Affaire Cellule Crises alimentaires et gestion des catastrophes : Bakari et ses compagnons, 4 ans en prison sans jugement pour une infraction impossible

diaspora.net/images/Bakari_Saidou.jpgLe 16 mai prochain, Bakari Saidou et ses compagnons d’infortune souffleront, comme dans une véritable tragi-comédie, les bougies de leur 4ème année en prison. Non pas parce qu’un juge, à l’issue d’un procès contradictoire et équitable, avec les preuves de leur culpabilité à l’appui, les aurait condamnés à cette peine de prison, mais tout simplement parce que certains, dont la simple et seule humeur vaut loi, l’ont décidé. Il en est ainsi dans la 7ème République où l’impunité totale est accordée à tous ceux qui sont dans la galaxie rose des camarades, alors que le harcèlement, l’intimidation et la prison restent le lot quotidien de ceux qui dénoncent la mauvaise gestion, et s’insurgent contre la pensée unique. Bakari va fêter quatre ans en prison, après que l’enquête préliminaire de la gendarmerie a conclu à l’impossibilité du détournement dont on l’accuse, bien que l’audit commandité par les donateurs n’ait rien relevé d’anormal, et enfin, en dépit de l’attestation des services de l’OPVN d’avoir reçu en quantité et en qualité, les 35 mille tonnes de céréales en question. Bakari et ses compagnons d’infortune, Idrissa Koubokoye, Mala, Tchiari, les opérateurs économiques Larabou et Hamadou sont en prison hors jugement parce que quelqu’un pense que l’Etat c’est lui. Ce n’est pas digne de maintenir, dans un Etat de droit, en détention préventive un citoyen dans un dossier pareil sans l’avoir fixé auparavant par le verdict d’un tribunal. Tous les délais raisonnables sont largement épuisés. Bakari Saidou et ses compagnons ont été interpelés et mis sous mandat dépôt le 16 mai 2016, accusés d’avoir détourné environ 5 milliards de FCA , équivalant à 35 mille tonnes de céréales, un don des partenaires et donateurs à notre pays, courant 2005. Bakari était à l’époque Coordinateur de la cellule crises alimentaires et gestion des catastrophes, Mala Ari directeur de cabinet du Premier ministre Hama Amadou, Idrissa Koubokoye magasinier à l’OPVN…Très proche de Hama Amadou, Bakari Saidou était, pendant la 1ère législature de la 7ème République Président du groupe parlementaire Lumana. Ses contributions au débat parlementaire étaient riches et appréciées même des adversaires politiques. Et ses actions à la tête du groupe parlementaire fortement estimées. Bakari jouait son rôle de député, un véritable représentant de la Nation qui, plus est, opposant. Après quatre ans de détention préventive, les nigériens se rendent à l’évidence que Bakari est tout simplement un prisonnier politique.

De 2016 à aujourd’hui, le dossier a passé dans les mains de deux juges d’instruction. Le dossier serait-il vide ? L’infraction dont on accuse Bakari est ce que les techniciens de la science juridique appellent une infraction impossible, n’étant ni ordonnateur ni détenteur des fonds qu’on l’accuse d’avoir détournés. Ce sont les donateurs qui sont les ordonnateurs principaux. L’Eta nigérien est ordonnateur pour la forme, n’ayant pas injecté un seul franc dans l’opération. Et c’est la raison pour laquelle les avocats ont demandé, il y a de cela 3 ans, que les ordonnateurs principaux que sont les représentants des donateurs soient entendus. Cela n’a pas été fait. Il a fallu cette année pour que la Chambre de contrôle en matière administrative et financière de la Cour d’appel demande la même chose. Mais ce n’est plus possible puisqu’ils ne sont plus au Niger, éparpillées un peu partout dans le monde, à supposer même qu’ils ne soient pas couverts par l’immunité diplomatique. Pendant ce temps, l’ancien DG de la CAIMA, Maizama Gayya, accusé par le même Etat d’avoir détourné 7 milliards, sorti de prison puis nommé Consul au Nigéria. Pendant ce temps, les camarades impliqués dans les détournements des fonds alloués à l’armée pour défendre la Nation, estimés à une centaine de milliards, sont aimablement invités à apporter les justifications. Bien d’autres, impliqués dans des scandales plus monstrueux, dont ceux qui ont basmatisé le riz pakistanais, se la coulent douce, pendant que d’autres citoyens, sur la base de minces présomptions, pourrissent en prison. La prison c’est pour les autres. Camardes, intouchables et bénis de la 7ème République, Bakari Saidou et ses compagnons vous saluent.

BISSO

10 mai 2020
Source : Le Courrier

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