Passe d’armes entre l’APR et la MNR / Que reste-il à Seini Oumarou : partir ou être chassé ?

Passe d’armes entre l’APR et la MNR / Que reste-il à Seini Oumarou : partir ou être chassé ? Les choses commencent à se gâter pour de vrai pour le Pnds Tarayya. Isolé lors de la plus récente réunion du Conseil national de dialogue politique (Cndp) dans sa position de défendre l’idée de la tenue des élections locales après le premier tour de la présidentielle, couplée aux législatives, le Pnds Tarayya n’a pas visiblement l’intention de se plier à la volonté du plus grand nombre. Il vient de sortir de ses gongs, courroucé par une lettre de Seïni Oumarou, président du Mnsd Nassara et coordonnateur de l’Alliance pour la République (Apr), les responsables du Pnds ont réagi spontanément et de manière fort rigoureuse. Le 13 juillet 2020, Seïni Oumarou adresse une correspondance à Brigi Rafini en sa qualité de président du Cndp. Dans cette missive, le président du Mnsd écrit que « bien qu’une majorité de participants ait souhaité que les élections locales soient organisées avant toutes autres élections, une décision définitive et consensuelle n’a pas été prise par rapport à la question ». « Aujourd’hui, souligne-t-il, les partis politiques ne savent pas quelle est la date consensuellement retenue pour les élections locales. Et Seïni Oumarou de demander que soit convoquée, dans les plus brefs délais, une réunion extraordinaire du Cndp afin de voir cette question définitivement tranchée.

La passe d’armes tourne au vinaigre pour Seïni Oumarou et l’Apr

Cette lettre, selon toute vraisemblance, n’a pas plu du côté du Pnds. Et il n’a pas traîné pour le faire savoir. Dans une lettre adressée, hier 14 juillet 2020, à Brigi Rafini, Alkassoum Indatou, au nom de la Mouvance pour la République (Mrn), a considéré que, aussi bien la question de l’enrôlement des Nigériens de la diaspora que celle de la date de tenue des élections locales, ont bel et bienfait l’objet de décision finales lors du Cndp du 3 juillet 2020. Réponse du berger à la bergère, Indatou rappelle qu’à propos de l’enrôlement biométrique des Nigériens de l’extérieur, « la Ceni s’est dit prête à y procéder, et ceci conformément à l’arrêt de la Cour constitutionnelle, dès que les conditions sanitaires le permettent (ouvertures des frontières et levée de confinement dans les pays où ils résident ». Quant à la question de la date des élections locales, pomme de discorde entre le Pnds, soutenu par trois autres partis politiques, et le reste de la classe politique, la passe d’armes a tourné au vinaigre pour Seïni Oumarou et les partis de l’Apr.

Le Pnds n’a pas raté sa cible

Le Pnds Tarayya ert ses responsables sont réputés violents dans le discours et sans état d’âme lorsqu’il s’agit de commerce avec un parti politique. Soit vous marchez droit, soit il vous tape dessus, a-ton coutume de raconter dans les cercles de discussion, les fadas comme on les appelle à Niamey. Avec l’Apr et Seïni Oumarou, ses responsables n’ont pas dérogé à la règle. Ils n’y sont pas, non plus, allés du dos de la cuillère. Tout en soulignant au passage que tous les partis membres de la Mrn ont pris acte des propositions de la Ceni, « étant conscients que la charge d’organiser les élections est dévolue à la Ceni et c’est cette dernière qui assume en conséquence la responsabilité », Indatou indique que, tenant compte de cette position, ils ne voient pas la nécessité et la raison pour la tenue d’une réunion du Cndp.

L’Apr, une composante mineure de la majorité qui n’a aucun droit au Cndp

Adressée le 14 juillet à Brigi Rafini, la lettre de la Mrn a tout l’air d’être une réponse du berger à la bergère. Mais la Mrn ne veut pas donner cette impression d’avoir répondu à une lettre dont elle n’est pas destinataire. Alors, ce n’est qu’en fin qu’elle aborde la lettre de l’Apr, pour dire que « l’Apr n’est qu’une composante mineure des partis politiques de la majorité présidentielle et qu’à ce titre, n’a pas, en vertu du règlement intérieur du Cndp, le pouvoir de demander la convocation d’une réunion du Cndp à l’insu de la composante majeure de la majorité qu’est la Mrn ». Tout est dit. Il est dénié à l’Apr le droit de demander une réunion du Cndp. Et pourtant, l’Apr est un regroupement de partis politiques, certes allié à la Mrn au sein de la majorité présidentielle, mais distinct de la Mrn. Et puis, la réunion du 12 juin 2020 est consécutive à la demande de l’Apr. En outre, c’est bien sous le label de l’Apr que le 29 juin 2020, Seïni Oumarou a demandé à Brigi Rafini, président du Cndp, la convocation d’une réunion. extraordinaire du Cndp au motif que la Ceni doit rendre compte aux membres de ses nouvelles propositions prenant en compte les préoccupations de la classe politique, à savoir la date de tenue des élections locales.

Le ver est dans le fruit

Le Mnsd et ses alliés de l’Apr, ne sont pas à leur première plainte. Le 3 octobre 2019, ils avaient, sans succès, demandé la convocation d’une session extraordinaire du Cndp aux fins de protester contre le pilotage du processus électoral. L’Apr y dénonçait, entre autres, la délivrance des pièces d’état-civil qui n’est pas effective dans presque toutes les régions du Niger, notamment à Tillabéry et à Dosso où elle à moins de 50% des prévisions de la Ceni ». Ils n’ont ni obtenu le conseil extraordinaire demandé, ni la satisfaction attendue à propos des audiences foraines.

Le 29 novembre 2019, l’Apr a dénoncé la violation de certaines dispositions du code électoral. Dans une lettre qui a circulé sur les réseaux sociaux, son président, Seïni Oumarou, a saisi le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) pour lui faire part de « manquements graves aux dispositions des articles 38, 40 et 201 du code électoral ». Seïni Oumarou a indiqué que « dans la région d’Agadez, notamment dans les communes de Tabelot, d’Ingall et d’Aderbissinat, des émigrés non nigériens ont été irrégulièrement enrôlés ». Il en est de même, selon le président du Mnsd Nassara, de la région de Tillabéry (commune d’Ayorou) où il a été constaté l’utilisation fautive de carnets de famille pour étrangers délivrés par les autorités municipales. C’est également le cas dans la région de Diffa, particulièrement à Bosso, où des jugements déclaratifs ont été délivrés à des individus qui ne remplissent pas les conditions requises.

Partir ou…risquer d’être vidés

À l’issue de cette passe d’armes qui traduit un ras-le-bol des barrons du Pnds vis-à-vis de leurs alliés de l’Apr, le vase est plus-que-plein. La divergence est profonde et il est peu probable que les parties parviennent à un consensus. La date de tenue des élections locales est la clé de voûte de la crise préélectorale : d’une part, le Pnds et trois autres partis politiques qui soutiennent la tenue de ces élections, soit avant la présidentielle couplée aux législatives, soit entre les deux tours de la présidentielle ; d’autre part, le reste de la classe politique, à savoir les partis de l’Apr, de l’opposition et des non affiliés qui exigent que ces élections municipales et régionales se tiennent avant toute autre élection. La rupture entre la Mrn et l’Apr n’est désormais qu’une question de temps, beaucoup d’observateurs estimant que le Mnsd Nassara et ses alliés de l’Apr n’ont plus qu’un choix : partir ou risquer d’être vidés.

Yaou

19 juillet 2020
Publié le 15 juillet 2020

Imprimer E-mail

Politique.