Kassoum Moctar : Démocrate ou fossoyeur de la démocratie ?

Kassoum Moctar : Démocrate ou fossoyeur de la démocratie ? Dans la vie, tout comme en politique, il y a deux types de personnages, ceux qui se battent jusqu'à réaliser leur rêve et ceux-là qui tiennent les seconds rôles comme des porteurs d'eau dans une équipe de football. Kassoum Moctar, président du CPR Ingantchi, lui, semble être de la seconde race. En cause, depuis peu, son manque d'ambition et de vision qui l'ont amené à désister un an avant les élections présidentielles en faveur du candidat déclaré du PNDS Tarayya, Bazoum Mohamed.

Depuis, le jeune leader politique à qui on promettait un avenir glorieux ne chôme pas sur les réseaux sociaux. Dans son collimateur, l'opposition politique nigérienne sur qui Kassoum Moctar tire à boulets rouges. Illustration de l'attaque en règle du président du CPR Ingantchi contre l'opposition, cette phrase d'un de ses écrits sur les réseaux sociaux : " C'est faux, le Premier ministre n'a jamais interrogé la Cour constitutionnelle sur l'annulation du vote des Nigériens de l'extérieur. Aucun mot ne peut traduire la mauvaise foi de l'opposition politique nigérienne obstinément sourde et aveugle ". Dans un autre "post", il traitait l'opposition d'incompétente et d'ambiguë, des diatribes plus que des arguments pour étayer ses assertions. Kassoum Moctar n'a pas fait de cadeau à l'opposition politique. Normal, dirait-on, il est dans son rôle d'adversaire politique soutenant aveuglement un régime auquel il appartient. Un rôle qu'il sait bien tenir quand on se souvient du rôle prépondérant qu'il a eu à jouer dans l'entreprise "Tazartché" en 2009 en tant qu'activiste, puis ministre de la communication de l'éphémère sixième République.

Considéré comme un fossoyeur de la démocratie, Kassoum Moctar a repris de plus bel service en s'attaquant sans vergogne à l'opposition politique. En tant que leader politique, il est pourtant mieux placé pour savoir et comprendre qu'en politique, il n'y a pas de position irréversible. En d'autres termes, les amis d'aujourd'hui peuvent être les adversaires de demain tout comme les adversaires d'aujourd'hui peuvent être les amis de demain, c'est une question de jeu d'intérêt, donc d'intelligence politique.

Propulsé dans l'arène politique par un concours de circonstance, le jeune défenseur du ''Tazartché'', a vite confondu vitesse et précipitation. Politiquement immature, Kassoum Moctar a surfé sur une certaine popularité acquise lors de l'éphémère sixième République pour se faire élire maire central de la capitale économique au sortir des élections générales de 2011. Après trois ans passés à la tête de l'hôtel de ville de la localité, il sera débarqué le 31 juillet 2014 à l'issue d'un conseil des ministres en raison de sa mauvaise gestion mise en lumière par un rapport de la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HALCIA). Sa mauvaise gouvernance s'est matérialisée par plusieurs scandales dans lesquels son nom est cité. C'est le cas de la vente opaque de la tribune officielle de Maradi, le sort du jardin public et l'affaire des centaines de parcelles vendues lors de son mandat à la ville de Maradi dont aujourd'hui, plusieurs années après les faits, les acheteurs ne sont toujours pas en possession de leurs parcelles, bien qu'ils détiennent les reçus de vente.

Après six mois de prison à la Maison d'arrêt de Kollo, Kassoum Moctar bénéficiera d'une liberté provisoire avant de s'en prendre quelque temps après aux commerçants de Maradi sur une télévision de la capitale en ces termes : " Ils ne croient en rien, c'est des gens qui ont fait quatre partis, cinq partis, qui ont à la limite prostitué l'environnement politique au Niger, ils n'ont aucune valeur, ils veulent juste tricher ". Au prix de son soutien à l'actuel chef de l'Etat pour sa réélection en 2016, Kassoum Moctar retrouve le gouvernement au ministère de l'Urbanisme. Un bref passage dans ce ministère avant de se voir nommé à la tête du ministère de la Jeunesse et des Sports. Le jeune ministre Kassoum, là également, trainera des casseroles à l'exemple de cette affaire de la villa de 50 millions que le PRN a offerte au jeune médaillé olympique et prodige du taekwondo, Abdoul Razak Alphaga. Il a également le fiasco, depuis son arrivée à la tête de ce ministère, de l'organisation du championnat de lutte traditionnelle, sport roi du pays. Un échec patent et récurrent dont le Syndicat national des travailleurs de la Jeunesse, de la Culture et des Sports (SYNTRAJECS) fait régulièrement écho, tout comme le morcellement des aires de sport, devenu monnaie courante sous l'ère Kassoum Moctar au ministère de la Jeunesse et des Sports.

Autre grief contre le sulfureux ministre mis en cause lors de l'enquête de moralité pour la présidentielle de 2016 par la Cour constitutionnelle, son penchant pour l'argent, à travers ce scandale de la CAN U20 que le Niger à organisée et à l'occasion de laquelle l'éclairage du Stade de Maradi a fait défaut jusqu'à la fin de la compétition, obligeant l'instance africaine de football la (CAF) à chambouler son calendrier des rencontres. Le mécontentement de la CAF se mesure aux propos du Président de la CAF qui a qualifié la CAN U20 du Niger comme la plus désastreuse de ces dernières décennies au plan de l'organisation.

Kassoum Moctar, l'homme qui traîne des dossiers presque partout où il est passé, eh bien c'est ce jeune homme qui, aujourd'hui, s'active sur les réseaux sociaux à s'attaquer sans vergogne à l'opposition politique. On est à se demander comment Kassoum Moctar, l'un des plus jeunes hommes politiques à la trajectoire ascendante a pu se tirer une balle dans le pied pour ne devenir qu'un larbin du pouvoir en place, abonné aux critiques acerbes contre une composante de la classe politique, à savoir l'opposition, de manière aussi gratuite qu'ouverte. D'aucuns pensent qu'il bénéficierait sans nul doute d'appui et de soutien solide qui le couvre et le protège dans ses agissements scandaleux jusque-là restés impunis.

Il est indiscutable qu'il a manqué à Kassoum Moctar de la pondération, de la sagesse, de l'intelligence politique et surtout du fairplay. Dans l'arène politique, il y a une éthique qui veut qu'un acteur ait du respect à l'endroit du camp adverse, quelles que soient vos divergences de vue, d'idées, d'opinions, car, comme dirait l'autre, la roue tourne inexorablement et l'alternance politique est un sacrosaint principe de la gouvernance politique que tout leader et acteur politique, de la base au sommet, doit toujours avoir à l'esprit. C'est ainsi que la classe politique fera grandir la démocratie au Niger.

28 juin 2020
Source : Le Courrier

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