Bazoum, les autres, et l’avenir politique : Derrière le silence des alliés une velléité d’indépendance…

Bazoum, les autres, et l’avenir politique : Derrière le silence des alliés une velléité d’indépendance…Il y a trop de silence au coeur du pouvoir ces derniers temps. Depuis la révélation des résultats de l’audit au ministère de la défense, l’on n’entend plus personne parler : tous se terrent comme face à l’imminence de l’explosion d’une bombe sociale. Faut-il croire à la latence de cassures à l’intérieur d’une majorité arithmétique, fragile par ses fondations incertaines qui s’effritent doucement de l’intérieur, de jour en jour ? On aurait cru depuis quelques temps, qu’à l’intérieur du pouvoir, les hommes, depuis que certains partis politiques ont annoncé qu’ils se lançaient dans les prochaines joutes électorales, ont commencé à se méfier les uns des autres. La Renaissance fait face à ses contradictions internes avec le plus souvent, des acteurs politiques qui, dans le fait, ne se sont jamais aimés mais que des calculs ont poussé à marcher ensemble, taisant dans l’aventure leurs contradictions. Bien d’acteurs n’y sont partis parce que la disette était devenue pour eux insupportables et d’autres, sans vision, ont fait le choix de pactiser avec ce qui serait Satan pour faire mal à un autre, ne pouvant comprendre que jamais le malheur d’un homme n’a pu faire le bonheur d’un autre.

Mais pourquoi, ne peut-on plus entendre les voix élogieuses d’alliés politiques qui sont réduits à se faire les griots d’un autre ? Ont-ils fini par se dégoûter de ce rôle pour lequel ils n’avaient aucune reconnaissance de la. part des «maîtres» ? Bazoum pouvait même se moquer d’eux, leur rappelant, s’il en est besoin, qu’ils ne sont allés chercher personne, et que tous seraient venus par eux-mêmes car ne pouvant pas, comme eux l’auraient réussi pendant des années d’opposition, résister dans la précarité qu’impose le statut assumé d’opposant.

Les alliés, à la renaissance, n’ont aucune considération de la part de leurs amis conjoncturels et bien d’eux en ont souffert pendant des années où ils ont eu l’impression de servir juste de décor politique pour un système qui est incapable d’avoir de respect pour ses partenaires, ceuxlà même dont l’addition lui donne la légitimité toute artificielle qui lui fait défaut, à travers la multitude de partis, souvent inutiles, qui viennent par opportunisme soutenir sans assurer au pouvoir une base électorale solide pouvant lui donner la force populaire qui pourrait stabiliser son pouvoir, car l’on sait que le régime n’a tenu que par la force policière non par la légitimité des institutions issues d’élections justes mais hélas d’élections bancales qui ont humilié notre démocratie et le socialisme qui se présentait hier comme le meilleur défenseur de la démocratie. Un malaise grignote le pouvoir de l’intérieur, tant au niveau du parti présidentiel que des luttes de positionnement ont fini par ébranler qu’au niveau de la coalition au pouvoir où des alliés ne se voient aucune garantie avec le nouvel maître qui rêve de venir commander le sérail.

Velléité d’indépendance…

L’on sait que nombre de partis politiques et de leaders, avaient été démarché, par-dessus la tête du Pnds, par une cellule qui échappe au contrôle du président du parti, vraisemblablement tapie à la présidence. On comprend peut-être que ceux-là vivent mal leur relation avec certains centres du pouvoir, notamment du Pnds qui pourraient ne pas apprécier qu’ils soient mis en marge du commerce et du deal politique. C’est sans doute pourquoi, certains alliés vivent mal leurs relations à l’intérieur du système, des relations qui sont souvent exécrables avec un pôle du parti présidentiel. On peut d’ailleurs se rappeler par exemple que le Mnsd qui rentrait le dernier au Guriland, est vite sorti de la MRN pour créer à la périphérie du régime, un regroupement politique qu’il appelait l’APR et dont l’interlocuteur politique, ou l’imagine, est plus situé à la présidence que dans la sphère du parti et de la gestion de ses relations politiques. L’on sait que la stratégie du président Issoufou a été toujours la négation des autres qui doivent comprendre qu’ils ne valent pas mieux en face de lui pour les amener ainsi à renoncer à leurs ambitions présidentielles et le soutenir, lui qui, imbu du culte de la personnalité, serait seul apte à gouverner les hommes. Ainsi a-t-on vu, bien de partis politiques et de leaders abdiquer en sa faveur et le soutenir pour être président. Le candidat imposé du pouvoir, avait aussi rêvé des mêmes faveurs mais, peutil avoir les privilèges que les autres pouvaient faire à «l’Ami» Issoufou ?

