La sortie ratée de l’Association nigérienne de lutte contre la corruption

Quand on sait que ce que l’on va dire n’est pas mieux que son silence, il vaut mieux se taire». Si les responsables de l’Association nigérienne de lutte contre la corruption (ANLC) s’étaient inspirés de cet adage, ils allaient sans doute se garder de faire la déclaration, qu’ils ont publiée le samedi 04 mars dernier. En effet et alors que le contexte national est marqué depuis quelques semaines par des affaires portant sur des cas de corruption, les responsables de cette association n’ont pas trouvé mieux que de défendre un des leurs en proie à des vives critiques de certains citoyens, suite à une interview qu’il a récemment accordée à une radio internationale. Les citoyens qui le critiquent à ce responsable de l’ANLC n’ont pas apprécié sa manière d’apprécier l’affaire dite de 200 milliards de francs CFA, en tant qu’acteur de lutte contre la corruption qui doit, en pareille circonstance, exiger que tous les mécanismes légaux soient mis en marche pour que cette affaire soit tirée au clair.

Ce sont donc les critiques de ces citoyens qui ont constitué le menu de la déclaration de l’ANLC du samedi 04 mars dernier, alors même que beaucoup de citoyens attendaient voir cette association se mettre au-devant de la lutte pour exiger que toute la lumière soit faite sur les différentes affaires récemment révélées par la presse. Au lieu de cela, l’ANLC s’est lancée dans des invectives, allant jusqu’à demander «aux pouvoir publics d’adopter une loi relative à la cybercriminalité ou au cyber délinquance aux fins de réglementer l’utilisation des réseaux sociaux en vue de protéger les droits de l’homme et de la dignité humaine». Nulle part dans sa déclaration, cette association n’a appelé à une quelconque enquête sur l’affaire de 200 milliards, ni moins encore sur celle dite AFRICARD dans laquelle le ministre des finances Hassoumi Massaoudou a publiquement accusé des magistrats d’avoir été corrompus pour rendre des décisions contre l’Etat du Niger. Les responsables de l’ANLC ont le droit de défendre leur camarade victime des attaques sur les réseaux sociaux. Mais ils doivent aussi souffrir que les Nigériens aient un droit de regard et de commentaire sur la manière dont leur association mène ses activités, tout comme ils disposent du même droit pour les autres organisations de la société civile, syndicales et politiques. Pour sans doute avoir vu cette association très active sous les régimes précédents, les Nigériens sont aujourd’hui en droit de s’interroger sur les raisons du silence qui semble caractériser l’ANLC ces dernières années. Par le passé, à la moindre affaire sentant des odeurs de corruption, les Nigériens ont vu cette association monter aux créneaux et exiger des autorités en place que des enquêtes soient engagées. C’est normal que ces Nigériens ne comprennent pas aujourd’hui que cette même association ne fasse pas montre du même dynamisme face à autant d’affaires révélées par les médias. Si même elle est en train de faire ses propres investigations et attend de les finaliser pour s’exprimer, l’ANLC doit le dire à ces Nigériens qui l’ont connue comme une des structures de la société civile les plus bruyantes par le passé. Si cette association a désormais décidé d’élargir son combat à la défense des droits de l’homme et de la dignité humaine sur les réseaux sociaux, c’est une très bonne chose. Cependant, ces combats doit aussi profiter à ces honnêtes citoyens, dont des responsabilités politiques, qui sont quotidiennement diffamés, insultés et dénigrés à cause simplement de leur choix politique.

Dan Lamso

12 mars 2017 
Source : Le Monde d'Aujourdhui 

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