Quand Covid-19 fait l’affaire des dictateurs : silence on emprisonne

Quand Covid-19 fait l’affaire des dictateurs : silence on emprisonne La situation sociopolitique du Niger va de mal en pis. Le gouvernement semble être au désarroi depuis que le scandale qui met à nu sa gestion scabreuse des affaires publiques et qui met en cause plusieurs dizaines, sinon des centaines de milliards de fonds publics alloués à la défense a été révélé à l’opinion. L’émoi qui avait alors traversé le peuple avait profondément bouleversé le régime, car l’exigence de justice qu’on lui demandait était difficilement tenable pour un régime qui sait pourtant, sans façon, pour un oui ou un non qui déplait, envoyer en prison des hommes et des femmes dont les paroles peuvent l’outrer. Plusieurs analystes estiment que ce n’est pas tout ce qu’on peut reprocher dans la gestion du régime de la Renaissance. Il y a certainement plus gros vol, plus immense pillage notamment du côté de l’or noir dont on ne sait absolument rien de ce qu’il rapporte au peuple si ce n’est à un homme ou à des hommes dont on sait, depuis des années que le pétrole coule, le train de vie qu’ils mènent et que rien, en tout cas pas leurs salaires et avantages, ne sauraient justifier. Sans doute que pour répondre de sa gestion, naturellement, les socialistes ne peuvent qu’avoir trop peur de quitter le pouvoir. Mais, peuvent-ils espérer rester, même en confisquant toutes les armes de la Républiques pour les utiliser contre le peuple révolté, tout le temps au pouvoir ? D’autres, avant eux avaient aussi nourri cette folle et déraisonnée ambition de s’incruster au pouvoir, pour le domestiquer, pour le mettre en cage au seul profit d’un sérail, d’une camarilla obnubilée par le luxe de la vie.

Ce scandale qui a soulevé des tempêtes n’est plus que la face visible de l’iceberg. En effet, l’on sait, au regard du train de vie de nombre d’acteurs qui a radicalement changé, que les socialistes n’ont eu de sport favori depuis neuf ans qu’ils ont découvert les dorures du pouvoir, que le vol et le détournement massif des deniers publics et peut-être que cela entrait dans les secrets de leur agenda à rester le plus longtemps possible au pouvoir, car pouvaient-ils estimer, dès lors qu’on a le pouvoir de l’argent, on peut avoir et conserver le pouvoir à sa guise. Ils oubliaient qu’il restait par-delà tout un peuple digne. Pourtant c’est ce même socialisme qui prêchait à l’opposition les vertus de la bonne gouvernance, la tolérance zéro contre les détournements et l’enrichissement illicite et on peut se rappeler ce slogan dit au hasard et qui leur a fait peu de publicité : {typo_quote} a ba gawa kachi don mai ray ya gi tshoro{/typo_quote}, autrement dit, «il faut châtier le mort pour faire peur aux vivants». Mais depuis qu’ils sont au pouvoir, les socialistes sont méconnaissables, leur «Zaki» – le Lion – n’est plus le même, il a perdu tout de ses atouts léonins, naturels : l’homme des discours et l’homme des actions sont diamétralement opposés. Il ne peut combattre aucune tare de son système, aucune faute de ses hommes pour lesquels il n’éprouve que faiblesse à leur faire payer leurs fautes. N’est-ce pas Bazoum Mohamed ? Celui là, en 2016, alors qu’on était dans la campagne pour les élections truquées que le système se préparait à tenir, pouvait reconnaitre cette défaillance de leur gestion. Mais alors, pourquoi, lorsqu’on ne peut pas punir les siens même lorsque leurs fautes sont avérées, peut-on dans un Etat de droit, avoir tant de rigueur hypocrite à vouloir châtier les autres ? Peut-on savoir jusqu’où peut conduire le sentiment d’injustice ?

Il n’est que dommage pour un parti et son leader qui ont passé tout le temps à combattre pour la justice et la vérité, pour la bonne gouvernance et la vraie démocratie, de se comporter de cette manière et à promouvoir plutôt les contre-valeurs, à rabaisser notre démocratie, à ébranler la cohésion nationale, à diviser et à opposer des composantes sociales de la nation. Le Niger n’a jamais été aussi malade que sous cette Renaissance. Comment ne pas le croire d’ailleurs quand ceux qui commettent les crimes économiques les plus odieux qui frisent la haute trahison peuvent être protégés pendant que de menus fretins sont envoyés en prison, si ce n’est pour avoir volé un cabri, au moins pour avoir tenu des propos outrageants, des paroles qui fâchent.

Pourquoi donc, alors que tout le monde dans le pays – vraiment tout le monde – a conscience des injustices qu’il y a dans ce Niger, le régime continue à faire comme bon lui semble, continuant à perpétuer l’injustice, à envoyer qui il veut en prison ? Faut-il donc croire qu’il a ainsi réussi à rabaisser tous les hommes, et qu’il n’y ait plus de «Garçon » pour l’arrêter dans ses dérives ? La Renaissance et ses affidés pourraient le croire car au moyen du chantage et de la persécution, ils auraient réussi à castrer des hommes ; ils ont réussi par la corruption et les promesses à rabaisser des hommes peu fiers d’eux-mêmes et de leur pays. Souvent, par les mêmes moyens, ils ont, au nom de cette expression qui a fait fortune – celle d’officiers ethnicistes – réussi à déstructurer l’armée nationale, comme si là également, ils auraient réussi à rabaisser tous les «Garçons» et qu’il n’en reste plus un seul. Pourtant, pour qui connait ce pays, il n’en est rien. Il y a encore, tant dans le syndicat, que dans les partis politiques, le mouvement associatif de la société civile et dans le corps de l’armée, des hommes valables qui sont fiers d’eux-mêmes, de leur dignité et de leur pays. Mais, les Nigériens, dans leur essence sont un peuple pacifiste, soucieux de la quiétude de leur pays, un peuple qui ne peut aller à la brutalité à moins qu’on l’y force. Du reste le mouvement anti-Charlie en est une preuve. Mais jusqu’à quand, ce peuple, peut continuer à se taire, du moins à ne pas agir ? Il arrivera un moment où, ce peuple ne peut avoir d’autres choix que de laisser exploser ses colères.

