Parti prise dans les processus électoral : Mohamed Bazoum discrédite la CENI

Parti prise dans les processus électoral : Mohamed Bazoum discrédite la CENI Alors que le débat sur la date de tenue des élections locales n’est pas encore tranché au niveau de la classe politique et que l’incertitude demeure sur la conduite du processus électoral, désormais dans une totale impasse politique, le président et candidat du Pnds Tarayya n’a pas hésité à enfourcher sa monture pour une nouvelle tournée électorale dans les départements de Falmey et de Boboye. Ce faisant, le Pnds et ses responsables entendent mettre un terme, à leur façon, aux discussions qui ont cours durant les deux dernières sessions du Cndp (le 12 juin et le 3 juillet 2020). Sur plus de 140 partis politiques dénombrés au Niger, seuls le Pnds et trois autres soutiennent l’idée d’élections locales après la présidentielle couplée aux législatives. En reprenant cette campagne électorale qu’il a suspendue quelques mois auparavant, le candidat du Pnds et du Président Issoufou viole, de façon délibérée et éhontée, la loi électorale. Cette loi électorale, dont on se souvient, il est le parrain et le gardien, veillant, depuis des mois, à ce qu’elle ne soit changée d’une virgule.

Si l’on se réfère à des propos tenus lors du Cndp du 12 juin 2020, Me Souna Issaka n’est pas prêt de rendre le tablier.

Au cours de sa tournée, Mohamed Bazoum, avec une sécurité impressionnante, prend des bains de foule et tient meeting aux couleurs de son parti, mais il semble que ce n’est point une campagne électorale, mais une tournée de proximité. Bien entendu, la Ceni, sourde et aveugle, semble accorder foi à ce jeu de mots puisqu’elle suit cette violation de la loi sans broncher. Dans un post publié sur les réseaux sociaux, une citoyenne du nom de Nafissatou Diallo a attiré l’attention de Me Souna Issaka sur les risques énormes qu’il prend en faisant plutôt droit à la position défendue par le Pnds et trois autres partis, contre tout le reste de la classe politique. Est-il déterminé à prendre ce risque de travailler selon la volonté du Pnds ou va-t-il démissionner face à l’impossibilité d’agir suivant l’option de ma la majorité écrasante des partis politiques ? Les regards sont braqués sur Me Souna qui, si l’on se réfère à des propos tenus lors du Cndp du 12 juin 2020, n’est pas prêt de rendre le tablier.

On ne peut dire que la tournée de Mohamed Bazoum n’est pas constitutive d’actes de propagande déguisée

Selon le code électoral (article 54), « avant l’ouverture de la campagne électorale, tous actes de propagande électorale déguisée, toutes manifestations ou déclarations publiques de soutien à un candidat ou à un parti politique ou coalition de partis politiques, faites directement ou indirectement par toute personne, association ou groupement de personnes, quels qu’en soient la nature ou le caractère, sont interdits ». On ne peut dire que la tournée de Mohamed Bazoum n’est pas constitutive d’actes de propagande déguisée. Et pourtant, il l’a exécutée sans la moindre réaction de la Ceni, s’offrant même le luxe de faire connaître son programme de tournée bien avant l’entame.

Les partis non affiliés, ceux de l’Apr et ceux de l’opposition, ont à leur avantage la possibilité de réaménagement de l’agenda électoral.

Mohamed Bazoum, à coup sûr, a porté un rude coup à la Ceni et dans ce contexte particulier où elle est sous les feux de la rampe, l’institution de Me Souna aurait sans doute souhaité ne pas avoir de quoi rajouter à leur angoisse. Mais Bazoum et les siens sont mus d’abord par une corse contre la montre, dans une course où il n’a pas de grandes chances. Ne pouvant ni sévir contre le président du Pnds, ni se défendre honorablement face à une violation évidente de la loi électorale, Me Souna a de quoi s’interroger sur ces lendemains incertains qui pointent à l’horizon. Intransigeants quant à leur choix de voir la Ceni organiser les élections locales avant toute autre élection, les partis non affiliés, ceux de l’Apr et ceux de l’opposition, ont à leur avantage la possibilité de réaménagement de l’agenda électoral.

Les élections locales avant la présidentielle et les législatives, c’est bien possible

Au cours de leur déclaration, rendue publique le…2020, les partis non affiliés ont déclaré : « notre groupe reste ferme sur l’organisation des élections cales avant toutes autres, ca cela est techniquement faisable ». Et pour ne pas faire les choses à moitié, ils proposent deux dates qu’ils disent minutieusement réfléchies : le 6 ou le 13 décembre 2020 », ce qui place toujours les élections locales avant la présidentielle et les législatives. Pour avertir que la Ceni n’a aucune excuse pour ne pas s’y atteler, les partis non affiliés ont rappelé qu’en janvier 2011, deux élections ont pu être organisées au Niger (le 11 et le 31). « Pourquoi pas, s’interrogentils, en 2020, dans un contexte dominé par les moyens modernes, notamment l’enrôlement biométrique et l’outil informatique ?

Mohamed Bazoum continue de poignarder la Ceni

Quant à l’opposition politique, elle a, dans une déclaration rendue publique le 29 juin 2020, exigé la démission pure et simple des membres de la Cour constitutionnelle, la reprise du code électoral sur une base consensuelle, la tenue, dans les délais légaux, des élections municipales et régionales ainsi que l’enrôlement des Nigériens de la diaspora. La Ceni de Me Souna est, donc, dans une situation délicate. C’est confrontée à ce problème presque insoluble que la campagne électorale déguisée de Mohamed vient corser l’addition. En clair, cette permission dont dispose le candidat du Pnds vis-à-vis de la loi électorale représente aux yeux de tous les autres partis politiques la preuve que la Ceni, c’est le Pnds et Mohamed Bazoum, en connaissance de cause, continue de la poignarder. Comme il veut, quand il veut.

Doudou Amadou

19 juillet 2020
Publié le 13 juillet 2020

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