Échec du consensus entre l’Apr et le Pnds : Quand Mohamed Bazoum joue au plus malin et qu’il est pris à son propre piège

Échec du consensus entre l’Apr et le Pnds : Quand Mohamed Bazoum joue au plus malin et qu’il est pris à son propre piège Selon des sources politiques crédibles, une réunion à huis clos a regroupé le Pnds et les partis de l’Apr, la semaine dernière. Une réunion qui a vite capoté en raison de l’impossibilité de trancher la question qui fâche. Selon nos sources, deux membres de la Ceni ont été conviés, on ne sait plus à quel titre et avec quel mandat, à se prononcer sur une date éventuelle pour la tenue des élections locales. L’intention, paraîtil, était de rapprocher les positions du Pnds et de l’Apr avant toute convocation d’un Cndp. Mais les choses vont foirer du fait des calculs du Pnds qui semble avoir tout goupillé avec les deux responsables de la Ceni dont l’un, au moins, est du même parti que Bazoum. Appelé à se prononcer sur la date des élections locales, ils ont aussitôt décliné en se disant dans l’incapacité de répondre du tic au tac. « Il faut une réunion de la Ceni », ont-ils souligné. Un mot sur lequel Mohamed Bazoum aurait décidé de lever la séance en attendant que la Ceni se prononce. Et comme s’il n’y accordait aucune espèce d’importance, il reprit son bâton de campagne en allant à Tahoua. Après l’Ader, il sera, selon les informations en provenance des milieux du Pnds, l’hôte de sa région natale, Zinder, durant un mois. De quoi faire pâmer de chagrin les partis de l’Apr.

Les élections locales peuvent, bel et bien, être organisées en décembre

Le coup est certainement bien monté, mais il a peu de chance de réussir. Pour l’Apr, techniquement et juridiquement, rien ne peut justifier la tenue des élections locales en janvier. Ces élections locales, dit Salatou, peuvent, bel et bien, être organisées en décembre ». Le porteparole de l’Apr va plus loin en révélant qu’il y a eu un comité technique au sein de la Ceni qui a proposé les dates du 6 ou du 13 décembre pour les élections locales. Si la Ceni peut faire les élections locales le 17 janvier, c’est qu’elle peut les organiser en décembre. « Nous pensons que la Ceni est en train de perpétrer un coup d’Etat contre la classe politique et comme l’a dit Sanoussi Jackou, nous ne pouvons pas accepter cela », a conclu Salatou. Interpellé tour à tour par l’Apr et les partis non affiliés pour la convocation d’un Cndp en vue de voir la classe politique s’entendre sur une date consensuelle pour la tenue des élections locales, Brigi Rafini n’a toujours pas répondu. Si, pour l’Apr, c’est le Pnds, sous l’épaisse couverture de la Mrn, qui a réagi, les non affiliés attendent toujours une réponse à leur sollicitation.

Une situation totalement confuse

Invité de la télévision Niger 24, Ousseïni Salatou, le porte-parole de l’Apr, a indiqué que 87% des partis politiques présents au Cndp [le 3 juillet 2020] ont intervenu en faveur des élections locales avant la présidentielle. Malgré cela, le Premier ministre, président du Cndp, dénonce Salatou, présentera à la télé une synthèse qui n’est pas conforme à la position dégagée par la majorité des partis politiques. La situation est plus que conflictuelle. Non seulement les deux camps politiques en conflit se sont quittés en queue de poisson, mais il y a pire. Le secrétariat permanent du Cndp est dans l’incapacité de produire un compte rendu fidèle. D’une part, il ne veut pas contrarier le Premier ministre ; d’autre part, il ne peut pas faire valoir la synthèse faite par Brigi Rafini lors de son point de presse. « Nous sommes dans une situation de confusion totale, personne ne peut savoir quand est-ce qu’il y aura les élections locales », a souligne Ousseïni Salatou.

Le retour de la manivelle est douloureux pour Bazoum et le Pnds

C’est un truisme de dire que le processus électoral actuel bat de l’aile. Né sur des fondements contestés par les partis d’opposition dès le départ, le processus électoral est aujourd’hui dans le marasme total. À la manoeuvre pour se faire élire à moindre coût, Mohamed Bazoum et son partri, le Pnds Tarayya, semble pris au piège. Maître d’ouvrage de la loi électorale devant régir les élections locales, législatives et présidentielle 2020-2021, le président et candidat du Pnds Tarayya a veillé à l’inviolabilité de son bébé comme sur la prunelle de ses yeux. Durant des mois, il s’est opposé à toute modification consensuelle du code électoral, entraînant son parti dans un combat insolite où, entre les principes démocratiques qu’il prétend défendre et le refus catégorique d’un consensus autour du processus électoral, il n’y a aucune commune mesure. Et face aux dénonciations et contestations régulières de partis alliés au Pnds, notamment les partis membres de l’Alliance pour la paix et la République (Apr), Mohamed Bazoum et les siens ont constamment adopté la même attitude de mépris.

Il n’y a que le Pnds Tarayya et trois alliés inconditionnels (Ingantchi, Fusaha et Rda) qui sont pour la tenue des élections locales, dans le meilleur des cas, après le premier tour de l’élection présidentielle.

Le combat démocratique des partis d’opposition pour un processus électoral clean trouve, dans ces dénonciations régulières des partis de l’Apr, de quoi les fortifier. Puis, la grogne gagne du terrain et envahit le camp des partis non affiliés. Le processus électoral est contesté et les structures chargées d’organiser les élections se retrouvent au centre de la guéguerre. La commission électorale nationale indépendante (Cen)i, la direction de l’informatique et du fichier électoral biométrique (Difeb), la Cour constitutionnelle sont toutes contestées. Mais, si les différents bords politiques divergent quelque peu sur les griefs portés à l’encontre du processus électoral, ils s’accordent toutefois sur l’ordonnancement des élections. De tous les partis politiques, il n’y a que le Pnds Tarayya et trois alliés inconditionnels (Ingantchi, Fusaha et Rda) qui sont pour la tenue des élections locales, dans le meilleur des cas, après le premier tour de l’élection présidentielle. Une gageure totale, eu égard à l’ampleur de la fronde, de plus en plus ouverte.

Les réunions du Cndp du 12 juin et du 3 juillet 2020 marquent un tournant décisif dans le combat démocratie au Niger

À force de vouloir tout régenter, le Pnds a finalement réussi à se mettre toute la classe politique sur le dos. C’est d’abord les partis d’opposition, puis les non affiliés et enfin ceux de l’Apr. Le tournant majeur est amorcé le 12 juin 2020, lors de la réunion extraordinaire du Cndp. Au cours de cette réunion, la question des élections locales et de l’enrôlement des Nigériens de l’extérieur va constituer la pomme de discorde entre le Pnds et ses trois alliés, et le reste de la classe politique. Une discorde qui va s’amplifier lors de la réunion du 3 juillet, isolant le parti de Mohamed Bazoum dans une position insolite qu’il essaie, en vain, d’imposer aux autres. En désespoir de cause, Brigi Rafini met un terme à la réunion et, à la grande surprise des parties prenantes, anime le lendemain un point de presse pour tenir, selon les témoignages de Koroné Massani de Kiskin Kassa, des contrevérités.

La situation prête à confusion. Et c’est dans cette situation conflictuelle que Mohamed Bazoum mène sa campagne électorale tambours battants. Une tendance qui fait davantage monter les tensions. Le Niger, à coup sûr, est mal barré.

Amadou Doudou 

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