Comment ne pas le dire quand on sait que nombre des alliés ne jurent que par Issoufou, rappelant invariablement qu’ils sont là pour «soutenir les actions du président de la République». Ce n’est donc pas certain qu’ils soutiennent l’autre avec le même volontarisme, car celui-là n’a jamais travaillé à rendre possible pareilles faveurs à son profit. Presque toujours, il n’a exprimé que du mépris et du dédain pour les alliés, d’autant que pour le philosophe, tant qu’on n’est pas de son parti on ne peut que mériter des ressentiments de sa part. Il avait de ces suffisances et de ces arrogances qui font que personne – y compris dans son parti – ne peut lui faire confiance pour lui devoir tant de gentillesse et d’amitié inconsidérée. N’ayant jamais su préparer son projet présidentiel pour cultiver, affiner, polir son image auprès des hommes, et des électeurs et des responsables politiques dont aucun ne parle en bien de l’homme si ce n’est le frêle Kassoum Moctar qui a trouvé en lui, un père spirituel par lequel, il espère, après Issoufou, réussir sa survie politique. C’est d’autant compliqué pour lui qu’il n’a pas su libérer ses relations avec les autres de leurs aspérités en créant des relations de confiance qui peuvent l’aider à commercer politiquement avec eux. C’est d’abord au sein de son parti même qu’il devrait s’en rendre compte avec une candidature annoncée qui créé une onde de choc dans son parti, divisant le parti tant à son sommet qu’à sa base. N’eut été l’arbitrage maladroit du président de la République à qui la Constitution fait pourtant obligation de ne pas s’immiscer dans les affaires des partis politiques pour s’élever la hauteur de ses charges de Chef de l’Etat, garant de l’Unité et de la Justice, le parti allait se déchirer et vivre la pire décomposition qu’on pouvait lui redouter. Mais ce n’était que différer l’éclatement car le parti, n’a plus aucune chance objective de se ressouder, de revivre les mêmes ambiances et les mêmes ferveurs militantes qu’il avait connues en d’autres temps où le discours de Gauche pouvait servir à tromper et illuminer bien d’adeptes naïfs.

Comment donc, alors que dans le parti même, des gens et des responsables ne sont pas prêts à lui donner carte blanche, des alliés peuvent commettre l’erreur fatale de s’assujettir à son autorité débordante pour lui laisser libre l’autoroute dont il rêve pour succéder à Issoufou et diriger le Niger ? Il n’a d’ailleurs pas fallu attendre longtemps pour que les plus importants partis de l’alliance, très tôt comme le faisait le parti présidentiel, annoncent leur participation aux prochaines élections présidentielles en alignant leur propre candidat. Certains devraient payer cette audace et cette insoumission car leurs partis, pendant des jours allaient vivre des turbulences animées par les rébellions de certains militants manipulés. Cette attitude souveraine ne devrait pas plaire au candidat du Pnds qui voit là une trahison de la part de partis et de leaders auxquels son régime aura tout fait et tout donné, oubliant que ceux-ci, s’ils sont avec son régime, ce n’est pas par le parti mais par les manoeuvres souterraines d’un lobby qu’il ne contrôle pas et qu’on situerait à la présidence, sous le contrôle vigilant du président lui-même. Les relations avec le candidat socialiste se glacèrent, rendant difficile sinon impossible tout projet d’alliance avec celui-là qui n’a jamais su les respecter sinon que de les regarder comme des pique-assiettes sans dignité et encombrants.

Bien d’alliés aujourd’hui, alors que la fin du mandat du président Issoufou approche, estiment qu’ils sont en fin de mission et que leur contrat avec le régime s’arrête à la fin du règne du président sortant.

