Commentaire : La volonté de faire taire et de prendre ce que l'on ne saurait gagner dans le respect du jeu électoral

Commentaire : La volonté de faire taire et de prendre ce que l'on ne saurait gagner dans le respect du jeu électoral Bien avant que le Conseil national de dialogue politique (Cndp) se réunisse, le 12 juin 2020, et que l'on découvre le profond désaccord de la classe politique nigérienne à propos de la participation de la diaspora au processus électoral et la tenue des élections locales à date, Brigi Rafini a déjà saisi la cour constitutionnelle. Ce qui laisse supposer que le débat a été fait ailleurs, loin des arcanes du Cndp et la saisine de la Cour constitutionnelle visait à annihiler un débat prévisible par la coercition de la loi. La convocation de la session extraordinaire du Cndp du 12 juin ne visait, selon toute vraisemblance, qu'à amuser la galerie et à vérifier, a posteriori, la véracité et la justesse d'analyses déjà faites ailleurs et qui ont justifié cette précipitation du Premier ministre à saisir la Cour constitutionnelle. De toute évidence, le régime en place a tout planifié. Et, entre hypocrisie et volonté malsaine de faire les choses à sa guise, quitte à mettre le pays en périls, il semble prêt à user de tous les moyens et artifices possibles pour passer en force. Un code électoral taillé sur mesure, une commission électorale colorée de rose, avec un président qui a de la peine à cacher son parti pris, un arrêté portant transfert d'électeurs d'un centre d'enrôlement et de vote vers un autre, le régime a presque achevé la mise en place de la machine imaginée pour faire des Nigériens un peuple qui aime plutôt ceux qui violent les lois, détournent les deniers et biens publics, mettent en périls, par irresponsabilité et cupidité, la sécurité et la défense du pays, qui ont établi une justice à double vitesse et divisé les Nigériens en citoyens de classe privilégiée et en citoyens de seconde zone, etc. Il s'agit, en un mot comme en mille, de dire au reste du monde, que le peuple nigérien s'accommode fort bien de la corruption, du trafic de devises, de drogue et d'armes et que, entre l'illégal et le légal, l'illicite et le licite, le mal et le bien, il préfère nettement les premiers. Il faut être lucide et clair. Le régime actuel, au regard de la gouvernance scabreuse qui a prévalu depuis plus de neuf ans, peut-il objectivement remporter une élection crédible ?
Laboukoye

28 juin 2020
Source : Le Courrier

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