Liberté de la presse au Niger : Entre volonté de réprimer et démission des professionnels de la presse

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 Au Niger, il n’est pas bon d’être journaliste depuis l’avènement de la méchante loi sur la ‘’cybercriminalité’’, une trouvaille du régime, qui n’est ni plus ni moins une solution de contournement pour mettre progressivement l’ensemble des journalistes indépendants et leurs organes sous le règne de la pensée unique.

Comme son nom l’indique, la loi sur la cybercriminalité sert à freiner l’activisme des pirates en informatique, qui usent des programmes malveillants (virus) à des fins criminelles pour dérober des codes d’accès à des comptes bancaires, subtiliser des données importantes et hautement stratégiques ou pour aider des groupes criminels à faire prospérer leurs activités illicites, comme le blanchiment des capitaux. Tel est le dessein de toute politique publique en matière de lutte contre la cybercriminalité, mais tout sauf à faire d’un simple délit commis par voie de presse une préoccupation à part entière. Néanmoins, au Niger le dispositif juridique sur la cybercriminalité, tel qu’édicté, est manifestement dirigé contre la presse indépendante et à de fins de répression des journalistes et activistes des réseaux sociaux très critiques, en cette fin de règne d’Issoufou Mahamadou et à quelque quatre à cinq mois des élections générales. Désormais, la forte propension du régime d’Issoufou Mahamadou à faire un usage régulier de la loi sur la cybercriminalité ne fait l’ombre d’aucun doute. Deux journalistes ont déjà fait les frais de cette méchante loi et plusieurs autres courent dorénavant les risques de leur privation de liberté.

La journaliste-blogueuse Samira Sabou garde prison depuis bientôt deux mois. Le journaliste d’investigation Ali Soumana a été interpellé et gardé à vue le 12 juillet 2020, avant d’être libéré deux jours plus tard. Après son emprisonnement en 2017 pour ses révélations sur des faits de corruption, celui-ci va être inquiété, cette fois ci, du fait qu’un  de ses écrits sur la série des scandales financiers révélés en février dernier par un audit au ministre nigérien de la défense publié dans son propre journal «Le Courrier», ait été largement relayé par les activistes des réseaux sociaux.

Rien que ces deux cas (détention et garde à vue des deux journalistes sur la base de la loi sur la cybercriminalité) constituent des hauts faits du pouvoir en place en matière d’atteinte à la liberté de la presse. L’objectif étant de bâillonner la presse et d’amener à la longue les journalistes à ne traiter dans les colonnes de leurs journaux que des futilités qui plaisent aux dignitaires en place veulent entendre.

Notons qu’au Niger, il existe depuis juin 2010, une ordonnance qui dépénalise le délit commis par voie de presse, mais dont le pouvoir en place ne veut pas appliquer aux journalistes parce que cette loi ne les conduit plus en prison depuis son avènement.

Toute cette situation d’atteinte à la liberté de la presse vient s’ajouter à une crise de financement que vit la majeure partie des entreprises privées de la presse nigérienne, une crise financière sans précédent sciemment provoquée à leur encontre par le même régime de Mahamadou Issoufou. En effet, depuis l’avènement de ce régime, les structures étatiques recourent très peu aux services des médias privés très critiques considérés à tort comme des ’’ennemis’’. Il n’est fait recours à leur (medias privés critiques), service que lorsqu’il s’agit d’une action de grande de propagande, en particulier quand il s’agit de couvrir Lamine Souleymane des cérémonies de lancement d’un chantier du président de la République. Les marchés de publicité, au gré desquels les entreprises privées de la presse tirent le maximum de leurs ressources, sont partagés entre les ’’médias d’Etat’’ et les ’’médias flatteurs’’ qui n’ont que faire de leur indépendance.

Dans le même temps, il est apparue une nouvelle race d’animateurs des journaux privés et des sites d’information dont la mission principale est de prendre fait et cause pour les responsables politiques corrompus proches du régime et de s’attaquer à leurs confrères qui dénoncent les impairs de ces derniers.

Jamais la CONFRATERNITE, une valeur cardinale qui fait la grandeur de la presse nigérienne, n’a été aussi dévoyée sous aucun autre régime comme sous le ’’Guri système’’’, sous le regard impuissant, voire même complice, des associations socioprofessionnelles du secteur de la presse.

En effet, depuis l’avènement du pluralisme médiatique au Niger, c’est sous ce régime de la 7e République, que la liberté de la presse a été mal défendue, le secteur lui-même laissé à la merci des mercenaires qui agissent en lieu et place des véritables professionnels de la presse. Dénoncer l’atteinte à la liberté de la presse et autres abus contre des journalistes n’est pas chose aisée pour les associations relevant de ce secteur et toutes les fois qu’elles l’ont fait, c’est pour jouer le rôle de ’’médiateur’’ ou pour implorer l’indulgence des prédateurs de la presse, au lieu de sonner sur le tocsin par la dénonciation des abus contre des confrères qui n’ont fait que leur travail. Les cas du journaliste Baba Alpha et d’Ali Soumana entre 2016 et 2017, et tout récemment avec la journaliste- glogueuse Samira Sabou, prouvent à suffisance à quel point le secteur de la presse indépendante est victime d’un corporatisme de mauvais alois.

En vérité, si la liberté de la presse est très peu ou mal défendue, ce n’est ni plus ni moins, du fait du régime en place, mais la responsabilité incombe plus aux anciens qui ne veillent plus sur l’ordre qui régnait au sein de cette profession, laissant des mercenaires et autres recalés sociaux, souffler à leur guise le chaud et le froid.

Lamine Souleymane

 

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