Bazoum Mohamed et la CENI : Les connivences éclatent

Bazoum Mohamed et la CENI : Les connivences éclatent

Cela fait longtemps que, par la qualité des personnalités qui composent la CENI, imposée par le système Guri, et qui ne font pas l’unanimité, divisant la classe politique, beaucoup d’acteurs politiques avaient émis des réserves fondées sur la crédibilité de la CENI que le régime de la Renaissance imposait, refusant tout dialogue pour trouver un compromis qui apaise la tension entre les différents partis politiques qui restent tous campés sur leurs positions, ne voulant céder d’un iota pour donner des chances à une décrispation du climat politique délétère depuis la sortie des élections de 2016. 

Le Pnds ne voulut alors rien entendre, décidé à avancer dans le processus en ne suivant que sa seule volonté qu’elle croit s’imposer à tous, fort d’une majorité qu’il met en avant, alors même que rien, ne saurait, par l’éthique politique et les traditions de consensus qui ont jusqu’ici guidé la classe politique autour de sujets majeurs, autoriser à aller dans une telle démarche qui contrarie les convenances. La fracture entre cette CENI, chaque jour ne fait que se creuser, rendant impossible un rapprochement salvateur des différents pôles politiques cramponnés sur leurs positions. Aucune personnalité cooptée pour faire partie des membres de la CENI, aux yeux de bon nombre de partis politiques y compris certains qui soutiennent mais qui ne peuvent avoir le courage de leurs idées, ne sont pas crédibles, dignes de confiance car, à tort ou à raison, ils sont soupçonnés de connivence avec le régime, pour certains, elle serait même entièrement acquise au Pnds et à son candidat. Un responsable politique, de l’opposition, on se rappelle, n’avait pas manqué d’exprimer ces graves soupçons, annonçant que le président de la CENI, comme pour témoigner de ses proximités et de ses complicités avec le Pnds et son candidat, dinerait avec le candidat nommé Bazoum, une révélation qui, si elle se vérifiait, venait discréditer davantage un président de la discorde. 

Du reste, presque chaque fois que la CENI est l’objet de critiques de la part des adversaires politiques, c’est des responsables politiques du Pnds qui sortent pour la défendre comme pour témoigner de liens incestueux que la Renaissance pourrait avoir avec la CENI que conteste l’opposition institutionnelle.

Par le seul fait que, depuis quelques jours, des alliés grincent des dents, exprimant leurs appréhensions par rapport au processus électoral pour lequel, enfin, certains peuvent se rendre compte qu’ils avaient été grugés, l’on peut se rendre compte de la généralisation des malaises qui ont l’avantage d’isoler le Pnds sur l’échiquier relativement à cette question préoccupante des élections dans le pays. 

Il y a quelques jours, un confrère, Le Canard en furie, n°187 du 13 juillet dernier, titrait, «Mohamed Bazoum discrédite la CENI». Il se fondait sur des faits majeurs qui montrent bien, que plus qu’un autre, c’est le candidat du parti qui semble être le mieux informé sur ce que fait la CENI et comment elle le fait pour avoir la primeur de certaines informations qui ne doivent pas en principe concerner que le Pnds pour que son chef ait le premier accès aux informations. Par de telles maladresses, le candidat du Pnds montre bien qu’il est au secret du jeu de la CENI, si, ainsi qu’on le soupçonne, il n’est pas l’instigateur de ses décisions unilatérales qu’on prétend que la CENI a le droit de prendre sans se préoccuper de ce que les acteurs politiques concernés au premier chef, pourraient en penser pour faire utilement des objections. 

Alors qu’on doute de la CENI depuis des années, voilà qu’une lettre vient rajouter à ces doutes, discréditant davantage, ainsi que l’écrit le confrère, de la CENI. 

Une lettre qui met à nue les manœuvres du régime ? 

Depuis deux jours, une correspondance non encore authentifiée, signée des mains du président du parti, circule sur les réseaux sociaux avec au fond, des informations exclusives qui intriguent et qui jettent le doute encore davantage sur la fameuse CENI. Par cette lettre, on peut voir à quel point le candidat Bazoum est si pressé et obnubilé par le pouvoir, absorbé par le rêve fou de devenir président du Niger pour ne même pas savoir dissimuler ce qui pourrait le discréditer et avec lui sa CENI qui semble fonctionner pour son projet. Sinon, par quelle maladresse, sans attendre une officialisation des dates par la CENI d’abord, il sort pour partager avec les structures de son parti des informations de première main qu’il détient on ne sait de qui ? De qui tient-il ces informations si ce n’est de la CENI, peut-être même du président de l’institution, peut-on soupçonner ? 

Cette lettre est adressée aux présidents des fédérations, des coordinations de section et des sections à qui elle apprend que dans le cadre de l’organisation des élections législatives convoquées pour le 27 décembre 2020 le (cic) CENI a établi le chronogramme suivant : 

  • Le 17 septembre 202 : convocation du collège électoral ; 
  • Le 2 novembre 2020 : date limite de dépôt de dossier (niveau gouvernorat) et 7 novembre 2020 au niveau du ministère de l’Intérieur ; 
  • Le 17 novembre 2020 : transmission des candidatures à la Cour Constitutionnelle par le ministère de l’Intérieur ; 
  • Le 02 décembre 2020 : validation et publication des candidats éligibles par la Cour Constitutionnelle ; 
  • Le 05 décembre 2020 : début de la campagne électorale pour les législatives ; 
  • Le 25 décembre 2020 : Clôture de la campagne électorale pour les législatives ; 
  • Le 27 décembre 2020 : jour du scrutin. 

