Amères vérités Mohamed Bazoum, il faut le dire, est comme le palefrenier du roi qui rêve d’être roi

N Le rejet de l’enquête parlementaire sur l’exploitation du pétrole par les députés de la majorité au pouvoir est sans aucun doute l’expression la plus achevée de la nature du pouvoir qui règne sur le Niger. Sans honte, sans scrupule mais surtout sans aucun regret pour le Niger et son peuple, les 114 députés de la majorité qui ont catégoriquement rejeté la proposition d’enquête parlementaire sur l’exploitation du pétrole, n’ont rien fait de surprenant. C’était prévisible. Ce qui aurait été plutôt extraordinaire, c’est d’apprendre que l’Assemblée nationale, à une majorité écrasante, a décidé de fouiner dans les affaires du pétrole, une chasse gardée du Président Issoufou Mahamadou qui y a placé un de ses plus fidèles lieutenants, l’inamovible Pierre Foumakoye Gado. Et depuis neuf ans que cela dure, l’homme gère le pétrole comme son affaire, sans être adossé le moins du monde à une reddition de comptes. Depuis neuf ans que cela dure, les Nigériens ignorent tout de ce que leur rapporte ou ne leur rapporte pas l’exploitation du pétrole. Et si les gardiens du temple, pourri jusqu’aux fondations, estiment qu’il est hors de question d’y jeter un oeil, c’est parce qu’ils savent ou du moins leurs commanditaires savent, qu’il n’y a rien de bon à découvrir.

Le pétrole, vous l’imaginez, ne peut être meilleur à la Défense et à la sécurité. Pour des gens qui ont gravement mis en péril la défense et la sécurité du Niger par cupidité, pour s’enrichir et enrichir les leurs, vendre le pétrole à leurs profits, paraît naturel. Dans le cas de la Défense, les morts s’entassaient, les deuils se multipliaient, des milliers de foyers se brisaient du jour au lendemain, meurtris par la perte de proches dans des attaques attribuées à des bandes armées non identifiées. Et, horreur, l’on découvre qu’il a été fourni à l’armée jusqu’à des armes armes usagers, et dans certains cas, des armes et des munitions qui ne détonnent pas. Le scandale est inqualifiable par cequ’il a entraîné beaucoup de pertes en vies humaines, mais ceux qui en sont les auteurs n’en ont cure. Autant en emporte le vent !

Les responsables des détournements mis en lumière dans le rapport d’audit du ministère de la Défense se moquent éperdument de savoir que les Nigériens sont offusqués par cette affaire. Ils viennent d’ailleurs d’en donner la preuve, en octroyant de nouveaux marchés à certains cités dans l’affaire, histoire de dire que si c’était à refaire, on le referait sans état d’âme.

Chacun a compris à qui nous avons affaire au sommet de l’Etat. Dès lors, peut-on, objectivement s’étonner, voire être scandalisé, que des députés soutenant une telle gouvernance refusent que les Nigériens sachent où va l’argent de leur pétrole ? Assurément, non.

Où est rentré l’argent du pétrole depuis neuf ans ?

Il est bien vrai que tout le monde sait, désormais, que ce sont 1000 milliards ont été empruntés par le gouvernement d’Issoufou Mahamadou auprès d’Eximbank de Chine. Et que, entre l’Etat chinois et Eximbank, c’est comme l’Etat du Niger et la Société de patrimoine des mines (Sopamin). 1000 milliards que seul Issoufou Mahamadou, Pierre Foumakoye Gado et quelques individus que l’on peut compter au bout des doigts, savent ce qu’il en est advenu. 1000 milliards, cela peut faire combien d’années de productions compromises ? Nous ignorons encore les termes de ce prêt rocambolesque, les conditions et les moyens de remboursement. Cependant, il est certain que, on l’a découvert récemment, que le Niger est le 3e pays, au monde, le plus endetté auprès de la Chine populaire.

Qu’est-ce que le pouvoir d’Issoufou Mahamadou et du Pnds Taraya ont apporté au Niger et aux Nigériens ? Rien que malheurs, misères, tragédies, détournements, trafics de devises et de drogues, etc. Et pourtant, comme si cela ne suffisait pas d’avoir sévi depuis plus de neuf ans, des gens comme Mohamed Bazoum s’aventurent de penser qu’ils peuvent rêver de perpétuer cette gouvernance scabreuse. Comment un candidat vertueux, soucieux du devenir du Niger peut-il, un instant, oser se revendiquer de cette gouvernance ? Mohamd Bazoum, le candidat officiel du Pnds Tarayya a sûrement un autre tremplin que les suffrages des Nigériens. Il sait, comme cela s’est passé en 2016, qu’avec la fraude et la complicité d’une certaine communauté internationale, dont certains de ses responsables ne s’embarrassent plus d’étaler leurs préférences politiques et leur parti pris, il est possible, sous les tropiques, de s’imposer à son peuple et de s’autoproclamer président élu.

C’est certainement ce qui justifie et explique que, contre toute logique électorale, Mohamed Bazoum, dont n connaît les performances aux élections législatives passées, soit devenu un prétendant au fauteuil présidentiel. Son ambition est née du contexte politique. En bon comploteur comme il se dit lui-même — plus comploteur que moi, tu meurs, a-t-il dit, un jour, à la télévision —, il a su manifestement bien comploter pour se placer là où il faut au moment où il le faut, pendant que les sieurs Hassoumi Massoudou, Pierre Foumakoye Gado et les autres sont demeurés avec pour unique ambition de servir Issoufou Mahamadou. Aucun d’entre eux n’a songé à regarder par-dessus le mur «issoufien» pour apprécier le vaste désert qui s’y étend. Bazoum, lui, l’a compris très tôt. Il a surtout compris que ce désert est à prendre et, tandis que les autres se tuaient dans une servilité extraordinaire qui en fait, à la limite, de simples porteurs de serviettes, Bazoum plaçait ses pions, faisait nommer ici et là, dans une frénésie de construction d’un puzzle administratif redoutable.

S’il n’est, donc, pas si populaire pour gagner une élection présidentielle, il a su toutefois damer le pion à ses camardes du parti.

Mohamed Bazoum est sûr qu’il va succéder à Issoufou Mahamadou d’autant qu’il est dans les secrets des procédés qui ont marché en 2016 — en 2015, il a quitté le gouvernement pour s’installer comme ministre d’Etat à la présidence pour, ditil, préparer la réélection d’Issoufou Mahamadou — pour avoir été au coeur du système. Il est si sûr de son affaire que tout le reste lui paraît une formalité. Et c’est pourquoi, il a décidé, alors qu’on est loin de la campagne électorale, d’entreprendre une tournée électorale dans les départements de Falmey et de Boboye, du 10 au 12 juillet 2020. Il veut, non seulement, faire taire ceux qui disent qu’il est au début d’une descente aux enfers, mais également monter à qui veut s’en plaindre que la loi s’applique aux autres.

En prenant le raccourci dans la campagne électorale, en violation de la loi, Mohamed Bzzoum veut justifier par anticipation une victoire qu’il ne saurait remporter avec un code électoral et une Ceni consensuels. En vérité, Et nous la’vons déjà dit, avec c code électoral et cette Ceni et sa Difeb, alignez un mouton ou un âne pour le compte du Pnds, il gagnerait haut la main, peutêtre au même score que Issoufou Mahamadou en 2016.

Mohamed Bazoum, il faut le dire, est comme le palefrenier du roi qui rêve d’être roi.

19 juillet 2020
Publié le 13 juillet 2020

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