Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président” Si vous ne faites rien pour créer les conditions d’un processus électoral apaisé, vous n’aurez pas rendu service à la démocratie nigérienne, encore moins au peuple nigérien...

Lettre au “président de la République”  Monsieur le “Président” Si vous ne faites rien pour créer les conditions d’un processus électoral apaisé, vous n’aurez pas rendu service à la démocratie nigérienne, encore moins au peuple nigérien...Lettre au “président de la République”  Monsieur le “Président” Si vous ne faites rien pour créer les conditions d’un processus électoral apaisé, vous n’aurez pas rendu service à la démocratie nigérienne, encore moins au peuple nigérien déjà meurtri par tout ce qu’il a eu à subir au cours de votre gouvernance.

Votre candidat à l’élection présidentielle a repris sa campagne électorale, comme vous l’avez, vous-même, fait, marchant ainsi sur vos traces, pas à pas. Au mépris de la loi électorale dont il est le maître d’ouvrage, il bat campagne, dans le silence complice de Me Issaka Souna et de sa commission électorale, manifestement toute dévouée à votre candidat. Ayant vous-même violé la constitution à maintes reprises, notamment en désignant un candidat pour le Pnds, je comprends bien que votre poulain en fasse autant avec le code électoral, avec l’assurance que ni la commission électorale, ni une juridiction quelconque, encore moins vous, le premier garant du respect des lois, ne lèvera le petit doigt pour l’arrêter. Je comprends également, avec toutes ces affaires dans lesquelles le Niger a été spolié de ses ressources et de ses moyens sous votre gouvernance, que vous vous donniez la peine de faire en sorte que le pouvoir d’Etat, ce bouclier dont vous vous servez à bon escient pour éviter que vos compatriotes sachent le fond de tous ces dossiers malodorants, ne prenne une autre couleur que le rose.

Ce que je ne comprends pas, par contre, c’est qu’après la tragédie du ministère de la Défense nationale où il s’agit de vies d’hommes, vous voir dans cette posture de spectateur que l’on sait pleinement engagé, m’écoeure. J’ai honte de vous avoir servi. Jusqu’au bout, vous êtes resté dans cette logique insolite où vous avez privilégié l’enrichissement, du reste illicite dans bien des cas, d’individus au détriment de l’Etat, par ailleurs anéanti par des prêts parfois utilisés selon une fantaisie à laquelle on vous dit non étranger ? C’est le cas des routes bitumées dans le département d’Illéla au détriment de routes économiques telles que Dosso-Gaya et Tahoua-Arlit.

Ce que je ne comprends pas, c’est cette mauvaise foi qui a gagné les coeurs de certains compatriotes au point où ils ne se gênent pas d’applaudir une gouvernance qui a mis le Niger à genoux. Mais, bon, il faut du tout pour faire un monde et les opportunistes ne sont pas plus dangereux pour une société que les trafiquants de drogue et d’armes ; pas plus que les corrompus et ceux qui commercent avec les terroristes. Je constate d’ailleurs qu’ils apprennent — je veux parler des opportunistes — de plus en plus à se méfier des chefs d’Etat sur la sortie. Il y a de quoi. Alors qu’ils sont les plus zélés dans le choix d’un chronogramme électoral que seuls le Pnds et trois de ses alliés (Rda, Fusaha et Ingantchi) défendent, la Ceni, sur votre instruction raconte-t-on, a modifié la position qu’on disait intransigeante pour programmer la tenue des élections locales le 13 décembre, soit avant la présidentielle. J’imagine que si l’idée vient de vous, elle ne vous est pas propre, sachant que les positions du Pnds et les vôtres sont bonnet blanc, blanc bonnet.

Monsieur le “Président”,

C’est déjà une bonne chose de savoir que vous êtes sensible à certaines pressions et que vous savez lâcher du lest lorsque vous êtes face à plus fort que vous. Le combat des partis qui se battent pour la tenue des élections locales avant la présidentielle et les législatives a connu un épilogue et je ne peux que vous féliciter. C’était un problème crucial qui risquait de déboucher sur une situation ingérable à terme.

Seulement, ce chronogramme réaménagé va chambouler la programmation de votre poulain Bazoum. Il venait à peine, le 17 juillet 2020, de transmettre une lettre aux présidents des coordinations de section et des sections du Pnds Tarayya dans laquelle il les informait du chronogramme établi par la commission électorale. Pour Bazoum, le premier rendez-vous électoral de l’année 2020 est le 27 décembre. Voilà que tout change. J’ignoer comment le prendrait Mohamed Bazoum et le Pnds, mais il est certain que cela susciterait chez eux du ressentiment.

Monsieur le “Président”,

Cette ultime modification du calendrier électoral de la Ceni a fini par susciter en moi, aussi, l’espoir qu’il y a des demandes auxquelles vous êtes sensible. Je ne crois, donc, pas, déplacé, ni exagéré de glisser dans cette lettre qui vous est destinée, on voeu de voir les mêmes forces agir auprès de vous afin que le consensus prévale autour du processus électoral. Au nom de mon pays et de sa stabilité politique et institutionnelle, je souhaite que ces mêmes forces vous convainquent à accepter le dialogue national inclusif, la voie indiquée pour vider les contentieux qui plombent le processus électoral.

Je ne me lasserai pas de vous rappeler vos responsabilités et le contexte, sociopolitique extrêmement tendu qui vous interdit toute légèreté dans l’appréciation de la situation. Vous ne pouvez pas espérer une sortie honorable en continuant dans cette voie. Changez de fusil d’épaule, privilégiez le Niger et son peuple, pas des individus, soient-ils des partisans. Si, réellement, on vous doit le réaménagement du chronogramme de la Ceni pour insérer l’organisation des élections locales avant la présidentielle, je me dis que vous êtes bien parti pour vous arrêter en si bon chemin. Ne versez pas dans ces petits calculs égoïstes qui ont ruiné beaucoup de chefs d’Etat.

Monsieur le “Président”,

Si je vous demande de ne pas verser dans ces petits grenouillages qui ont fait la perte de nombreux chefs d’Etat en Afrique, c’est parce que, précisément, les périls demeurent. L’Opposition ne fléchit pas et par delà la question des élections locales, désormais résolue, il y a tout le contentieux autour du code électoral, de la Ceni et de la Cour constitutionnelle. Si vous ne faites rien pour créer les conditions d’un processus électoral apaisé, vous n’aurez pas rendu service à la démocratie nigérienne, encore moins au peuple nigérien déjà meurtri par tout ce qu’il a eu à subir au cours de votre gouvernance. Soyez sûr d’une chose : la roue de l’Histoire tourne, de façon inexorable et nul ne détient les clés de l’avenir. Demain, comme je vous l’ai maintes fois dit, appartient à Dieu. Agissez dans ce sens, oubliez ce pouvoir qui éphémère qui vous échappera, un jour. Songez, un instant, que vous soyez subitement à l’opposition, cela vous permettra de mieux apprécier la situation et de prendre les meilleures décisions. Si, malgré tout, vous restez prisonnier de certaines logiques, que vous pensez prioritaires, sachez que vous avez déjà raté votre sortie.

Que Dieu, dans sa miséricorde infinie, vous mette sur la bonne voie ! Pour le Niger et son peuple.

Mallami Boucar

 

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