Dialogue politique : Les contre-vérités du Premier ministre

Dialogue politique : Les contre-vérités du Premier ministre C’est Koroné Massani qui le dit dans un point de presse qu’il a co-animé avec le député Soumana Sanda. C’était en réponse à un point de presse tenu par le Premier ministre, président du Conseil national du dialogue politique (Cndp). C’était à la suite de la réunion extraordinaire du CNDP du 3 juillet à laquelle ne participait pas l’opposition mais qui a tout de même mis au grand jour le profond désaccord entre les partis de la majorité à propos du calendrier des prochaines consultations électorales. C’est sur ce sujet que les Nigériens attendaient le président du CNDP. D’autant que la plupart des partis de la majorité présidentielle, contrairement au PNDS, le parti du président de la République, veulent des élections locales avant la présidentielle et les législatives. Et cela a été clairement et même bruyamment dit par les partis alliés au PNDS. À ce propos, le Premier ministre a été d’une subtilité extraordinaire. Voici le compte rendu du journaliste de l’ONEP : ‘’la date de la tenue des élections locales a suscité des débats houleux et vifs de la part des participants qui y voyaient des enjeux particuliers, a reconnu le président du CNDP. Plusieurs partis ont souhaité l’organisation des élections locales, qu’ils jugent d’un enjeu capital, avant le 1er tour des élections présidentielles et des législatives. Pour le président du CNDP, c’est la CENI qui est interpellée. « Elle seule, en son âme et conscience, doit retenir une date dont la faisabilité est avérée », a-t-il indiqué. «Les autorités, qui n’ont d’ailleurs aucune injonction à donner à la CENI, ont souhaité que l’ancien chronogramme tienne la route et que les locales se déroulent le 1er novembre», a dit le Premier ministre qui ajoute que le choix de la CENI de ne pouvoir tenir le calendrier initial est imposé par des contraintes externes. Toutefois, le président du CNDP, attentif aux insistances des acteurs politiques, a indiqué qu’il va continuer à demander à la CENI d’étudier toutes les possibilités d’organiser les locales avant les élections générales. Cependant, le président du CNDP a estimé que si la CENI juge impossible, techniquement, de le faire, les acteurs politiques de toute tendance ne peuvent que se plier aux impératifs qui s’imposent à la commission et accepter son chronogramme.’’ Tout est dit. En clair le pouvoir comprend ses alliés mais à l’impossible, nul n’est tenu.

Si, à l’endroit des alliés, le ton est au contentement, le discours est tout autre en parlant de l’opposition. Le vocabulaire ne semble pas être choisi. Selon toujours le compte rendu du Sahel, le président du CNDP « a déploré le fait que le conseil connait encore quelques difficultés du fait du boycott systématique de ses assisses par l’opposition politique depuis 2016. » Au-delà des détails sémantiques, l’opposition, dans son point de presse, conteste avoir paraphé les conclusions des travaux d’un quelconque comité ad hoc. Le président du CNDP dira que «L’opposition a boycotté la session du CNDP qui a examiné les travaux du comité ad ‘hoc alors même que ses représentants y avaient activement pris part et paraphé les documents. » Soumana Sanda qui était représentant de l’opposition dans le comité dira qu’il ne pouvait, avec ses camarades, parapher le document final parce qu’ils avaient quitté le comité. Et le député du parti Moden Fa Lumana de rappeler que les représentants de l’opposition ont quitté les travaux du comité le premier novembre 2018, suite au désir du représentant du PNDS d’imposer des instructions qu’il recevait et qui étaient à l’opposé de la bonne foi affichée par le président du CNDP. Le 3 novembre, les représentants de l’opposition étaient reçus par le Premier ministre à son domicile. L’objectif affiché, la reprise du dialogue. Et effectivement le 7 novembre, ils furent convoqués pour une réunion dirigée par le président du comité, Oumaria Mamane. Pour toute proposition de sortie de crise, des transcriptions fidèles des positions des trois groupes membres du comité. En réduisant ainsi le rôle du comité, l’impasse devenait évidente.

Koroné Massani dira, pour sa part, qu’en dehors des quatre articles du code électoral évoqués par le Premier ministre, il y a les articles 33 et 34 qui ont trait au fichier informatique biométrique. L’opposition avait exigé, pour plus de transparence, que cette structure ait pour responsables un représentant de la majorité, un de l’opposition et un des non affiliés. L’opposition avait vu juste, dira Koroné. C’est un informaticien de la présidence qui a aussi travaillé pour l’opérateur adjudicateur du marché de la production du fichier, GEMALTO, qui a conduit les travaux d’enrôlement de bout en bout. Il aurait été nommé au Conseil des ministres. Une récompense ? Pour Soumana Sanda, la sortie du Premier ministre et président du CNDP ressemble fort à une tentative de mettre sur le dos de l’opposition les difficultés constatées dans le processus électoral. Le PNDS a toujours, dans les discussions, mis en avant l’arithmétique : le nombre de partis politiques composant chaque groupe. Aujourd’hui, la quasi-totalité des partis de la majorité sont pour la tenue, d’abord, des élections locales et régionales. Le PNDS se trouve ainsi pris dans son propre jeu d’arithmétique.

Modibo  

19 juillet 2020
Publié le 13 juillet 2020

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Politique.