Dislocation de l’ITN : Certaines centrales syndicales retrouvent leur liberté de ton

Dislocation de l’ITN Certaines centrales syndicales retrouvent leur liberté de tonDans un entretien accordé au quotidien «L’Enquêteur», en prélude à la célébration de la fête du 1er mai 2020, le secrétaire général de la Confédération nigérienne de travail (CNT), M. Sako Mamadou a indiqué que les dernières élections professionnelles ont consacré la dislocation de l’Intersyndicale des travailleurs du Niger (ITN).

Il s’agit de ce regroupement créé par les principales centrales syndicales nigériennes, sous le régime de l’ancien Président de la République Tandja Mamadou. Très active sur le plan syndical et même politique, cette structure avait participé à la lutte contre le projet de maintien au pouvoir de l’ancien Président, aux côtés de partis politiques de l’opposition et de certaines organisations de la société civile. Un de ses leaders, en l’occurrence l’ancien secrétaire général de la Confédération démocratique du Niger (CDTN) Issoufou Sidibé était de toutes les déclarations publiées par la coalition de partis politiques et des associations de la société civile. Si le pouvoir de l’époque voyait cette participation active de l’ITN aux côtés des forces politiques comme une sortie manifeste du cadre syndical, de nombreux démocrates n’y voyaient qu’une simple action visant à participer à un combat pour la défense de la Constitution que l’ancien Président et ses partisans voulaient mettre entre parenthèses. Il a fallu l’arrivée du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDSTARAYYA) au pouvoir pour que les Nigériens et sans doute beaucoup de travailleurs se rendent compte que le combat mené par l’ITN aux côtés des forces politiques avait d’autres motivations autres que celles de défendre la Constitution. Certains leaders de cette organisation, dont de nombreux militants et responsables de la CDTN et d’autres centrales, furent nommés à des postes de responsabilité, tantôt à la Présidence de la République, tantôt dans d’autres institutions ou ministères. Du coup, l’ITN perdit sa tradition de lutte et se mure dans un silence inexplicable. Même quand des droits des travailleurs ont été violés, cette structure n’a jamais trouvé à redire. Des enseignants ont vu leurs contrats résiliés pour fait des grèves, d’autres ont été affectés de manière brutale, sans que l’ITN ne lève le petit doigt pour protester.

Aussi curieux que cela puisse paraître, cette coalition des centrales syndicales, habituée à ne poser que des exigences sur le régime de Tandja Mamadou, s’est érigée en une structure de médiation entre certains de ses syndicats affiliés et le pouvoir du PNDS-TARAYYA. Dieu seul sait le nombre d’acquis que les travailleurs nigériens ont perdus du fait du silence complice observé par cette structure. Même les doléances qu’elle posait à l’occasion de la fête internationale du 1er mai puaient cette complicité avec le pouvoir. Cette année, du fait de la dislocation de la fameuse ITN, certaines de ses centrales syndicales ont retrouvé leur liberté de ton en donnant leurs points de vue sur la gouvernance politique et économique du PNDSTARAYYA et en posant des revendications dépourvues de la langue de bois habituelle.

Salifou Hamidou

10 mai 2020
Source : Le Canard En Furie

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