Le processus électoral pris en otage par le Pnds

 Le processus électoral pris en otage par le PndsLe Pnds Tarayya a une singulière façon de vouloir d’un processus électoral apaisé et démocratique. Coup sur coup mis en minorité indiscutable au cours des deux dernières réunions du Conseil national de dialogue politique (Cndp) à propos de la date de tenue des élections locales que la majorité écrasante des partis politiques veulent avant tout autre élection, le Pnds Tarayya a visiblement opté pour le coup de force. Plus de Cndp, plus de discussions sur le calendrier électoral. C’est le message sibyllin que Brigi Rafini, en animant un point de presse au lendemain du Cndp du 3 juillet 2020, a sans doute voulu transmettre aux partis politiques revendiquant une décision consensuelle et définitive à propos de la date des élections locales et de l’enrôlement des Nigériens de l’extérieur. Un message renforcé par la reprise subite de la campagne électorale avant l’heure de Mohamed Bazoum, le président et candidat du Pnds Tarayya. Si une telle position a été déjà soupçonnée à travers les actes successifs du Premier ministre (point de presse) et du candidat du Pnds (tournée électorale), elle vient d’être corroborée par la lettre, insolite à plus d’un titre, que le deuxième secrétaire général adjoint et membre du présidium du Pnds a adressée à Brigi Rafini en sa qualité de coordonnateur de la Mouvance pour la renaissance du Niger (Mrn), le collectif des partis politiques membres de la majorité présidentielle.

Pour l’opposition, comme pour les partis de l’Apr les non affiliés, il y a forcément anguille sous roche de voir le Pnds être sur la même mesure d’onde que la Ceni.

La demande de Seïni Oumarou pour la convocation d’une réunion extraordinaire du Cndp au nom de l’Apr n’est qu’un alibi. Un alibi toutefois solide qui justifie que le Pnds sorte de sa réserve vis-à-vis de ses alliés de l’Apr. Il a si travaillé durant des mois, voire des années, pour s’assurer une mainmise totale sur le processus électoral pour accepter, aujourd’hui, la moindre remise en cause. Moins de six mois séparent les Nigériens de l’élection présidentielle couplée aux législatives et Mohamed Bazoum a déjà repris sa campagne électorale. Quant à la Ceni, elle a presque terminé son boulot, la direction du fichier électoral biométrique (Difeb) semblait travailler de bout en bout pour la bonne cause. Pour le Pnds, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes politiques possibles. Revendiquer la tenue des élections locales avant la présidentielle est proprement inacceptable pour le parti de Mohamed Bazoum qui considère que la Ceni est indépendante et qu’elle a d’ores et déjà décidé qu’elle ne pourrait organiser les élections municipales et régionales que le 17 janvier 2021, soit entre les deux tours de la présidentielle. Pour l’opposition, comme pour les partis de l’Apr et les non affiliés, il y a forcément anguille sous roche de voir le Pnds être sur la même mesure d’onde que la Ceni.

« Nous sommes les décideurs et la Ceni n’est qu’un exécutant, elle n’impose rien du tout à la classe politique », dixit Sanoussi Jackou

À propos de la Ceni, l’opposition a toujours dénoncé l’emprise totale que le Pnds y exerce. Une emprise étendue, selon les responsables de l’opposition politique, à la Difeb, dirigée par deux obligés du Pnds. Or, cette structure est chargée d’élaborer le fichier électoral. Lorsqu’on sait que, tout au long du processus électoral, le Mnsd et ses alliés en l’occurrence ont dénoncé la façon peu singulière des audiences foraines et de l’enrôlement, entachés de graves irrégularités, l’on ne peut que s’interroger sur la fermeté et l’intransigeance du Pnds à défendre les positions de la Ceni. Les dénonciations et les plaintes, déposées parfois en justice comme dans le cas de l’Apr et de Kishin Kassa, n’ont pas suffi à arrêter la Ceni dans la conduite tortueuse du processus électoral. Et lors du Cndp du 3 juillet 2020, certains acteurs politiques sont carrément sortis de leurs gongs. Président du PNA Al Oumma, Sanoussi Jackou a tenu à clarifié les rôles : « Nous sommes les décideurs et la Ceni n’est qu’un exécutant, elle n’impose rien du tout à la classe politique », a-t-il asséné à l’endroit de Me Souna Issaka.

À ce jour, le cahier des charges de Gemalto est un secret jalousement gardé par une poignée d’individus, dont Mohamed Bazoum, un des candidats à l’élection présidentielle et qui a parrainé la signature du contrat entre l’opérateur technique et la Ceni.

De l’opérateur technique, Gemalto, personne d’autre en dehors du Pnds, de son président-candidat et peutêtre du président de la Ceni, très proche, dit-on de certains responsables du Pnds, ne savent absolument rien du contrat signé avec Gemalto. Ni le montant de sa prestation, ni la durée de sa prestation, encore moins la nature de sa mission, ne sont connus des Nigériens. Ayant ficelé un accord resté secret avec l’opérateur technique, le Pnds et ses responsables sont dès lors juge et partie. Peut-on être aussi souverain sur le processus électoral en ayant la main sur le Difeb et l’opérateur technique ? À ce jour, le cahier des charges de Gemalto est un secret jalousement gardé par une poignée d’individus, dont Mohamed Bazoum, un des candidats à l’élection présidentielle et qui a parrainé la signature du contrat entre l’opérateur technique et la Ceni.

Même mis en minorité sur l’agenda électoral, le Pnds refuse de se plier à la loi du nombre qu’elle a imposée aux autres partis politiques durant des années

La prise en otage du processus électoral par le Pnds et ses responsables se vérifie également dans le fonctionnement du Cndp, gravement perturbé par la logique du nombre introduite à dessein par le Pnds. Mais, même mis en minorité sur l’agenda électoral comme l’ont révélé les sessions extraordinaires du 12 juin et du 3 juillet 2020, le Pnds refuse de se plier à la loi qu’elle a imposée aux autres partis politiques durant des années. En plus des fronts de l’opposition, les partis de l’Apr et des non affiliés sont décidés à imposer au Pnds la tenue des élections locales avant toute autre élection. Et comme pour le mettre au pied du mur, les partis non affiliés ont été promptes à écrire à Brigi Rafini pour demander aussi la convocation d’un Cndp extraordinaire afin de tirer au clair cette question de date des élections locales et de l’enrôlement des Nigériens de l’extérieur. Histoire de dire que si l’on prétend que les partis de l’Apr ne sont pas qualifiés à demander la convocation d’un Cndp, eux en ont le plein droit. Reste à savoir si le Premier ministre va encore se cacher derrière la Mrn pour esquiver la demande d’un groupe de partis politiques.

20 juillet 2020
Publié le 16 juillet 2020

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