Où et dans quel cadre, ces informations exclusives ont été reçues par le président du Pnds et candidat du pouvoir, pour en informer les structures de son parti ? La CENI, travaillerait-elle pour le seul Pnds ? Ces informations, devaient-elles n’intéresser que son seul parti ? Seïni Oumarou, les non affiliés peuvent-ils désormais être rassurés que leurs inquiétudes sont véritablement fondées ? Il n’y a donc plus de doute que l’on ne peut plus faire confiance à cette CENI si tant est que ces informations sont exclusives et d’abord fournies au candidat du pouvoir avant même la structure qui est censée les produire et les diffuser à la classe politique qui devrait en principe donner son accord quant à la validité des dates «proposées». Ne peut-on pas d’ailleurs pas soupçonner que c’est le candidat qui les propose et laisse la CENI les entériner ? La source de ces informations importantes, aujourd’hui, préoccupe tous les acteurs de quelque bord qu’ils soient. 

Mais, ces dates données dans cette lettre, sont-elles crédibles ? 

Confusion… 

C’est alors que la lettre circule, partagée sur mes réseaux sociaux, que le matin du lundi 20 juillet, le quotidien L’Enquêteur, apprend que le président de l’APR, Seïni Oumarou aurait rencontré en personne le président de la République après qu’un clan du parti de Bazoum, visiblement acquis à sa cause, l’ait qualifié de groupe négligeable de la MRN. Le clash pouvait faire éclater une alliance déjà fragile que d’autres ne peuvent préserver par leurs démesures et leurs arrogances et certainement que le Président, comprenant les répulsions que son allié pourrait ressentie, voudrait le rassurer de son soutien, peut-être même, tout en se démarquant des propos outrageants du militant de Bazoum. On apprend dans la dépêche que les deux personnalités se seraient entendus à arrêter la date des locales dont ne fait nullement cas la fameuse lettre du président du Pnds. Ainsi, apprend-on, que les deux hommes seraient convenus sur la date du 6 décembre pour la tenue des élections locales, ainsi que le suggèrent et l’exigent, une écrasante majorité de partis politiques tant de la mouvance que de l’Opposition, y compris les non-affiliés assez intransigeants sur la question, refusant qu’elles soient projetées au-delà des élections générales. L’information, même si elle n’a pas été confirmée pourrait être crédible quand on sait que Seïni Oumarou est plus l’allié d’Issoufou Mahamadou, démarché dit-on par un Salif Diallo, alors conseiller à la présidence, que du Pnds que pilote laborieusement aujourd’hui le candidat Bazoum. Seïni, en principe n’a d’interlocuteur dans l’alliance que le président Issoufou qui aura manœuvré à le faire atterrir à la Renaissance, non sans déplaire souvent à quelques caciques du parti rose. Il n’est donc que normal que les deux hommes se parlent quand l’un se sent outré dans l’alliance par des gens – des aigris peut-être – qui ne savent rien de son commerce politique. 

Quelle garantie, pourrait avoir Seïni pour qu’un autre confrère, dans sa dernière parution, annonce péremptoirement que le malentendu serait désormais enterré à la dernière réunion de la MRN quand une autre note que les lignes n’auraient pas bougé ? Cette autre information qui avance la date du 6 décembre pour les élections locales tranche avec celles que donnait la lettre du candidat du Pnds, et pourrait montrer finalement, que Bazoum qui agit dans la précipitation ne maitriserait pas toutes les cordes de son aventure, car un autre au-dessus de sa tête pouvait mieux cadrer les choses, pour contenter des alliés avec lesquels il pourrait avoir un contrat moral à respecter. Seïni Oumarou, peut-il, pour une énième fois, faisant preuve de couardise, se faire gruger et se faire rouler dans la farine ? La parole socialiste dans ce pays, peut-elle être crédible pour succomber à ses charmes ? La prudence doit être de mise car toute confiance aveugle, ici, pourrait être fatale pour un homme politique qui, proche de sa retraite politique, doit ainsi jouer ses dernières cartes. 

A qui, faut-il croire ? A ce que rapporte L’Enquêteur ou ce qu’écrit le candidat pressé du Pnds qui voudrait montrer à ses structures politiques qu’il est bien informé de tout ce qui se passe et se trame à la CENI, bénéficiant de couloirs officieux qui lui fileraient des informations précieuses. Et en effet, on peut déjà le voir donner des directives aux structures de son parti pour déjà engager la préparation du parti en procédant aux choix des candidats du parti aux prochaines élections. 

Les observateurs se demandent alors qui, de Seïni Oumarou et de Bazoum Mohamed, tient les bonnes informations dans cette affaire de dates pour les élections au Niger. Sans doute qu’on ne tardera pas à savoir la vérité quand l’échéance approche à grands pas… 

Gobandy 

 

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