche et vient…. ».

On ne force pas un destin ? C’est le secret de Hama Amadou. A chaque chose son temps. 

09 mai 2017 
Source : Le Canard en Furie

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