Manifestations lors de la visite du président français Georges Pompidou à Niamey en 1972 : Quand l'histoire rattrape les gouvernants actuels

Manifestations lors de la visite du président français Georges Pompidou à Niamey en 1972 : Quand l'histoire rattrape les gouvernants actuels En début d'année 1972, Le président français, Georges Pompidou, entreprend une visite dans certaines des anciennes colonies françaises, devenues indépendantes, il y a une décennie. Cette visite va le conduire à Niamey le 24 janvier 1972. Pour Paris, le niveau des relations, avec Niamey et leur ami Diori, semblait appréciable. Le Président Diori était bien côté. Et sur le plan international, il était devenu presque incontournable, surtout au niveau de la sous-région et de la francophonie, dont il est avec Senghor, Bourguiba et Norodom Sihanouk, le père fondateur. Il restait néanmoins quelques couacs assez sérieux entre les deux Etats du fait de certaines prises de position de Diori, contre la position officielle de la France. Particulièrement sur le prix de l'uranium, la question biafraise et les relations entre le Niger et la Lybie de Kaddafi. À l'intérieur, la situation sociopolitique était assez pourrie, une famine qui pointait à l'horizon et le durcissement du régime du parti unique. Au niveau de l'Union des scolaires nigériens, c'était l'ébullition. Et l'USN comptait réserver un accueil mémorable au " prestigieux hôte " du Niger, le " grand sashem blanc ". Si en Mauritanie, en 1971, un manifestant a jeté un oeuf sur le président français, au Niger, Pompidou eut droit à sa " tomate " ou sa " motte de terre ", jetée sur lui par un manifestant à partir de la foule. Les différentes motions rédititulée " HALTE AU SCANDALE ", sont celles du Collège Mariama et du C.E Sup Niamey pour dénoncer la " Coopération ", le nouveau visage de la colonisation. La motion du Lycée national fustigeait, entre autres, " le caractère perfide et inhumain de l'isolement de tous les infirmes de Niamey jusqu'au départ de l'hôte-roi ; la vaste campagne de mobilisation et d'intoxication des masses par la voie de la presse, la radio et des réunions publiques, dont le ridicule sourire forcé ; le déploiement de sommes fabuleuses pour la construction de villas somptueuses afin de présenter au visiteur étranger un Paris réincarné ". Presque 40 ans après, la situation dénoncée par les scolaires nigériens ressemble à s'y méprendre à celle du Niger sous la 7e République dont beaucoup de dirigeants étaient parmi les leaders et manifestants des mouvements de janvier 1972 et suivants. Hier pourfendeurs du " pacte du diable " qui liait notre pays à la France qu'ils traitaient de " source de tous nos maux et de toutes nos misères ", ils sont devenus aujourd'hui les défenseurs zélés des intérêts français, parfois même contre les intérêts stratégiques du Niger. Quant au régime Diori, vilipendé à l'époque et traité de collabo et de tous les noms d'oiseaux, il est devenu aujourd'hui leur régime de référence. La roue de l'histoire tourne et l'histoire rattrape tôt ou tard. Le reniement est total. (A suivre).

28 juin 2020
Source : Le Courrier

Imprimer E-mail

Politique.