Lettre au “président de la République”: Monsieur le “Président” Vous êtes le premier acteur, celui qui assume la plus grande responsabilité dans ce qui adviendra

Lettre au “président de la République”: Monsieur le “Président” Vous êtes le premier acteur, celui qui assume la plus grande responsabilité dans ce qui adviendra Je voudrais vous exprimer toute ma compassion, suite au décès de Maman Abou, un plus-que-proche parmi les proches que vous comptez dans cette galaxie politique qui, depuis plus de neuf ans, vous ont aidé à garder la maison, certes à votre façon, dans la loyauté et l’engagement à faire tout ce qu’ils peuvent pour avoir le pouvoir et le conserver par tous les moyens. Je m’incline devant la mort, cette faucheuse inévitable et sans état d’âme qui traduit la toute puissance de Dieu dont nous venons et à qui nous allons retourner, un à un an ; sans cette discrimination dont les hommes sont capables et que des compatriotes ont subie de plein fouet durant votre règne. Vous avez perdu, c’est sûr, un proche irremplaçable dans son registre et je ne peux que comprendre la peine que vous ressentez.

Monsieur le “Président”

Maman Abou vient de partir, comme tant d’autres qui l’ont devancé, comme tant d’entre nous qui le suivront. Le plus important, c’est de préparer sa rencontre avec Dieu, le Créateur car, de tout ce que nous accumulons, rien ne résiste au temps. Tout est éphémère, tout s’envole. Que ce soit ces milliards que nous nous donnons tant de peine à subtiliser et à mettre quelque part ou ces immeubles si magnifiques que nous construisons, on ne sait plus pourquoi, tout est éphémère et aléatoire. À l’exception du bien que l’on fait. Mais le bien que l’on fait, ce n’est pas de favoriser l’enrichissement, illicite, de certains au détriment du plus grand nombre en leur permettant de faire main basse sur les ressources publiques. C’est, je crois, de favoriser le bien-être général en investissant les ressources publiques dans les secteurs qui sont susceptibles d’améliorer les conditions de vie des citoyens, particulièrement ceux qui sont à revenus faibles J’imagine que pour ce faire, il faut nécessairement investir dans l’éducation, la santé, l’hydraulique, l’agriculture et s’assurer, lorsqu’on a les responsabilités qui sont les vôtres, aujourd’hui, que les ressources destinées aux services publics aillent effectivement aux services publics.

C’est là où vous avez péché, énormément péché. Non seulement les secteurs sociaux

de base battent de l’aile, mais vous n’avez su veiller à ce que les ressources publiques dédiées à la défense et à la sécurité du Niger soient préservées contre les prédateurs. Je n’arrive toujours pas à comprendre la logique de gouvernance dans laquelle vous inscrivez cette façon insolite de vous conduire face à ce problème des fonds du ministère de la Défense nationale. Je ne comprends pas et je l’avoue.

Monsieur le “Président”

Sur un atout autre plan, le Niger va mal et cette fois-ci, vous vous risquez à un jeu qui va faire mal à notre peuple. Tout le monde ne parle plus que de vous et de votre posture jugée insolite à plus d’un titre. Pour vos compatriotes, votre silence intrigue. Cette incroyable inertie de la part d’un président de la République soucieux, comme vous dites, de passer le témoin à un successeur démocratiquement élu, intrigue. Pour de nombreux compatriotes comme pour moi, vous devriez plutôt vous magner à trouver une issue de sortie de crise rapide et réaliste avant que ne s’installe la chienlit. Si elle s’installe sans que vous ayez agi auparavant pour concilier les positions et créer les conditions d’un consensus général autour du processus électoral, vous serez forcément tenu comptable de ce qui va advenir. La crise est déjà là depuis des mois. Aujourd’hui, elle risque de vous éclabousser en étalant au grand jour votre position anachronique et porteuse de périls pour le Niger. La paume de la main, dit-on, chez nous, ne peut suffire à cacher le soleil.

Monsieur le “Président”

Le vase est plein, faites en sorte de ne pas en rajouter. Vous devez nécessairement, obligatoirement, je veux dire, agir pour faire faire baisser rapidement la tension. Vos compatriotes ne vous demandent pas de parler comme vous l’avez fait jusqu’ici, ils vous demandent d’agir afin qu’un code électoral consensuel, une commission électorale véritablement nationale et indépendante ainsi qu’une Cour constitutionnelle qui inspire confiance à l’ensemble des parties prenantes soient mis en place. Agir, car c’est dans les actes que l’on relève les véritables desseins des hommes. Il y a urgence à le faire et vous devez le faire. Autrement, vous allez donner raison à tous ceux qui prétendent que vous vous ne semblez pas vous en soucier tant. Vous devez mettre un terme à cette dérive dangereuse de vos partisans qui sont manifestement prêts à tout pour conserver le pouvoir là où tout le monde, au Niger et à l’extérieur, sait qu’ils sont disqualifiés pour gagner la moindre élection au Niger.

J’ai vue la passe d’armes entre la Mouvance pour la renaissance du Nniger (Mrn) et l’Alliance pour la République (Apr), ou du moins, entre le Pnds et le Mnsd. La mauvaise tournure de la crise est certaine et tous les Nigériens savent, quel que soit par ailleurs leur camp politique, que la crise s’explique par la volonté du Pnds de conserver le pouvoir à tout prix. C’est bien dommage, car, après tout ce que le Niger a subi et perdu sous votre règne, le peuple ne mérite qu’en plus, la stabilité politique et sociale soit mise en danger.

Monsieur le “Président”

Ce mutisme ne vous sert pas. Vous devez vous empresser, au regard des enjeux pour notre peuple, à mettre un terme à cette récréation aussi prolongée que dangereuse. Aucune faction du peuple, rappelez-vous, ne saurait avoir votre faveur. Si vous le faites, peu ou prou, de façon directe ou indirecte, invisible ou visible, vous risquez de mettre de l’huile sur le feu. Vous êtes, donc, interpelé pour vous élever au dessus de la mêlée et mettre le Niger en avant. Vous avez vu la tournure des deux plus récentes réunions du Cndp, tenues le 12 juin et le 3 juillet 2020 ; deux réunions qui n’ont pas pu permettre d’éteindre le feu qui couvait depuis des mois. Ce feu, vous l’avez compris, fera d’autant plus de dégâts sur la stabilité sociale et politique que vous garderez le silence.Comme si vous n’êtes pas concerné. Vous êtes le premier acteur, celui qui assume la plus grande responsabilité dans ce qui adviendra. C’est pourquoi, je vous prie de bien vouloir vous ressaisir afin de vous investir pleinement dans la résolution de cette crise avant qu’il ne soit tard.

Quoi qu’il en soit, moi je resterai du côté du Niger et du peuple dont je suis issu et pour lequel je serais prêt à consentir le sacrifice ultime. Ne me cherchez, donc, pas ailleurs.

Mallami Boucar

19 juillet 2020
Publié le 13 juillet 2020 

Imprimer E-mail

Politique.