Auditions à la police judiciaire dans l'affaire des fonds de l'armée détournés : Vers une mise en accusation des anciens ministres de la Défense

Auditions à la police judiciaire dans l'affaire des fonds de l'armée détournés : Vers une mise en accusation des anciens ministres de la Défense Depuis le début du ballet d'auditions des présumés coupables des détournements des fonds de l'armée à la police judiciaire, seuls les trois ministres qui se sont succédé à la tête dudit ministère n'ont pas encore été convoqués et entendus. Des hommes d'affaires, quelques commis et des officiers supérieurs ont dû se résoudre à répondre aux questions des enquêteurs judiciaires. Mais, point de ministres ! Pourtant, suivant les témoignages de sources crédibles, la décision finale leur revient toujours. L'enquête bouge même si l'allure n'est pas à la hauteur des attentes des Nigériens. Les convocations continuent d'être distribuées et ceux qui ont une parcelle de responsabilités doivent se faire des soucis.

Les généraux Karingama et Boulama, le colonel Illo, le colonelmajor Issa Amza, le directeur des marchés, tous ont fait suite aux fournisseurs et ont été entendus.

Selon nos sources, menus fretins et gros poissons ont été entendus par la police judiciaire sur leur rôle dans les procédures d'attribution des marchés au ministère de la Défense. Aucun privilège pour les grands boubous amidonnés ou galons lourds de l'armée ! Tout le monde défile à la police judiciaire. Les généraux Karingama, ancien secrétaire général du ministère de la Défense nationale et Boulama, chef d'Etat-major de l'armée de l'air ; le colonel Illo, directeur financier dudit ministère depuis septembre 2011, le colonel-major Issa Amza, le directeur des marchés, tous ont fait suite aux fournisseurs et ont été entendus. Entendu le samedi 9 mai 2020, le colonel Illo, le dinosaure, est resté dans les locaux de la police judiciaire de 9 heures du matin à 14 heures passées. Ça se comprend. L'homme est un pion incontournable du système de passation des marchés. Une enquête sérieuse le garderait nécessairement sous le coude tout au long des auditions. Parmi les fournisseurs, certains hommes d'affaires sont plus réguliers à la police judiciaire, laissant l'impression qu'ils ont probablement de grosses responsabilités dans ce scandale.

Le ministre de la Défense nationale et le chef d'Etat-major général des armées n'ont pas fait objection à l'audition des officiers supérieurs de l'armée

Pour pouvoir entendre les mis en cause et démêler l'écheveau des responsabilités pénales, la police judiciaire a adressé d'abord une requête dans ce sens au ministre de la Défense nationale et au chef d'Etat-major général des armées qui n'y ont pas fait objection. L'accord des deux personnalités-clés obtenu, la police judiciaire les a convoqués un à un pour leurs dépositions par rapport à ce qui leur est reproché. L'obstacle est ainsi levé et l'enquête, bon gré, mal gré des mis en cause, avance. Les officiers supérieurs de l'armée entendus, il n'y a absolument aucun obstacle désormais à l'audition des anciens ministres de la Défense. Seulement, il y a un écueil à lever. Ayant agi dans l'exercice de leurs fonctions de ministre, les intéressés ne pourront être entendus qu'après leur mise en accusation. Ce qui pourrait connaître une sérieuse opposition au sommet de l'Etat. Par le passé, des demandes de mise en accusation ont été sans lendemain. Si l'espoir existe de voir la police judiciaire entendre les anciens ministres, il va sans doute se passer beaucoup de choses avant que cela advienne. Or, l'enquête va nécessairement piétiner tant que les principaux responsables ne sont pas entendus.

Un des deux enquêteurs mouillé par l'exclusion des dossiers (de l'audit) dans lesquels il a siégé en tant que membre de la commission de passation des marchés

Un autre indice non moins important qui laisse penser que l'enquête va s'embourber est que, de source crédible, un des deux enquêteurs responsables de l'audit a été membre de la commission d'attribution des marchés au ministère de la Défense nationale. Son nom figure sur tous les documents de passation de marchés paraphés par la commission instituée à partir de 2016. Et fait curieux, l'audit dont on fait si grand bruit n'a pas couvert les dossiers dans lesquels il a siégé en tant que membre de la commission. Ce monsieur, un officier supérieur de l'armée, est-il rassuré d'impunité ? Son comportement actuel le laisse croire puisque, non préoccupé par l''évolution de ce dossier qui pourrait l'éclabousser du jour au lendemain, il ferait actuellement des pieds et des mains pour être nommé à un poste stratégique du circuit de passation des marchés.

Une procédure des plus insolites
Selon une source crédible, la procédure de passation de marchés au ministère de la Défense nationale est des plus insolites. Lorsqu'un service demandeur transmet la liste de ses besoins, celle-ci est toujours assortie d'une short-list de fournisseurs agréés. Qu'il s'agisse de la Gendarmerie ou de l'armée de l'air entre autres, ça se passe toujours ainsi. Une fois que toutes les offres sont enregistrées, le dossier est transmis, non pas au ministre de la Défense, mais au cabinet du Premier ministre pour la non-objection du chef de gouvernement. Brigi Rafini, puisque c'est lui qui est en poste depuis neuf ans, n'oppose généralement aucune objection aux demandes formulées. Après l'obtention du quitus du Premier ministre, le dossier revient au ministère de la Défense où la commission se réunit pour entendre, à tour de rôle, les prétendants aux marchés par rapport à leurs services et aux prix y afférents. Lorsque ce processus est terminé, le dossier, avec l'ensemble des propositions d'offres des fournisseurs, est transmis, cette fois-ci seulement, au ministre de la Défense nationale qui opère les choix définitifs en argumentant ses préférences et ses rejets. Ce n'est qu'après tout ça que le service de la passation des marchés se charge du reste, notamment l'information des fournisseurs retenus.

Laboukoye 
17 mai 2020
Source : Le Courrier

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