Les réticences à soutenir le candidat pourrait avoir des raisons plus profondes et plus objectives. En effet, toute la classe politique est aujourd’hui consciente des malaises profonds du pays et peuvent être arrivés à comprendre qu’il est impérieux, face à l’Histoire, d’opérer le bon choix pour le Niger, leur pays, le seul dont ils peuvent se revendiquer. Beaucoup de ceux-là se sont bien demandé si le candidat imposé pourrait être le bon, non pas que le Pnds que son choix au forceps déchire, mais surtout pour le Niger qui est aujourd’hui à la croisée des chemins et qu’on ne saurait confier à n’importe qui, fut-il légitime héritier politique d’un président sortant. Ils sont en effet nombreux à se demander comment celui-là qui a toujours marché sur certaines frontières interdites, notamment lorsqu’il peut parler publiquement et sans ambages de «d’officiers ethnicistes» dans une nation, et que chaque fois qu’il sort pour parler, ne ce n’est jamais pour avoir une parole mûre mais toujours celle des égouts, vexatoire en plus, pour semer le mal dans le corps social et cultiver ce faisant l’intolérance entre les enfants de la nation. Or, gouverner c’est aussi savoir parler aux hommes, à la nation, car les paroles lorsqu’elles sont bien pensées et bien dites soignent, apaisent, consolent, rapprochent les uns des autres. Il y a donc à s’inquiéter pour le pays s’il devrait alors avoir la malchance d’avoir un tel homme à sa tête. Beaucoup de Nigériens et notamment de responsables politiques avisés et patriotes sont arrivés à le comprendre et à se méfier de l’aventure d’un autre. Qui ne peut pas se rappeler, il y a quelques jours, face à certaines colères exprimées par des Nigériens dans la capitale, que lui ne pouvait avoir de réponse que de dire «qu’ils emprisonneront les gens» ? Il y a quelques mois aussi, n’est-ce pas lui, qui face à la fronde de la société civile, se glorifiait qu’ils aient pu régler des comptes en envoyant au gnouf des acteurs qui les défient dans leur façon de gérer la cité ? De telles paroles, peuvent-elles être, celles d’un homme d’Etat accompli ? Il y a donc, peut-on le comprendre et l’admettre, de quoi douter de l’homme pour ne pas être, pour le bien de ce pays, l’homme qu’il faut, face à la complexité de tant de défis auxquels fait face le pays.

Au-delà de cette réalité irréfutable, d’autres faits majeurs peuvent faire comprendre que l’on est aujourd’hui au sein du pouvoir à l’heure des divorces, au bord des séparations. En plus de ces considérations qui expliquent bien de silences d’acteurs au sein de la coalition au pouvoir, il y a aussi d’autres faits non moins importants qui témoignent de la dégradation des relations politiques au sein du pouvoir de la Renaissance finissant. En effet, l’on peut se rappeler que depuis que les conclusions de l’audit du ministère de la Défense ont été révélées à l’opinion et que le pouvoir s’agite presque pris au piège, mettant en désarroi certains ténors du système, l’on n’avait jamais vu quelques alliés s’approcher de la puanteur dégagée par la scabreuse affaire pour exprimer sa solidarité dans le crime. Même lorsque Bazoum devait réunir son parti, du moins une partie de son parti (car bien de cadres étaient affichés aux abonnés absents) pour une déclaration qui défend le régime des accusations de pillage, de vol et de détournement, on ne vit aucun allié par solidarité à côté du reliquat du Pnds, pas même le très engagé aux côtés de Bazoum, le sieur Kassoum Moctar. Peuvent-ils avoir tous compris qu’il s’agit là d’une accusation très grave qui peut équivaloir la haute trahison pour ne pas s’en mêler et laisser ceux qui ont bouffé et qui se sont constitués des fortunes extravagantes répondre de leurs actes. Quand on sait que gérer, c’est être solidaire dans le bien comme dans le mal, il va sans dire que cette absence remarquée des alliés ne peut que dénoter des malaises qu’il y a au sein du pouvoir. Comment peuvent- ils d’ailleurs, même s’ils devraient être ces larbins d’un système, notamment lorsqu’ils ont conscience de n’être mêlés en rien à la gestion d’un ministère, exclusivement gardé par le parti présidentiel qui en a fait sa chasse gardée comme c’est le cas d’autres ministères, à savoir ceux des Finances et du Pétrole où des gaffes restent à découvrir, s’en mêler aujourd’hui que ça tourne au vinaigre. Alliés, ils ne pouvaient que regarder et peut-être envier l’ostentation de leurs «maîtres» qui font étalage de leur nouveau succès, de leur récente fortune. C’est une camarilla qui s’est agrippée autour de la gamelle pour s’engraisser et ne laisser aux alliés, comme à des Fama, que les os âprement sucés pour n’y laisser aucune goutte de sauce odorante.

Les alliés ont donc de bonne raisons de se taire. La graisse était pour les «maîtres» quand eux ne peuvent que se contenter des nerfs qui ne se mâchent pas comme dirait Fama. Comment donc peut-on être solidaire dans ces conditions, quand dans le profit, une clique seule pouvait en bénéficier ? L’heure des comptes arrivent, et ceux qui ont mangé peuvent seul vomir ce qu’ils auraient ingurgité, eux qui hier étaient si fiers d’être les nantis et les privilégiés du système. Aujourd’hui, ils doivent s’assumer et on aura compris que le régime a beau aimer les protéger, leur cas devient délicat lorsque, nous apprend-on, des partenaires du pays, exigeraient du régime, un traitement impartial des dossiers mis en cause. Cela arrive d’autant mal que cela coïncide avec la veille d’élections générales. C’est sans doute le sauve qui peut, et forcément, la redistribution des cartes politiques pour de nouveaux chamboulements.

Gobandy

10 mai 2020
Source : Le Monde d'Aujourdhui

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