Le processus électoral : La grande incertitude

Le processus électoral : La grande incertitude Le processus électoral nigérien trottine, avance à pas de tortue, conduisant vers des situations potentiellement orageuses, explosives. Mais le PNDS, aveuglé par le pouvoir qu’il lui faut conserver à tout prix, ne voit et n’entend rien. Même les voix qui jaillissent en son sein, marquant leur désaccord, ne peuvent être entendues. La démocratie nigérienne ne s’est jamais aussi mal portée que sous cette gouvernance. Ceux qui, hier, la défendaient bec et ongle, en sont réduits aujourd’hui en ses redoutables fossoyeurs.

Jamais, au Niger, un processus électoral ne s’est planté que sous le règne des socialistes qui ont fini par montrer leur vrai visage de pseudo-démocrates. La préparation des élections est l’objet de discorde au sein de la classe politique qui ne réussit pas à accorder ses violons pour préserver l’essentiel et épargner au pays des situations dommageables. C’est au nom d’une majorité discutable que les Renaissants ont refusé d’instaurer le dialogue pour apaiser une situation politique tendue dans le pays et qui, chaque jour, ne fait que se dégrader par leurs insouciances, leurs extrémismes et leurs arrogances. L’Opposition et la supposée majorité n’ont jamais su s’entendre pour préserver notre démocratie de tiraillements inutiles et de crises superflues pour un pays qui a mieux à faire car ayant des défis plus importants. Le PNDS, ainsi, a réussi à dégoûter l’opposition de ces élections qu’il conduit à sa guise, refusant de tenir compte de ses préoccupations, pourtant fondées et pertinentes. De la loi électorale, le code électoral en l’occurrence, en passant par la configuration et la constitution et la composition de la CENI formée de personnalités controversées, la déchirure est totale. Les deux blocs, restés scotchés à leurs positions, sont devenus irréconciliables et depuis la situation ne fait que se détériorer. En faisant la sourde oreille, que les choses pouvaient se passer comme elle l’aura prévu, la Renaissance, de plus en plus, se rend compte que les choses se compliquent et que rien n’est encore acquis pour elle.

Pris au piège…

La Renaissance et son processus électoral sont depuis des jours pris au piège des magouilles du système. Fait de trop de malice, c’est par lui-même que le processus se bloque. En voulant coûte que coûte conduire le processus à sa guise, le PNDS qui n’a d’alliés que la fraude et l’argent sale acquis par la concussion et les différents scandales, a fini par faire le vide autour de lui avec aujourd’hui, une majorité écrasante de partis de son alliance qui lui ont exprimé sa désapprobation par rapport à la conduite du processus électoral duquel ils commencent par s’en éloigner. Le dernier CNDP a fini par révéler les fractures qui se dessinent au sein du pouvoir, les dissensions graves qui prennent forme au sein de la mouvance. Jamais les désaccords n’ont éclaté au grand jour au sein de l’alliance au pouvoir qui jusqu’ici, pour plaire aux maîtres du navire, ont plutôt accepté de taire leurs rancoeur et de vivre stoïquement leurs relations souvent exécrables. Comment avancer, quand le PNDS se trouve isolé, abandonné pour être désormais seul à défendre les élections bancales et ce dans la démarche actuelle qui a fini par révolter tous les acteurs qui ont ainsi compris l’arnaque que les socialistes préparent pour prendre en otage le processus. Le parti de Bazoum, peut-il comprendre qu’il ne peut plus faire semblant de ne rien entendre car, il ne pourra jamais ramer à contre-courant de l’ensemble des partis politiques qu’il a désormais sur le dos ? Ainsi, par ses calculs, il a réussi à renforcer son opposition avec aujourd’hui, presque tous les autres partis qui s’opposent, du moins dans leurs discours, à la manière par laquelle, il entend organiser les élections. Tous les partis qui veulent d’élections crédibles ont marqué leur désapprobation par rapport à cette volonté calculée de la CENI et du PNDS, à tenir plus tard les élections locales, ce qui est inadmissible, quand on sait que ces élections, pour des motifs farfelues, avaient été reportés moult fois pour biaiser le processus de décentralisation avec aujourd’hui, des dissolutions politiques ciblées qui ne visent qu’à reprendre au compte du pouvoir, des collectivités qui ne lui étaient pourtant pas acquises.

Cette intention a fini par dévoiler l’agenda du parti au pouvoir qui sait qu’il n’a aucune légitimité, pour ne compter que sur la manipulation du processus. Cela a alors irrité des alliés qui ne peuvent plus dissimuler leur désaccord en refusant d’être ces éternels soumis qui ne peuvent s’affirmer même pour sauvegarder leurs propres intérêts. C’est ainsi que l’on a entendu les non-affiliés et Sanoussi Tambari Jackou, exprimer sur les médias toutes leurs préoccupations, relativement à la tenue des prochaines élections dans le pays, disant tout haut leur refus de cautionner le programme des élections tel que le voulaient la CENI et un certain lobby politique. Les non-affiliés surtout, sont intransigeants à ne pas accepter la tenue des élections locales avant les autres élections. Une autre composante de l’alliance au pouvoir, l’APR, a également fait part de ses désidératas, appelant coup sur coup, la tenue, par deux fois, de réunions extraordinaires du CNDP.

Faut-il y voir une réelle volonté de Seini Oumarou et de ses acolytes à aimer contraindre le régime à revenir sur de meilleurs sentiments en tenant compte de la volonté de la majorité des acteurs politiques qui appellent depuis des mois à des élections apaisées et justes, crédibles et transparentes. Le processus a donc aujourd’hui de nombreux adversaires et la mission de Me. Souna est des plus délicates car soumis, au-delà de ces contradictions internes, à d’autres contingences non moins importantes.

En effet, depuis quelques jours, l’autre talon d’Achille auquel fait face le patron de la CENI qui n’a jamais su rassurer personne si ce n’est le PNDS et son président candidat, reste le respect de son propre chronogramme aujourd’hui soumis à plusieurs impondérables, hélas non maitrisables.

La remise du fichier, reste aléatoire puisque le premier délai est déjà dépassé. Comment, peut-il être possible, sans fichier disponible dans les délais, de respecter le chronogramme que la CENI a établi par ses propres soins, mais qu’il éprouve des difficultés à respecter.

Sans entente autour de la préparation des élections et les incertitudes qui planent sur la fiabilité et la disponibilité du fichier, faut-il croire qu’il soit possible de tenir les différentes échéances à date ? Dans ces conditions quelles élections peut-on avoir dans le pays si jamais par m’entêtement du régime, elles se tiennent ?

La renaissance, par ces faits, aura choisi, pour le Niger des élections de l’incertitude, une situation qui doit interpeller les démocrates nigériens et tous les partenaires soucieux de l’avenir de ce pays et de sa démocratie.

Gobandy

19 juillet 2020
Publié le 15 juillet 2020

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