Visioconférence entre le Président de la République et les experts de l’UA en charge de la riposte contre le Coronavirus COVID 19 : SEM Issoufou Mahamadou appelle à une amélioration de l’aide publique au développement et à une mobilisation de ressource

aLe Président de la République, a échangé hier par visioconférence depuis son cabinet, avec l’équipe des experts mandatés par l’Union Africaine dans le cadre de la riposte contre la pandémie mondiale à coronavirus COVID 19. Au cours de cet entretien, les experts africains ont présenté à SEM Issoufou Mahamadou les activités qu’ils ont entreprises depuis leur nomination et lui ont demandé des conseils pour la suite de leur mission. Les échanges se sont déroulés en présence du Ministre Directeur de cabinet du Président de la République, M. Ouhoumoudou Mahamadou, du Ministre des Finances, M. Mamadou Diop. Dans son allocution au cours de cette visioconférence avec la Task Force de l’UA sur le Covid-19, le Chef de l’Etat a, en sa qualité de Président en exercice de la Cedeao, rappelé les mesures prises tant par les Etats membres individuellement qu’au niveau communautaire pour faire face à cette pandémie. Toutefois, le Président Issoufou Mahamadou a souligné la nécessité d’un soutien financier conséquent à l’Afrique, car estime-t-il, «l’ampleur de la crise économique que connaîtront nos Etats nécessite un soutien financier qui va au-delà d’un simple moratoire».

A l’issue de cette visioconférence, le Ministre Directeur de Cabinet du Président de la République, a indiqué qu’en réponse à l’exposé des experts africains SE. Issoufou Mahamadou a insisté sur plusieurs aspects d’intérêt pour le Continent. Le premier aspect souligné par le Chef de l’Etat est le besoin en ressources des pays africains, d’où son appel à «aller au-delà des moratoires et de l’annulation de la dette et faire en sorte que l’aide publique au développement soit encore améliorée, particulièrement dans le contexte que nous vivons et pour les pays qui ont déjà une crise avant celle du coronavirus COVID 2019». C’est le cas, a expliqué le Ministre Directeur de Cabinet du Président de la République, du Sahel qui avait une crise sécuritaire à laquelle est venue s’ajouter une autre crise sanitaire et économique.

Le Chef de l’Etat a rappelé à ses interlocuteurs que la communauté internationale avait fixé des objectifs de développement durable pour l’horizon 2030, dont un des points saillants est la réduction de la pauvreté, voire même l’élimination totale de l’extrême pauvreté. Pour le Président de la République il conviendra de tout mettre en place pour éviter l’entrée en récession de ces pays et assurer l’atteinte de cet objectif. Il a également rappelé que les financements à destination de l’Afrique étaient, et cela bien avant la crise du coronavirus, insuffisants pour mettre en œuvre les projets contenus dans l’Agenda 2063 du Continent. SEM Issoufou Mahamadou a soutenu devant les experts africains que la présente pandémie mondiale est une occasion pour mettre en place un paradigme basé sur la solidarité, la justice, l’équité et l’égalité. «Dans ce cadre, a-t-il dit, on peut envisager une mobilisation de ressources financières novatrices grâce au partenariat Public-Privé, aux investissements privés directs et à l’aide publique au développement capable de permettre à l’Afrique de mettre en œuvre son Agenda 2063».

Le Président de la République s’est réjoui du travail accompli par les experts mandatés par l’Union Africaine et des résultats obtenus. Il s’agit entre autres, du moratoire accordé par certains Etats et bailleurs de fonds sur les échéances 2020 de la dette d’une vingtaine d’Etats africains parmi les plus fragiles, de la possibilité d’alléger les dettes publiques des Etats par des mécanismes financiers assez particuliers et enfin des discussions avec le FMI et la Banque Mondiale pour préparer la reprise économique en Afrique à moyen et à long termes.

Les experts africains ont remercié SEM Issoufou Mahamadou pour ses conseils et ses orientations avisés. Ils ont émis le vœu de maintenir le contact avec le Chef de l’Etat afin de bénéficier de sa clairvoyance dans la suite de leur mission.

Souleymane Yahaya(onep)

Lire aussi

Allocution du Président de la République, Chef de l’Etat, lors de la visioconférence avec la Task force de l'Union Africaine sur la Covid-19 : «Je reste convaincu que l’ampleur de la crise économique que connaîtront nos Etats nécessite un soutien financier qui va au-delà d’un simple moratoire», déclare SEM. Issoufou Mahamadou

«Excellences, Mesdames et Messieurs les Envoyés Spéciaux,

Je vous souhaite la chaleureuse bienvenue à la présente visioconférence. La mise en place de cette Task Force composée de ce que l’Afrique a de meilleur en matière de ressources humaines pour aider le continent à faire face à l’impact économique de la COVID-19 est une excellente initiative du Président Cyril Ramaphosa que je salue.