Le divorce est pourtant total entre la Renaissance et le peuple et le régime doit l’avoir compris pour vouloir désormais taire systématiquement toute voix discordante dans le pays. Il est même arrivé, comme pour témoigner de la crise de confiance entre le pouvoir et son peuple, que les Nigériens ne croient plus rien de ce que peuvent lui dire les gouvernants actuels. On aura entendu qu’ils auraient tout fait, tout refait au point où le pays serait une merveille au coeur du chaos sahélien. Les princes ne vivent plus dans le peuple, avec le peuple, et peuvent croire, trompés par la luxure récente de leur vie, que le Niger entier serait à ces couleurs. La conséquence de cette perte de crédibilité, on l’a vu récemment, avec le Covid-19 où, malgré les différentes annonces de cas enregistrés, le régime ne peut convaincre la majorité des Nigériens qui sont restés dubitatifs pendant longtemps et aujourd’hui encore, ils sont nombreux à douter de l’ampleur que l’on donne à la pandémie chez nous. Il a fallu convoquer d’autres acteurs pour se mêler à la communication gouvernementale et convaincre quelques sceptiques. La Renaissance a trop menti à son peuple et son peuple ne peut plus le croire. Et pour cause, Hannah Arendt comme pour comprendre cette attitude attentiste du peuple, dit que : «Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut plus rien croire ne peut plus se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez». Peut-on comprendre cette passivité coupable du peuple quand tout va mal et qu’on continue à le brimer, envoyant qui on veut en prison ?

Tant il est vrai que le régime, lui, reste dans ses bottes, avec toutes les semaines, des gens qu’on envoie en prison où pour un audio qui ne plait pas, diffusé sur les réseaux sociaux ou pour s’être mêlé à une manifestation citoyenne. Or, si pour organiser des manifestations citoyennes l’on doit aller en prison, il va sans dire que ceux qui sont au pouvoir, pour avoir tenu dans des oppositions les plus agitées et les plus radicales avec des JID et des JAD, il va sans dire qu’ils ne pourront jamais être là où ils sont. Peuvent-ils donc se souvenir que pour autant, les régimes qu’ils critiquaient avec véhémence, ne leur en tenaient pas rigueur car ceux-là savaient que cela fait partie de la dynamique, de la vitalité et de la richesse de la démocratie. Pourquoi eux ne peuvent pas libérer la démocratie ? Faut-il croire qu’ils ne sont pas de vrais démocrates ?

Aucun régime, pas même ceux que l’on qualifiait d’autocratiques pour ne pas dire de dictatoriaux, n’ont fait autant de prisonniers. Rien que ces dernières semaines, le régime, se bombe la poitrine, fier d’avoir arrêté et placé en prison quelques 200 personnes dont des mineurs. Quelle gloire un régime sérieux peut-il tirer d’un tel bilan, d’un tel exploit ? C’est en apaisant que l’on construit. Le régime, pour être tranquille, peut-il croire qu’il en arrivera à mettre tous les Nigériens en prison pour s’en flatter ? Il y a quelques mois, dans un pays européen, le gouvernement était obligé de fermer les prisons faute de pensionnaire, toute chose qui peut témoigner de la qualité de la gouvernance, de la qualité de la vie des citoyens et de l’état des valeurs dans une telle société. Si la Renaissance est le régime qui bat le record des prisonniers, c’est qu’il doit faire son examen de conscience pour comprendre qu’il y a des problèmes, qu’il y a des malaises et que sa gouvernance pourrait en être l’origine.

Dans aucun pays du monde, un gouvernement suffisamment responsable ne peut se flatter de faire plus de prisonniers et le tenir dans un bilan élogieux. Un peuple qui râle n’a plus que la parole sanctificatrice pour se défouler et lui refuser cette exorcisation thérapeutique, c’est le pousser à la dépression qui pourrait conduire à des situations ingérables. De Ali Téra, à Seyni Ayorou, en passant par cette dame arrêtée la semaine dernière pour un audio, et tous ceux qui, il y a quelques jours, la Renaissance dispatchait dans les prisons du pays et notamment à la prison de haute sécurité de Koutoukalé, la Renaissance doit comprendre que ce beau monde isolé dans ses prisons ne lui font aucune bonne publicité, si ce n’est de montrer à quel point sa gouvernance est laborieuse, peu sociale.

Emprisonner des gens qui parlent n’est pas un haut fait car que n’avait pas dit les socialistes et son champion lui-même qui pouvait même accuser un leader politique de souffrir d’épilepsie, sans que pour cette accusation osée et démesurée, quelque chose ne puisse lui arriver.

Camarades socialistes, revenez à de meilleurs sentiments, les pieds sur terre : vous agissez trop en ras de terre. Ça n’anoblit pas !

A.I

10 mai 2020
Source : Le Canard En Furie

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