Enquête sur la pauvreté : Issoufou Mahamadou, crucifié par l’UEMOA

Enquête sur la pauvreté : Issoufou Mahamadou, crucifié par l’UEMOALe Niger, encore et toujours dernier sous Issoufou Mahamadou. L’échec d’Issoufou Mahamadou à la tête de l’Etat est criard. Malgré le tapage médiatique, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur où des articles encenseurs sont publiés pour vanter les mérites de sa gouvernance, les faits continuent de le traquer et de le clouer au pilori. D’abord, et successivement depuis plus de neuf années qu’il est à la tête du pays, le Niger tient la queue du peloton dans le classement IDH du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Derrière des pays déchiquetés par la guerre tels que la République centrafricaine ou encore le Burundi. Un état de fait qui a démystifié le discours présidentiel et a permis à tous ceux qui, à l’extérieur surtout, pourraient être abusés par une campagne médiatique frénétique, de comprendre la véritable nature de la gouvernance ‘’issoufienne’’. Ce sont les tonneaux vides, dit-on, qui font plus de bruit. Le gouvernement d’Issoufou Mahamadou a, certes, cherché des boucs émissaires, de faux-fuyants pour se justifier et trouver une interprétation oiseuse à ce classement fait sans passion par une institution onusienne au dessus de tout soupçon de parti pris. Mais il a dû se résoudre à boire le calice jusqu’à la lie.

Sur l’ensemble des pays enquêtés par l’UEMOA, c’est le Niger qui détient le plus grand nombre de pauvres avec 75,5% de la population.

Après le Pnud qui a classé le Niger dernier sans discontinuer, c’est aujourd’hui au tour de l’Uemoa, une institution sous-régionale francophone d’enlever ce qui reste de fierté à Issoufou Mahamadou qui termine décidément son second et dernier mandat dans une sorte de descente aux enfers. Les résultats de la première édition de l’enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages (EHCVM) dans l’espace UEMOA — une enquête réalisée avec l’appui de la Banque mondiale — et publiés le 20 juillet 2020, sont sans appel pour Issoufou Mahamadou, dont le poulain, Abdallah Boureima, dirige l’institution depuis avril 2017. Ils révèlent, ou plutôt confirment, que le Niger est le pays de l’Union qui concentre le plus grand nombre de pauvres. L’enquête a été conduite sur la base du seuil international de pauvreté monétaire modérée qui désigne comme pauvre toute personne qui dépense moins de 3,2 dollars par jour. Sur l’ensemble des pays enquêtés, 75,5% de la population au Niger vit en dessous du seuil indiqué. L’enquête de l’UEMOA est allée plus loin pour étayer ses résultats. Elle mentionne que le montant moyen annuel dépensé par un Nigérien est établi à 259 009 FCFA, soit un montant inférieur au seuil de 290 992 FCFA.

Des pays qui ont paradoxalement moins de ressources que le Niger, pays producteur d’uranium, de gypse, d’or, de pétrole et de gaz, ont moins de pauvres.

Dernier au classement du Pnud et de l’Uemoa, le Niger est derrière tant de pays dont les dirigeants, humbles et circonspects, ne font pas autant de bruit que les autorités nigériennes. Devant le Niger, le Burkina Faso arrive, avec 63%, la Guinée Bissau, avec 56,2%, le Togo, avec 59,4%. Des pays qui ont paradoxalement moins de ressources que le Niger, pays producteur d’uranium, de gypse, d’or, de pétrole et de gaz. Cet ultime classement de l’Uemoa enlève sans doute ses dernières prétentions au Président Issoufou qui, en avril 2020 encore, a ressassé à ses compatriotes le succès de son passage à la tête de l’Etat. Un succès qu’il est seul, avec quelques affidés obligés, à voir et à chanter. Dans les faits, la sentence est lourde. Le classement de l’Uemoa, tout comme ceux du Pnud, traduit la politique antisociale pour laquelle, de façon délibérée et assumée, le Président Issoufou a optée. Envers et contre tout, en particulier les acteurs de la société civile qui ont payé de leur liberté leur opposition et leur dénonciation osées à une politique qui a continuellement tendu à restreindre les ressources publiques dédiées aux secteurs sociaux de base.