Je voudrais aussi saisir cette occasion pour présenter mes sincères condoléances à TidjaneThiamainsi qu'à sa famille, suite au décès de son fils. Que Dieu lui accorde le paradis, Amen.

Mesdames, Messieurs,

La pandémie de la Covid-19 aura de graves conséquences socio-économiques sur notre continent.

Au niveau de la CEDEAO le taux de croissance initialement prévu à 3,3% baissera à 2% si la pandémie prenait fin en juin 2020 et à -2,1% si elle persistait au-delà du second semestre de 2020, induisant notamment une baisse des recettes fiscales et un accroissement du chômage et de la pauvreté. Pour faire face à la situation, les Chefs d’Etat de la CEDEAO ont adopté les mesures suivantes:

  • élaboration, par les Etats membres, d’un plan de riposte prenant en compte la lutte contre la propagation de la pandémie et d’un plan de relance économique post-pandémie ;
  • Mise en place d’appuis importants pour soutenir les secteurs sociaux et les couches sociales les plus défavorisées (filets sociaux) ;
  • soutien à l’initiative de l’Union africaine relative à l’annulation de la dette publique et à une restructuration de la dette privée des pays Africains ;
  • convocationd’une réunion du Conseil de Convergence afin d'examiner l'impact de la pandémie à COVID-19 et ses implications sur les performances en matière de convergence macroéconomique en 2020 et pour les années à venir ;

Mesdames, Messieurs,

Nous saluons les annonces notamment du G20 et du Secrétaire Général des Nations Unies relatives à un moratoire sur la dette des Etats les plus fragiles.

Je reste convaincu que l’ampleur de la crise économique que connaîtront nos Etats nécessite un soutien financier qui va au-delà d’un simple moratoire. Un moratoire, c’est-à-dire une simple suspension des remboursements jusqu’à la fin de l’année me semble insuffisant car nos pays ont besoin de ressources financières fraîches. Même une annulation de la dette ne suffira pas, surtout quand on pense aux inégalités qu’elle va générer entre pays bénéficiaires. Ainsi, pour citer des exemples, une annulation de la dette, correspond à un allègement de $59 par habitant pour la RépubliqueDémocratique du Congo, $981 par habitant pour la République du Congo, $53 par habitant pour le Burundi, $439 par habitant pour le Rwanda, $145 par habitant pour le Niger et $1185 par habitant pour la Mauritanie. C’est dire que les pays atteints par la pandémie et qui ne sont pas endettés subiront une double peine.

Par ailleurs, l’Afrique a l’ambition de réaliser les objectifs de développement durable et ceux de l’agenda 2063. L’ Afrique a donc besoin de ressources fraîches non seulement pour faire face à la pandémie mais aussi pour relancer l’économie à travers la mise en œuvre de projets structurants de l’agenda 2063 notamment la Zone de Libre Échange Continentale Africaine, le plan de d’enveloppement des infrastructures, le plan du développement industriel et le plan de développement agricole.

Pour financer ces investissements, il sera certainement nécessaire de concevoir des financements innovants publics et privés à travers un plan Marshall ambitieux. Je rappelle que le plan Marshall en faveur de la reconstruction de l’Europe a coûté 4% du RNB des USA pendant cinq ans. C’est l’occasion pour la communauté internationale de concrétiser l’objectif de 0,7% du PIB à consacrer à l’aide publique au développement. Nos pays doivent bien sur mobiliser davantage de ressources internes. Des conditions doivent être aussi créées pour qu’ils reçoivent davantage d’investissements directs étrangers. Pour ce faire, il est impératif de mettre en place un nouveau paradigme, une nouvelle gouvernance politique et économique mondiale, gouvernance qui sera davantage fondée sur la solidarité, l’égalité, la justice et la dignité.

Je suis convaincu que votre Taskforce mènera à bien sa mission de mobilisation des ressources financières qui permettront à notre continent, non seulement de faire face à la pandémie, mais aussi de préparer l'après Covid-19 dans les meilleures conditions.

Je vous remercie.».

ONEP

10 juin 2020
Source : http://www.lesahel.org/

Imprimer E-mail

Politique.