L’eau, la santé, l’éducation, restent problématiques tandis que des milliards sont détournés par des individus dans une impunité totale.

La santé, l’éducation, l’hydraulique, notamment, ont vu leurs budgets dégringoler tandis que des sommes insolites sont consacrées à des dépenses de prestige, celui du prince et de ses régents. Le sommet de l’union africaine, les voyages incessants et improductifs du président à l’extérieur, la construction d’échangeurs à Niamey alors que des quartiers entiers sont dépourvus des moindres canaux d’évacuation d’eau de pluies et d’eaux usées, ont pris le pas sur les priorités et les urgences. L’eau potable reste un problème crucial pour les populations. À Tibiri, à Arlit, à Nguiguimi, à Zinder, voire à Niamey, l’eau est devenue une préoccupation majeure. Malgré les ressources publiques colossales, c’est la Hollande (Pays-Bas) qui a financé, il y a quelques mois (février 2020), l’extension du réseau d’eau potable, pas en brousse, mais à Niamey, à hauteur de 20 milliards de francs CFA. La santé, elle, est devenue de plus en plus marchande, inaccessible aux ménages modestes. Récemment, c’est grâce à un projet financé par la Banque mondiale (PAPS) que les femmes nigériennes doivent la gratuité de l’accouchement. Une gratuité, indique-t-on, qui prend effet à partir du 1er août 2020. Quant à l’école, elle est dans un profond marasme, la gestion approximative du gouvernement d’Issoufou ayant gravement entamé l’ardeur et l’enthousiasme des enseignants et des scolaires, sur fond de dénuement matériel total parfois.

Les détournements des deniers et biens publics, une explication des classements du Pnud et de l’Uemoa

Les classements de l’Uemoa et du Pnud sont d’autant plus compris et acceptés par les Nigériens qui vivent les supplices d’une gouvernance qui semble sans âme, portée sur la corruption, les détournements (des deniers et biens publics) et les trafics divers. Les trafics de drogue, de devises et d’armes, les détournements massifs des deniers et biens publics, la corruption, sont si prégnants que les mis en cause ne s’en cachent même pas. Au contraire, ils narguent ceux qui les dénoncent, déclarant, dans certains cas, à qui veut les écouter qu’il n’y a pas de juge capable de les faire arrêter. Sur près de dix ans, ces sont des milliers de milliards qui se sont évaporés, alimentant souvent les comptes bancaires de personnalités, civiles et militaires, personnels de l’Etat ou privés. Les scandales ne se comptent pas. Et pourtant, il n’y a pas eu un seul cas qui ait connu un épilogue judiciaire. Certains auteurs, formellement mis en cause par des enquêtes de la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (Halcia), ont échappé à la justice parce que pris sous l’aille protectrice du régime .

Le classement de l’Uemoa, une gifle retentissante pour le Président Issoufou, et une condamnation par anticipation de son poulain, Mohamed Bazoum

Cette tendance du président de la République à servir de paravent pour des personnes sur lesquelles pèsent de lourds soupçons de délités, voire, de crimes, s’est confirmée récemment avec l’audit du ministère de la Défense nationale. Un audit qui a révélé le détournement de plusieurs milliards de francs CFA destinés à l’acquisition d’armes appropriées et suffisantes permettant à l’armée de faire face à la sécurité et à la défense du pays. Des détournements survenus en temps de guerre et qui ont valu des centaines de morts dans les rangs des Forces de défense et de sécurité, parfois dépourvues de moyens adéquats pour faire face aux attaques ennemies. Alors, y a-t-il vraiment à s’étonner que le Niger soit dernier en matière de développement humain alors que même les ressources publiques destinées à la défense nationale sont détournées ? Le classement de l’Uemoa est, certes, une gifle retentissante pour le Président Issoufou. Mais il est surtout une condamnation par anticipation de son poulain, Mohamed Bazoum qui n’a pas d’autre choix que d’assumer un héritage qu’il sait handicapant.

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